‹ Une question de véracité [microforme]Chapitre 5 sur 10 · LETTRE OUVERTE · texte numérisé non relu

LETTRE OUVERTE

Montréal, 2 avril 1884.

Sir HECTOR L. LANGEVIN,

Otlawu, Cher monsieur,

J'ai l'honneur d’accuser réception de votre lettre du 17 mars :

10. Me transmettant copie d’une seconde lettre de M. Stephen ;

20. M'exposant les vues du gouvernement dont vous faites partie sur votre politique de chemins de fer ;

30. Et me priant finalement de communiquer avec M. George Stephen, quoique la lettre de ce monsieur, transcrite de votre main dise qu'il “ decline to enter into further controversy ( refuse de continuer la discussion”)

Permettez-moi de ne pas m’accorder avec vous sur la suggestion que je m'adresse à un homme qui vous apprend sa détermination de ne pas écouter ce qu’on lui dira, et de ne pas y répondre ; d'autant plus que je n'ai aucune affaire à traiter avec M. Stephen. Il ne me reste donc qu’un recours, vous écrire par la voie des journaux. Jde le fais à regret ; mais il est de mon devoir de le faire, parceque le but de cette correspondance, tel qu’expliqué dans ma première lettre, est tout simplement de savoir sur quoi vous vous êtes basé pour vous servir de mon nom d’une manière qui ma été particulièrement dommageable dans une réunion des conservateurs Canadiens Français à Ottawa, et pourquoi vous avez demandé de vous mettre en communication avec moi à ce sujet. La raison que vous avez bien voulu me communiquer a été tout simplement une lettre de M. Stephen. Si J'ai discuté cette lettre c'était tout simplement à votre point de vue et à votre occasion, et pour vous prouver que si vous aviez été de bonne foi vous étiez l'instrument d’une manœuvre. Du moment que vous me dites que vous n'avez pas besoin de vous renseigner sur l'exactitude de vos déclarations, et que vous me priez de continuer à faire cette démonstration à votre voisin, il faut aussi supprimer ces formules courantes que l’on se plait à exprimer et que l'on se plait d'avantage à recevoir sur les intentions droites et à la bonne foi. S'il ne nous est plus permis à l’un et l’autre, de nous faire illusion sur la nature de l'incident créé par vous et relevé par moi, je devrai donc prendre le parti d'estimer vos remarques devant nos amis d'Ottawa à la valeur d’une attaque contre moi, puisque vous

refusez de les soustraire à la fatale signification qui se dégage de vos réticences et des restrictions mentales de M. Stephen. Je prends la situation telle qu’elle était alors, avec ses besoins du moment. Assurément, personne ne vous avait demandé de vous occuper de mesintérêts. 1l reste donc la seule présomption que le besoin pressant du moment c’é. tait de briser un mouvement bas-canadien tout à fait patriotique, mais gênant. J’enrégistre, pour en tirer parti au besoin, tout ce qu’il y a d’équivoque dans cette manœuvre. Dans quel but envoyiez-vous M. MacMillan me chercher à l'hôtel, où j'étais loin de songer à tout cela? Dans quel but m'avezvous rencontré, non pas dans votre chambre mais ouvertement dans la bibliothèque, si ce n’était pour bien laisser croire à tous que l’apaisement d’une certaine partie de la députation reposait de fait sur la satisfaction de mes intérêts privés ! Depuis que j'ai recu les deux lettres de M. Stephen, j'ai compris jusqu’à quel point vous n’étiez pas autorisé à me voir sur cette question, et je me demande comment vous pouviez être serieux, quand vous ne saviez seulement pas ce que M. Stephen voulait. N'oubliez pas que vos paroles au caucus étaient celle-ci : J’ai le plaisir de vous annoncer que M. Stephen le président du chemin du Pacifique Canadien, est à Ottawa, et qu’il va acheter les débentures du chemin de fer du Nord.” N'oubliez pas, non plus, qu’il ressort de la lettre de M. Stephen que c’est seulement M. Pope et non vous qu’il avait vu ; et si vous relisez la lettre de M. Stephen du {1 mars vous y trouverez que le sens (meaning) de sa lettre voulait dire que le Pacifique n’était pas prêt à acheter mes débentures * unless the surplus over the government mortgage could be got at a reduced rate,” (à moins que le surplus en sus de Phypothèque du gouvernement ne put étre obtenu à un Laux réduit) c'est à dire qu’il ne voulait pas les acheter du tout. Cette lettre contredit carrément votre assertion au caucus, surtout dans le passage suivant : ‘“'The portion of those bonds in the hands of Mr. Senécal was offered to mein exchange for Canadian Pacific Stock ; ........... but 7 declined the proposal (la partie de ces bons entre les mains de M. Senécal m'a été offerte en échange d'actions du Pacifique. mais j'ai refusé l'offre”) Vous, vous avez dit; ‘ M. Stephen va acheter,” et M. Stephen met par écrit : * [ declined.....….. this Company cannot buy the North Shore Railway until those Bonds are held at par or nearit, simply because it would be paying more than the value of the property.” (Cette Compagnie ne peut achelerle chemin de fer du Nord, tant que ces bons seront maintenus au pair ou dans le voisinage du pair, parceque ce serait payer plus que la propriété ne vaut.)

