‹ Une Province Procuratorienne: Le Procès de Jésus-ChristChapitre 42 sur 110 · Jos., Ant., XVIII, 3, $ 1. Cf. Mueller, op. cit., p · texte numérisé non relu

Jos., Ant., XVIII, 3, $ 1. Cf. Mueller, op. cit., p

3. Sur la traduction du membre de phrase, éni xatakboer tv voutuwy t@v ’louôux@v, il ne paraît pouvoir s'élever aucun doute ; même l'expression véumuoy ne présente pas de difficulté, elle équivaut à vôuos et bien plus, peut prendre le sens «d'ensemble de lois constituant le droit d’un pays ». Quant à xataAbew, xarélvots, ils correspondent à l'expression technique d’abroger (Polybe, IT, 8, 2). La traduction de l'incidente de Josèphe ne semble donc présenter aucune difficulté grammaticale.

chu

cette abrogation ne pouvait être l’œuvre de Pilate seul; la constitution d’une province ne pouvait certainement pas être transformée par la seule volonté d’un gouverneur, surtout d’un procurateur, et, si Pilate se rendait à Jérusalem dans le but de supprimer les lois mosaïques, c'était assurément sur un ordre venu de Rome, probablement de l’empereur. |

Si extraordinaire qu'apparaisse cette abrogation en bloc des lois d’un pays, sans événement antérieur qui puisse l'expliquer, il semble, aux détails du récit de Josèphe, qu'il s'agisse d’un événement important; c'est l'armée entière quise déplace, et effectivement, s’il est question de la suppression des lois mosaïques, il y a à redouter plus qu'une révolte. La traversée de la Judée a lieu l’hiver, c'est donc que l'événement presse. Enfin l'objectif de cette marche est Jérusalem, restée la ville sainte en dépit de l'élévation de Césarée au rang de capitale du pays ; à Jérusalem l’annonce de la décision impériale prend un caractère plus solennel et en même temps plus hostile. Et pourtant, nous croyons que les conclusions tirées du récit de Josèphe sont exagérées.

La phrase étudiée est extraite du récit de l'incident que nous avons mentionné plus haut, relatif à l'introduction dans Jérusalem des enseignes ornées des figures de l’empereur : « Pilate, qui était à la tête de la Judée, ayant quitté Césarée avec son armée qu'il conduisait d’hiver à Jérusalem [rt arahüoer roy vouipuwv rüv ’Touduxüv], songea à pénétrer dans la ville avec l'effigie de César placée sur les enseignes des troupes, alors que notre loi défend cette représentation. » De fait, pendant la nuit, Pilate pénètre dans Jérusalem à l'insu du peuple, qui, à l’annonce de la violation de sa loi, se rend en foule à Césarée, où sans doute Pilate était

NT

ee

retourné. Violences, menaces de mort, ne troublent pas les Juifs ; Pilate cède, retire les enseignes, étonné d’un tel courage et d’une telle fermeté déployés pour conserver des lois : ri ouhaxÿ tv vsuwv. De ce récit on peut conclure :

«) que, s'il faut traduire l'incidente par : dans le but d’abroger les lois juives, Pilate est peut-être parti de Césarée avec l'intention de le faire, mais qu’il n’a pas mis son projet à exécution ;

8) que le transport à Jérusalem n’a pas eu pour but de donner plus de retentissement à l'abrogation des lois, puisque c'est furtivement, de nuit, qu'a lieu l'entrée dans la ville,

En réalité, il n’y a pas eu du tout abrogation de l’ensemble des lois juives. La phrase ëri xataAÿoer... ne se rapporte pas à la première partie de la proposition mais bien à la seconde ; il faut comprendre non que Pilate va à Jérusalem dans le but de supprimer, mais que, se rendant de Césarée à Jérusalem avec l'intention d’y faire pénétrer les enseignes, il abroge ou plutôt il viole la loi juive. Et l’exactitude de cette interprétation nous est démontrée par trois considérations principales :

2) Il est impossible qu'un bouleversement aussi considérable soit signalé uniquement par une incidente. La transformation, quien aurait été la résultante, devait tenir une place trop grande dans l'histoire des institutions Judaïques pour que, dans le livre de Josèphe, il n’en soit resté aucune trace. Sans compter que les Romains, après avoir pris cette résolution, sans aucun doute d'importance, nous apparaîtraient comme bien vite vaincus par une résistance, fûüt-elle rela-

tivement assez longue! ;

1. D’après Josèphe, les prières adressées à Pilate durèrent de longs jours, éxi roklaç fuéoas. Dans le B. J., II, 9,$ 2, il en fixe le chiffre à cinq, et le procurateur aurait cédé le sixième.

8) dans les réclamations des Juifs, il n’est pas question du tout de la sauvegarde de l’ensemble de leurs lois ; leur grief est unique : ils font des supplications pour que soient enlevées les images de l’empereur : ixerelay motoÿuever ëmi petaléoer tüv etxovwy ;

y) enfin, dans la Guerre judaïque, nous possédons le récit du même fait ! ; les incidents y sont même rapportés avec plus de détail, Josèphe cite des chiffres, mais nulle part il n’y est question d’abrogation de lois : les Juifs demeurent atterrés en voyant ainsi fouler aux pieds les coutumes de leurs pères ; ils descendent en foule à Césarée, prient et obtiennent ce qu’ils désirent ?.

En sorte que dans cette affaire une loi aurait pu être tenue pour lettre morte; elle ne l’a pas été : l’abrogation de la législation mosaïque se réduit à un conflit religieux.

Est-ce à dire que la transformation de la Judée en province romaine n'ait apporté aucun changement dans le droit juif et dans son application? La réponse négative est certaine. Dans quelles limites, nous allons l’étudier pour la justice civile et la juridiction criminelle.

En matière de procès civils, le principe est formel ; lorsqu'il s'agit d’une affaire où deux Juifs sont parties, la compétence des autorités et des tribunaux locaux est cer-

Page 1