Matthieu, xxvii
&. Id., xxvrr, 4; Marc, xv, 1. Cf. Ed. Stafler, Le Sanhédrin
de Jérusalem au premier siècle dans Revue de théologie et de philoso-
pas venu de son plein gré, qu'il y avait eu arrestation sans son ordre, donc illégale. En fait, nous croyons que Pilate a été informé par quelque rapport de ses agents; son attitude au début du procès le démontre ; non seulement devant Jésus chargé de liens, il n’a pas un mot de blâme, mais encore aucun étonnement ne se marque chez lui; il paraît, tel un homme averti, trouver très naturel de commencer sans délai la procédure ; pas un mot, pas un geste: «de quoi l’accusez-vous ? » De plus, la phrase de Jean : « prenez-le et jugez-le selon votre loi», est une allusion certaine au procès devant le Sanhédrin : « prenez-le » correspond à l’arrestation ; «jugez-le », c'estla séance de la nuit et « votre loi » ne peut être autre chose que la disposition du Deutéronome relative au blasphème. Si l’on ne suppose pas que Pilate a tout su, comment concevoir cette phrase qui n’a aucun rapport avec le procès, bien plus, qui est un non-sens dans la bouche d’un Romain ? Au cas contraire, si Pilate est informé et qu'il ne puisse critiquer, comme on comprend que dans un sarcasme il exhale sa colère impuissante et fasse sentir aux Juifs, qu’en dépit de leur loi, ils ne peuvent rien sans Jui !
En réalité la situation de Pilate est extrêmement difficile au milieu des Juifs. D'une part, entré par son mariage avec
phie, 17° année, p. 115. Lausanne, 1884. D'après l’auteur, le Sanhédrin aurait conservé le droit de condamner à mort et même d'exécuter. Mais dans les procès religieux comme celui de Jésus, où il pouvait craindre de voir sa sentence blâmée par les pharisiens purs, par les exaltés, le Sanhédrin aurait demandé au procurateur de le soutenir et de le couvrir de son autorité. Contre cette opinion, nous ferons remarquer que les pharisiens devaient encore préférer une sentence médiocre rendue par l'autorité locale, suivant les formes de la loi, à une absolution ou à une condamnation prononcée par le procurateur. Du reste, si celui-ci n'était pas compétent, la crainte d’un blâme des pharisiens ne lui donnait pas autorité pour juger.
la fille de Julie !, Claudia, dans la famille de l’empereur, il n’a pas le droit d’être un gouverneur simplement ordinaire ; d'autre part, placé à la tête d’un peuple nouvellement annexé, très jaloux de ses prérogatives religieuses, toujours prêt, au moindre prétexte, à l’occasion de n’importe quelle fête ?, à se lever en masse et à se révolter, il faut qu’il joigne à beaucoup de fermeté, beaucoup d’habileté et une grande prudence. Or justement Pilate semble avoir manqué totalement de mesure ; dès son arrivée, un conflit éclate, le sang manque de couler, c’est l'affaire des étendards. Pilate cède cependant, probablement sur un ordre venu de Rome auquel devait être joint un blâme pour ce zèle intempestif. Peu après, il entreprend de dériver à Jérusalem un cours d’eau, et ce aux frais du trésor sacré ; les Juifs se réunissent au nombre de plusieurs milliers pour protester. Pilate fait revêtir à ses soldats des vêtements juifs, les arme de poignards, puis somme les Juifs de se retirer ; sur leur refus, les soldats les cernent et en font un massacre épouvantable 5. Sans aucun doute, après ces deux incidents, Pilate fut invité à en user avec plus de patience et de modération à l'égard de ses administrés et il n’est peut-être pas impossible de supposer qu’à la suite de ces ordres, Pilate, tombant d’un excès dans l’autre et craignant une révocation, qui ne fut d’ailleurs que retardée, passa subitement et sans transition de la cruauté à la faiblesse.
4. Rosadi, op. cit., p. 222, parlant de Claudia, la dépeint comme une femme dévergondée et pourrie jusqu'aux moelles ; il lui prête des propos presque pornographiques. Sans discuter ce que lesmœæurs de Claudia ont à faire avec le procès du Christ, nous ferons simplement remarquer à l’auteur italien qu’il a mal lules Saturnales de Macrobe, II, 5. La phrase sur la prise des passagers à bord, le navire étant chargé, est attribuée par Macrobe à Julie, à la mère et non à la fille.