‹ Une Province Procuratorienne: Le Procès de Jésus-ChristChapitre 95 sur 110 · Luc, xxrr · texte numérisé non relu

Luc, xxrr

Galiléen reconnue par Pilate à Jésus, on a objecté que, dans la tradition, celui-ci était représenté comme né à Bethléem, ville de Judée !. On a répondu d’abord qu'au point de vue critique, Jésus n'était probablement pas venu au monde à Bethléem, mais à Nazareth en Galilée où habitaient ses parents officiels ?. Sans prendre parti dans la discussion, nous remarquons qu'il n’est pas établi du tout que la naissance de Jésus lui ait fait perdre sa qualité de Galiléen, si elle se produisit à Bethléem ; le jus sanguinis, dans cette question de droit international, a parfaitement pu l'emporter sur le Jus sol ; il y eut là en effet un événement qui, en dehors de toute question religieuse, eut un caractère accidentel et qui n'eut par la suite aucune conséquence, puisque, jusqu’à la croix, Jésus resta le Nazaréen. Au point de vue politique, il dépendait donc d’Hérode.

Rosadi a pourtant nié la possibilité pour celui-ci d’être compétent ?. Il raisonne en effet ainsi : «ou l’affaire de Jésus est d'ordre religieux, et le grand Sanhédrin seul est compétent ; ou elle est d'ordre politique et alors Pilate, s’il est incompétent, doit renvoyer l'affaire non à Hérode, qui n’a aucun pouvoir, mais à son collègue, le vice-gouverneur de la Galilée. »

Nous n'avons rien à reprendre au premier terme du raisonnement ; mais le second nous paraît inadmissible. Où Rosadi a-t-il vu qu'il y avait un procurateur en Galilée *? Ce vice-gouverneur, comme il l’appelle, est une pure création de son imagination. Nous savons en effet qu'Archélaus, avant sa déposition, possédait au moins accessoirement le

LUC, Er, 4

. Strauss, Vie, S 134.

. Rosadi, op. cit., ch. 18, p. 242.

. Cf. Graetz, op. cit,, p. 255.

pouvoir judiciaire ; ne lui reproche-t-on pas d’avoir tranché des procès, avant sa confirmation par Auguste, comme sidéjà il était roi !. Si, à sa disparition, on envoie un procurateur avec le droit du glaive, c’est en principe pour le remplacer dans l'exercice de la justice capitale. Pourquoi dès lors vouloir supposer que, sans aucune raison, Hérode n’a pas sur les Galiléens les droits qu'Archélaüs avait sur les Juifs ? Pour l’un comme pour l’autre, la confirmation de Rome est intervenue, et pour admettre que, comme Archélaüs, Hérode a perdu ses droits, il faut soutenir que celui-ci a été déposé ainsi que celui-là, que Ja Galilée au même titre que la Judée a été annexée à l'empire romain. Or sur ce point nous sommes parfaitement renseignés : quand Hérode fut déposé en l'an 39 par l’empereur Caligula, sa tétrarchie fut ajoutée au royaume d’Agrippa qui gouverna jusqu’en #44? ; en sorte que, quatorze années après le procès du Christ, la Galilée n'avait pas encore connu l'administration d’un fonctionnaire romain.

Nous croyons donc qu'il était parfaitement possible que, dans une affaire déterminée, un conflit de compétence s’élevât entre le procurateur de Judée et le tétrarque de Galilée ; de telle sorte que, si réellement Pilate ne voulut que se debarrasser d’une affaire épineuse, il put au moins cacher sa défaite sous des apparences juridiques.

Hérode du reste ne prit pas son rôle de juge au sérieux ; s’il eut dès l’abord une grande joie de voir Jésus dont il attendait un miracle, il se heurta de suite à un silence dédaigneux de l'accusé et se contenta de le ridiculiser à : toutefois il ne trouva rien en lui qui fût digne de mort, et ce

Jos, ANT NII TELE AID A XNA SR?

mue xx Sami"

Page 1