Jos., Ant., XVIII
Que si par ailleurs les Juifs avaient écrit à l'empereur : « nous nous sommes assurés d’un homme qui s’élève contre toi,et ton représentant refuse de le juger sous le prétexte qu'il ne l’a pas arrêté lui-même », il est probable que, une fois de plus, on aurait donné tort à Pilate. Du reste cette affaire d’un pérégrin n'intéressait pas le procurateur, au point que, pour lui éviter la mort, il risquât de faire naître une nouvelle affaire. Il est vrai qu'il y avait là une question d'amour-propre particulièrement sensible à Pilate. Malheureusement pour lui comme pour Jésus, avec l’habitude qu'il avait des Juifs, depuis plus de trois années qu'il était dans sa province, il dut, d’un coup d’æil, juger qu'il était dans une mauvaise position pour résister. Si l’idée lui vint de ne pas satisfaire aux réclamations des Juifs, en un instant il mesura la révolution qui grondait, la masse des Juifs indigènes grossie des coreligionnaires venus de tous les points de l’empire, pour fêter la Pâque dans la ville sainte, l'appui donné en sous-main par les prêtres et les anciens du peuple, au besoin l'intervention de la garde du temple ; et à tout cela, il ne pouvait opposer qu’une cohorte, cinq à six cents hommes au maximum, sans doute déjà sous les armes, comme c'était la coutume les jours de fête !, mais recrutés dans le pays, commandés par des officiers d'origine asiatique, par conséquent peu sûrs et qui, même s'ils restaient fidèles, seraient infailliblement débordés, puis engloutis par la foule. Faire venir des renforts de Césarée ? Il était trop tard : par leur décision et leur promptitude, les : Juifs avaient surpris le procurateur. Céder d’abord, pour faire appel ensuite aux légions de Syrie ? C'était alors la guerre et pour quel motif ?!
ATOS BJ EME RSUE 2. Sur la situation de Pilate vis-à-vis des Juifs dans l'affaire de
Voilà pourquoi Pilate en premier lieu ne put protester, puis fut obligé, sous la poussée des événements, de livrer Jésus qu'il avait reconnu innocent et voulait délivrer. Nous entendons bien que le représentant de Rome aurait dû faire face à l'émeute, ne fût-ce que pour sauver les principes, sauvegarder le droit et la justice. Mais si l’on se représente ce tribunal entouré d’une foule immense, qui gesticule, hurle, menace, ne veut rien entendre et ne peut plus raisonner, alors on se rend mieux compte du geste de Pilate. Celui-ci comprend que les temps de Césarée sont passés, que la force est dans l’autre parti ; impuissant il livre Jésus et laisse humilier son orgueil, pour tout sauver et préparer sa revanche. Jésus a été victime des circonstances qui ont entouré son procès, bien plutôt que de l'indifférence de Pilate. En d’autres temps, dans un lieu différent, Pilate, ayant pour lui la force, l'aurait délivré : en quoi, il n’aurait pas été plus courageux qu'il ne fut lâche dans le procès de Jérusalem.