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Sans discuter maintenant cette offre, je sais qu'on a de mandé pour moi, à une époque où cette demande était raisonnable, 81,250,000 d’Actions du Pacifique pour $750,000 de mes débentures. Comme le Pacifique était alors à 52 à la bourse, on aurait donc demandé $650,000 pour mes débentures, c’est à dire 8674. Et encore faut-il ajouter que des actions ont un caractère aléatoire que n'ont pas les débentures. Mille transactions peuvent réduire un stock à une valeur insignifiante; les obligations portant hypothèque sur une propriété foncière restent toujours ce qu'elles sont, et dans le cas actuel comportent en sus la garantie d’une com pagnie puissante. (Ce n’était donc ni le pair, ni les environs du pair que l’on demandait pour mes débentures, et pendant que le Pacifique refusait cette offre aussi facile, aussi large, vous disiez qu’il allait acheter ces mêmes débentures, sans faire pressentir la moindre restriction. Vous ne plaiderez pas ignorance des faits, quand l’arrangement grèvant le chemin de fer du Nord d’une dette additionnelle de $1,225,000 est venu l’an dernier devant le Parlement fédéral et fait partie de vos Statuts. Ni vous au caucus, ni M. Stephen dans sa première lettre ne laissez entrevoir que ces débentures, dont vous connaissiez l'existence, n'étaient un obstacle à la transactiou. Vous n’avez même insisté que sur l'achat de ces débentures. La suite vous apprendra, soit dit ici en passant, que cette offre était faite avant que le projet d'emprunt des $30,- 000,000 par le Pacifique fut annoncé. Du moment que jai connu les résolutions hypothéquant tous les biens de la Compagnie et les mettant à la merci du gouvernement, je les ai considérées comme désastreuses pour le stock de la Compagnie,et je ne pouvais plus un instant songer à une telle transaction entre la Compagnie et moi d'autant plus que je désaprouvais l’arrangement entre la Compagnie et le gouvernement. Mais pour le moment il ne s’agitque d’un refus du Pacifique de prendre ces débentures à 8623. Ce refus prouve que j'ai eu raison de douter sinon de la sincérité, du moins de l’exactitude de votre affirmation, et que le devoir d'établir cette sincérité vous reste tout entier. J'ai d'autant plus de force pour insister sur ce point que, ce jour là, je prenais votre dé claration au sérieux, je vous croyais réellement autorisé à me faire cette avance, et que je vous refusai positivement à moins qu'il n'y eut une entente complète avec le Grand Tronc, avec qui j'étais lié, et qui seul pouvait faire tomber le chemin du Nord entre les mains du Pacifique ou le mettre à sa disposition, comme il y a consenti, du reste, par la suite. Ce refus, au moment même où je croyais à votre parole, est la réponse au parti que l'on veut tirer de cette offre de M.

Dansereäü, et que M. Stephen fait sürgir dans sa lettré Co: me une menace contre moi ; car vos journaux ont déjà tépeté que c’était la déception qui me poussait à agir contre le Pacifique: Je vous inclus les explications de M. Dansereau, qui doivent forcément faire partie de ce dossier quand il sera rendu public, du moment que M. Stephen le met en cause; et quoique j'aurais ratifié tout arrangement qu'il aurait fait pour moi, je dois vous dire que nous nous sommes trouvés facilemeut d'accord sur l'impossibilité de donner suite à une offre faite avant les résolutions de l'emprunt,

Permettez moi de vous remercier de l’honneur que vous me faites de m’exposer la politique du gouvernement sur les questions de chemins de fer. Je n'aurais jamais eu la présomption de m'immiscer à ces graves questions. Je n'ai mentionné en passant un projet de détourner le commerce du Pacifique de Montréal et de Québec, non pas parceque jai des conseils à vous donner, mais pour vous faire remarquer qu'il devenait difficile de comprendre comment M. Pope, l’homme des chemins de fer du Sud, pouvait prendre part pour la rive Nord dans cette affaire contre ses propre intérêts. Quand à la politique de votre gouvernement, je n’ai pas songé à la critiquer ni même à trouver étrange qu’au lieu de chercher à faire acquérir le chemin du Nord par le Pacifique, vous donniez $6,000 ou $12,000 du mille, je ne sais trop, à un chemin de fer en perspective.

Je serais le dernier homme à vous reprocher ce projet, si je n’y appercevais la tentative de l’abriter derrière une impossibilité imaginaire qu’on cherche à faire remonter jusqu’à moi, et au moyen de laquelle on détourne le sentiment populaire de son véritable objet. Je n’ai aucune raison de me constituer, sans mission, le défenseur des intérêts de Québec qui, d’ailleurs, ne peuvent pas être en danger, si la loi du commerce est telle que vous la dites, et qu'il ne soit pas nécessaire de faire des efforts particuliers pour faire jouir Québec de tout le trafic que son port mérite d'obtenir.

Loin d’avoir rendu l’acquisition du chemin du Nord par le Pacific impossible, je l’ai, au contraire, rendue des plus faciles. Mes relations avec MM. Hickson et Wainwright m'ont mis à même de connaitre leurs vues et leurs dispositions, et je vous ai fait savoir, comme je l'ai fait savoir à d’autres de vos collègves, que le Grand Tronc, pour se rendre au désir du Gouvernement, et être agréable à la députation de Québec, consentirait à vendre le chemin du Nord au prix coûtant. Le Grand Tronc a aussi offert, dans le cas où l'achat ne serait pas jugé expédient, d'accorder jusqu'à Québec des droits de

parcours (running poiers) pour les engins et les trains du Paci-

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