‹ Une Reine de douze ansChapitre 13 sur 115 · Première dame d'honneur · texte numérisé non relu

Première dame d'honneur

madame de Masserano sont allées, un de ces matins, à Villefranche pour les voir, ayant peur que si elles eussent attendu elles ne les auraient plus pu voir; elles furent par mer et il n'y en eut aucune qui se trouva malade. Madame des Noyers a été seulement pour se promener sur mer ; mais elle n'y demeura qu'un instant, aussi elle n'eut pas mal. Hier elle y voulut retourner, et commençant à se sentir quelque chose elle ne voulut pas aller plus loin. Thérèse qui y fut, eut mal, mais il est vrai que la mer n'était pas des meilleures.

» Nous avons cru jusqu'à cette heure que je recevrais le légat à Monaco*. M. de Castel Rodrigue avait déjà envoyé avertir le prince de Monaco que je crois être bien fâché à présent de savoir que cela ne se ferait plus là. Le légat en est bien content. Je crois que tout se fera demain et que nous pourrons nous embarquer lundi.

» Je vous remercie bien, ma chère maman,

d'avoir bien voulu faire prier Dieu pour ma santé

qui, Dieu merci, est très bonne à présent. La

mauve que je pris ne m'a fait quoique ce soit,

c ar jen'allai pas seulement une fois.

1. Il s'agit du légat à laterc (jue le pape avait envoyé pour féliciter la reine à son passage à Nice .ou à Monaco.

» J'ai fait vos commissions, ma chère maman, et même j'en ai fait plus que vous ne m'en avez commandé, car j'ai aussi fait vos compliments à toutes les dames, ayant peur qu'elles ne fussent fâchées de ce que vous en faisiez à mesdames de Masserano, des Noyers et de Berteng et point à elles ; je crois que vous ne le trouverez pas mauvais. Je continuerai toujours tant qu'il me sera possible avec mes manières de me faire aimer puisque cela vous fait plaisir et contribue aussi à mon bonheur. Je ne vous prie pas de faire des compliments à grand'maman à cause que je m'en vais lui écrire.

» Je finis en vous priant de vouloir bien toujours avoir des bontés pour moi, les méritant par le respect et l'amitié que j'ai pour votre chère et aimable personne. Je vous prie de vouloir bien embrasser mes chers petits frères de ma part et remercier le grand de ce qu'il a bien voulu écrire. Si j'osais je vous prierais aussi de faire mes compliments à la princesse de la Gisterne et à la marquise Delmare. Si je croyais leur faire plaisir je leur écrirais*. »

1. Toutes les lettres de la reiiK^ à son père et à sa mère proviennent des archives royales de Turin.

La même à la même.

Nice, 26 septembre.

« Je vous écris trois lettres aujourd'hui, ma très chère maman, avec grand plaisir. Vous aurez de mes nouvelles de Marseille car le comte de Sales vient jus ue-là. Il faut que je vous dise que madame la princesse des Ursins a eu quelque ordre, car elle n'est pas venue me voir; ainsi je la verrai demain pour la première fois... Je viens de recevoir, ma chère maman, toutes les trois audiences du légat; il a fait son entrée ce matin. 11 était habillé d'une telle manière que je ne me suis pas pu tenir de rire. Madame de Berteng vous dira comme il était.

» Nous sommes allés à l'évêché pour le voir passer; il a été tout droit à la cathédrale où l'on a chanté le Te Deum, puis il est venu tout droit ici ; avant cinq heures, il a pris sa seconde audience et une heure après il a fait sa dernière où il m'a donné la Rose d'or, le Corps saint et des Agnus Dei. et il m'a présenté tous ceux qui étaient avec lui ; il est fort content du dîner de ce matin et je crois qu'il le sera aussi du souper de ce soir. Il devait bénir les galères ce soir; mais la

mer étant un peu agitée, elles n'ont pas pu venir. M. de Castel Rodrigue a fait le présent à madame des No3'ers pour donner au cardinal légat. Je vous prie, ma chère maman, s'il est nécessaire que j'écrive quelques lettres de me le mander, c'est-à-dire à quelques dames que vous croyez que cela leur fasse plaisir. J'envoie le Corps saint au Saint-Suaire aussi bien que la Rose d'or. Quant aux Agnus Dei j'en ai fait une boîte pour la Mère Marie-des-Anges et une autre pour le Père Yalpé... J'ai écrit six lettres ce soir et voici la septième; vous ne pourrez pas dire que je sois paresseuse ; je vous assure que je ne le serai jamais, étant toujours fort contente quand je puis trouver une occasion pour vous prier d'aimer toujours une fille qui a une amitié si grande qu'on ne le peut pas exprimer, à l'égard de sa très chère maman. »

Il avait été très difficile de faire concorder l'incognito de la reine avec le cérémonial usité pour l'envoi du légat. Cependant on en vint à bout tant bien que mal, et Marie-Louise put assister très commodément au passage de la procession d'une fenêtre du palais de l'Archevêché ; elle eut, comme nous l'avons vu dans sa lettre à sa mère, grand'peine à cacher l*accès de rire dont elle fut

5i MARIE-LOUISE-GABUIELLE DE SAVOIE.

prise en voyant les costumes étranges dont étaient revêtus les personnages qui figuraient dans la procession.

Le 25 au matin, arrivèrent les galères toutes pavoisées et ornées qui s'avancèrent le plus possible devant la porte de la marine. La Captane qui devait porter Sa Majesté Catholique disparaissait sous les ornements d'or et les drapeaux.

L'embarquement de la reine eut lieu à deux heures après-midi, après avoir fait l'acte public de rémission, auquel assista toute la Cour. Au moment où la reine quittant la chaloupe montait sur la galère Capitane, celle-ci commença une salve de coups de canon à laquelle toutes les autres galères répondirent, et les décharges de la ville continuèrent pendant trois heures jusqu'à ce qu'on vît les susdites galères entrer dans le port d'Antibes , la Capitane chargée du précieux dépôt qu'elle devait remettre entre les mains du roi à Barcelone \

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