III. Les incidents du procès
Jusqu'ici nous avons étudié le procès de Jésus dans son unité d'affaire purement romaine : nous en avons vu les accusations, l'enquête, la condamnation. Or, au cours de la procédure, différents incidents ont été soulevés par le procurateur, qui, semble-t-il, aurait voulu donner satisfaction aux Juifs sans mettre à mort Jésus, ou rejeter la res-
Jésus, cf. l'opinion concordante de Renan, Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1868, p. 87, et Mueller, op. cit., ch. 5, p.39.
ponsabilité d’une condamnation capitale sur un autre juge ; de cette nature est le renvoi de l’inculpé devant Hérode, tétrarque de la Galilée et de la Pérée.
1° Jésus devant Hérode. — « Pilate, entendant parler de la Galilée, demanda si Jésus était Galiléen. Et ayant appris qu'il était de la juridiction d'Hérode, il le remit à Hérode qui était aussi à Jérusalem!. » Le point important de cette question est de savoir si juridiquement Pilate devait se déclarer incompétent. Si l’on pense que, dès notre époque, les principes, contenus dans une constitution de Sévère et d’Antonin Caracalla de l’année 197, reçurent application, on arrive à cette conclusion que le crime doit être poursuivi soit au tribunal du lieu où il a été commis, soit au tribunal de la région où il a été commencé, soit enfin à celui de l’endroit où le coupable a été trouvé ?. Or, dans l'accusation des Juifs, il est dit que Jésus soulève le peuple, ayant commencé par la Galilée ?. De sorte que, même faisant abstraction de l’origine de l’inculpé, et sous la réserve que nous avons faite relativement à l’application dela constitution, Pilate pouvait admettre la compétence d'Hérode concurremment avec la sienne, se basant sur le chef de commencement d'exécution en Galilée. Quant à la qualité de
4. Luc, xx, 6 et 7. Cet incident paraît très suspect à Strauss (Vie, $ 128, p. 541) principalement à cause du silence destrois autres évangiles. Certains auteurs se sont ingéniés à chercher une explication à ce silence et en particulier Schleirmacher, Ueber den Lucas, apud Strauss, p. 540, pense que l'incident a échappé à Jean parce qu'on fit sortir Jésus par une porte de derrière. Ce système, sans doute très subtil, ne nous permet pas de voir pourquoi Matthieu et Marc sont muets sur cet incident ; à moins que pour une cause ou pour une autre il leur ait été inconnu ou qu’ils ne lui aient pas accordé l'importance que lui attribue Luc.