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au témoignage même de Pilate, auquel Hérode renvoya Jésus !; à son tour le tétrarque de Galilée se déroba et se déclara incompétent. Nous ignorons quels motifs il invoqua pour se récuser ; mais ils furent probablement bien puissants, car Pilate, dès le retour de Jésus, reprit la direction du procès sans la moindre observation. Il n’est peut-être pas impossible d’apercevoir les raisons que put invoquer Hérode. D'abord relativement aux griefs élevés contre Jésus, Le titre de roi des Juifs et le refus de payer le tribut ne l'intéressaient pas; ils touchaient en première ligne le représentant de l’empereur, le procurateur. Quant à la sédition, sans doute elle avait été commencée en Galilée, mais elle s'était poursuivie principalement en Judée et le cas devait plutôt relever de Pilate, puisqu’à compétence égale, le coupable avait été trouvé dans sa circonscription. Tout cela d’ailleurs n’était rien : si Hérode ne pouvait juger, c'était surtout parce qu'il se trouvait officiellement en dehors de son cercle de juridiction ; sorti de la Galilée et de la Pérée il n’était plus qu’un simple particulier, un pèlerin un peu plus élevé en rang et en dignité, mais quine possédait aucun pouvoir à Jérusalem. Même si Jésus avait été de la compétence certaine d'Hérode, celui-ci n'aurait pu connaître de l'affaire que dans sa tétrarchie ; sa présence à Jérusalem pouvait faciliter la comparution matérielle de Jésus ; mais consüitutionnellement, elle en empêchait le jugement.
Si donc on veut voir dans le renvoi devant Hérode un expédient de Pilate, il faut reconnaître qu'il a échoué et devait forcément échouer.
20 La grâce romaine. — « Or le gouverneur avait cou-
4. Luc, xxur, 45. Sur cet incident, cf. A. Loisy, Les Évangiles synoptiques, Il, p. 639 et 640.
tume à toutes les fêtes de délivrer celui des prisonniers que le peuple lui demandait. Et il y en avait alors un insigne et nommé Barabbas. Comme ils étaient donc tous assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabbas ou Jésus qui est appelé Christ? Les prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Le gouverneur donc leur disant : lequel des deux voulez-vous que je vous délivre, ils répondirent Barabbas..… Alors il leur délivra Barabbas !. » |
On a beaucoup discuté sur ce droit de grâce, dont Pilate voulut faire application à Jésus, pour essayer, par un second expédient, de le sauver. Certains y ont voulu voir l'exercice, par un magistrat romain, d’un usage Juif. Mais en quelques mots nous avons montré comment le principe théocratique et divin, qui est à la base de la justice juive, ne permet pas d'y introduire la grâce. Nous nous trouverions donc en présence d’une institution romaine ; et il est effectivement certain que, sous différentes formes, le droit pénal romain a connu la remise de la peine.
Sous la République, il faudrait, d'après Mommsen ?, distinguer la grâce qui se présente comme émanant du pouvoir législatif, que le Sénat prononce, et la grâce qui relève du pouvoir judiciaire : chaque tribunal, d’après l'usage romain, aurait le droit de remettre la peine qu'il peut infliger, ou immédiatement, ou après coup, pourvu qu'elle n’ait pas encore été exécutée. Il est certain que dans ces conditions, le droit de grâce judiciaire aurait une sphère d'application très large, si large même que Mom-