‹ Une Province Procuratorienne: Le Procès de Jésus-ChristChapitre 91 sur 110 · Jean, xt · texte numérisé non relu

Jean, xt

servir de Pilate comme d’un exécuteur, obtenir de lui une sentence de mort, sous un prétexte quelconque.

De fait, les choses ne se sont pas passées autrement ; seuls les Juifs se sont saisis de Jésus, la nuit ; ils l’ont amené devant le Sanhédrin, bien moins pour obtenir un jugement en règle que pour établir le caractère blasphématoiré des paroles de Jésus ; puis, quand tout le monde a été convaincu qu'il était digne de mort, il s'est produit un fait qui semble d’abord inexplicable, une seconde réunion du Sanhédrin. L’utilité en est marquée parfaitement grâce aux termes de Matthieu : «au matin ils s’assemblèrent pour faire mourir Jésus.» C’est en effet la seule partie du programme qui reste à remplir : il faut que Pilate fasse mourir celui que les intéressés ont trouvé coupable. Et dans cette séance du matin, on discute quelles accusations on va porter devant le procurateur, quels griefs seront suffisants pour le convaincre. Qu'on se rappelle les hésitations, les proclamations d’innocence, les sarcasmes de Pilate ; ils ont pour raison d'être bien moins la foi du procurateur dans l'innocence de l’inculpé que le dépit qu’il éprouve d’être obligé de jouer le rôle que les Juifs lui ont réservé dans cette affaire.

Si du reste on y veut réfléchir, les accusations présentées à Pilate ne sont pas choisies au hasard. Les Juifs reprochent à Jésus les caractères publics de celui qu’ils ont refusé de voir dans sa personne, le Messie : Jésus est digne de mort, parce que, malgré ses affirmations, les Juifs n’admettent pas son rôle messianique ; il est condamné parce qu’on lui prête les attributs du Messie. Son titre de roi et le soulèvement pour chasser les Romains correspondent aux versets 4, 5, 21 et 24 du psaume £xxxix: « J'ai traité alliance avec mon élu ; j'ai fait serment à David mon ser-

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viteur, disant : j'établirai ta postérité pour toujours et j’affirmerai ton trône d'âge en âge. Ma main sera ferme avec luiet mon bras le fortifiera. Je frapperai ses ennemis devant lui et je détruirai ceux qui le haïssent. » Le refus de payer le tribut, c’est le versét 23 du même psaume: « L'ennemi ne le rançonnera pas et l'inique ne l’affligera pas !. »

Du reste cette opposition entre les deux jugements se retrouve Jusqu'au pied de la croix. Tandis que Pilate fait écrire Jesus Nazarenus, rex Judaeorum, que les soldats romains disent : « si tu es roi des Juifs, sauve-toi toi-même ? », de l’autre côté, les prêtres et les anciens du peuple ne font même pas allusion à cette décision, qui sans doute sert leur vengeance, mais qui n'a aucune valeur à leurs yeux ; seuls leurs griefs comptent ; seul le jugement de leur juridiction a convaincu l'accusé : « Toi qui détruis le temple de Dieu et le reconstruis en trois jours, que ne te sauves-tu toimême ? Si tu es le fils de Dieu, descends de la croix 3. »

Il est vrai que, si le procès devant Pilate n’est qu'un expédient pour vivifier une sentence inopérante, il n’en reste pas moins que, pour le procurateur, la procédure devant le Sanhédrin, quelque importance qu'elle revête aux yeux des Juifs, possède un caractère nettement illégal. Pour expliquer qu'il n'ait pas protesté, il ne suffit pas de dire que les événements de la nuit lui sont restés inconnus; car, même s’il a ignoré le procès, il n’a pu lui échapper que l'accusé, conduit devant son tribunal, était lié #, qu'il n’était donc

4. Les disciples de Jésus eux-mêmes crurent à la mission politique de leur maître. Ne lui demandent-ils pas: « Seigneur, sera-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d'Israël ? » (Actes, 1, 6).

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