‹ Une profession de foi Cartésienne [microform]Chapitre 9 sur 26 · APOTHÉOSE DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

APOTHÉOSE DE LA VOLONTÉ

Je ne puis par aussi me plaindre que Dieu ne m'ait pas donné un libre arbitre ou une volonté assez ample et assez parfaite, |)uisqu'en eiïet je Texpérimente si ample (4 si étendue qu'elle n'est renfermée dans aucunes bornes. Et ce qui me semble ici bien remanjuable est (pie, de toutes les autres cboses qifi sont en moi, il n'y en a aucune si parfaite et si grande que je ne

I. Discours de la Méthode et Choix de lettres, édition Firmin Didot, p. 217, lettre à M. de Balzac, du 29 mars lfi3l.

reconnaisse bien qu'elle pourroitêtre encore plus grande et |)lus parfaite. Car, par exemple, si je considère la faculté de concevoir qui est en moi, je trouve qu'elle est d'ime fort petite étendue, et grandement limitée, et tout ensemble je me représente l'idée d'une autre faculté beaucoup plus ample et môme infinie; et de cela seul que je puis me représenter son idée, je connais sans difficulté qu'elle appartient à la nature de Dieu. En même façon si j'examine la mémoire, ou l'imagination, ou quelque autre faculté qui soit en moi, je n'en trouve aucune qui ne soit très petite et bornée, et qui en Dieu ne soit immense et infinie. Il n'y a que la volonté seule ou la seule liberté du franc arbitre que j'expérimente en moi être si grande que je ne con- (;ois point l'idée d'aucun autre plus ample et plus étendue, en sorte que c'est elle principalement qui me fait connaître que je

EXTHAITS DE DKSCARTES

porte rimage et la ressemblance de Dieu. Car encore qu'elle soit incomparablement plus Jurande dans Dieu (]ue dans moi, soit a raisnîi de l;i c(jnnaissance el de la puissance (pii se IrcuivenI jointes av(M- idb' ri rjui la rendent pbis l'ei'me et pbis (dlicace, soit à raison de l'objet, d'autant qu'elle se j/ui te et s'étend inlinimenl à plus de cboses, elle ne me semble pas toutefois plus grande, si je la considère rormellement et |)récisément en elle-même. Car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une même chose ou ne la faire pas, c'est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir une m'me chose, ou plutôt elle consiste seulem< îH (Il ce que, pour affiimer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l'entendemeuL iiuus pro|)Ose, nous agissons de telle sorle que nous ne sentons point qu'aucune force extérieui'e iious y contraigne. Car îdin que je sois libre, il n'est pas Ui'cessaire

EXTRAITS DE DESCAHTES 95

que je sois indifférent à choisir Tun ou Taulre des deux contraires; mais plutôt, d'autant plus que je penche vers l'un, soit (Lue je connaisse évidemment que le bien et le vrai s'y rencontrent, soit que Dieu dispose ainsi rinléricur do ma pensée, (l'aulanl plus librement j'en fais choix et je l'embrasse; el certes, la grâce divine et la connaissance naturelle, bien loin de diminuer ma liberté, l'augmentent plutôt et la fortifient; de façon que cette indifférence que je sens lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d'aucune raison, est le |dus bas degré de la liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance qu'une perfection dans la volonté : car si je connaissois toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire; et

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ainsi je serais entièrement libre sans jamais être indilTérent*.

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