Madame de Gricnan était la flUe de madame de Sévigné
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assure que je la mérite par le grand respect et la grande tendresse que j'ai pour vous. Si j'osais, je vous embrasserais de tout mon cœur. »
Depuis son départ de Turin, Marie-Louise n'avait pas écrit à son père; elle s'excuse de son silence, et tâche de se justifier de son mieux :
ï'e Marseille, 21 octobre.
« Je vous demande bien pardon, mon très cher papa, de ce que j'ai demeuré si longtemps sans vous écrire; je vous assure que ce n'est pas manque de respect et de tendresse, car j'en ai autant que l'on en puisse avoir pour vous. Je le réparerai à l'avenir ; je ne perdrai aucune occasion à vous donner de mes nouvelles.
» Je reçus, par le courrier d'Espagne, une lettre du roi fort galante, et il est fort impatient de me voir. L'on a fait beaucoup de fêtes ici pour moi ; je ne vous en dis rien, car le comte Sales vous en fera mieux le récit que je ne pourrais faire.
» J'ai été un peu enrhumée, mais à cette heure il commence à passer. Vous devez être persuadé, mon cher papa, que ma royauté ne me fera point du tout oublier mon cher pays ; mais bien au contraire, si je puis rendre quelque service à mes
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chers frères, je le ferai de bon cœur, et j'irai audevant de tout cela,
» Je suis tout à fait contente de la princesse des Ursins ; elle a toutes les bonnes qualités que l'on peut souhaiter.
» C'est le roi de France qui fournit tous les mulets et chariots qui sont nécessaires pour notre voyage. Le roi d'Espagne a envoyé demander les galères de Naples parce qu'il veut envo^'er de l'infanterie à Naples. Le temps leur paraissait assez beau ce matin, ainsi elles sont parties ; mais l'on vient de me dire qu'elles sont revenues à des îles ici auprès, n'ayant pas trouvé le temps beau. Je ne voudrais pas qu'elles arrivassent à Barcelone avant nous...
» Ayez toujours un peu de bonté pour moi, mon très cher papa, et aussi un peu de tendresse, car je vous assure que je la mérite par tous les sentiments que j'ai pour vous. »
Deux lettres de sa mère attendaient la reine à Montpellier :
27 octobre.
« J'ai reçu deux de vos lettres hier au soir, ma très chère maman, qui m'ont fait grand plaisir
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ayant de bonnes nouvelles, et aussi craignant de n'en pas avoir jusqu'à Barcelone.
» Monsieur et madame de Grignan m'ont accompagnée jusqu'aux confins de la Provence; avant -hier ils passèrent encore le Rhône avec moi, après quoi ils me dirent adieu et nous trouvâmes là M. Broglie. Nous fûmes coucher ce soir-là à Nîmes, chez monseigneur l'évêque, autrefois abbé Fléchier ; il n'y était pas car il est à Paris ; et hier nous dînâmes en chemin au pont de Lunel et vînmes coucher ici où j'ai vu la comtesse Broglie qui est fort honnête femme aussi bien que son mari, et vous pourrez dire à son frère l'abbé que je suis bien contente d'eux.
» Nous sommes ici bien logés chez le premier président Lorat ; ma chambre est magnifique et c'est lui qui nous nourrit aujourd'hui. Nous trouvons quasi partout des dîners et des soupers, cela est fort commode, car il serait difficile que nos officiers pussent se trouver à temps pour préparer les repas, tant pour le matin que pour le soir...
» Le roi est toujours plus impatient et nous avons eu deux courriers de Barcelone, depuis que je suis partie de Marseille; par le second il fait écrire pour savoir si j'ai besoin de linge et si je
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souhaite qu'il me fasse faire des habits à l'espagnole; ainsi nous lui avons envoyé le mien, celui que la marquise de Los Balbasès m'apporta à Nîmes.
» J'ai vu le compagnon du confesseur du roi qui s'en retourne en France, à cause que l'air d'Espagne ne lui est pas bon, et il m'a dit que le roi m'a fait faire une toilette, que c'est la plus belle chose que l'on puisse voir, en dorure ; il faut que ce soit celle que ma sœur vous mandait que l'on faisait faire pour moi.
» L'on dit que ma Maison viendra au-devant de moi aux confins ; mais je ne voudrais pas pourtant que cela fût cause que mes gens revinssent. Si j'en entends parler, je ferai tout mon possible pour qu'ils puissent venir jusqu'à Barcelone ; il serait bien fâcheux pour eux d'être venus jusque-là et puis de ne point voir le roi, notre cher roi 1 Je ne sais pas encore justement où il viendra, mais l'on croit à peu près que ce sera à Bellegarde ou bien à Girone. »
On remarquera que la petite reine insiste sur sa Maison et ses Gens; cela nous indique une fois de plus qu'elle entend bien être traitée en reine, dès son arrivée en Espagne. Mais elle reprend avec sa mère son langage familier.
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« Ne VOUS mettez point en peine, ma chère maman, sur ce que vous ne m'avez pas fait assez •de manteaux; j'ai mis les deux que j'ai, et jusqu'à cette heure, dans le voyage, j'ai mis ma robe de chambre bleue. J'ai fait chercher ce matin par Neuz, s'il y avait ici quelques belles étoffes ; mais il n'en a pas trouvé, et par toutes les villes que je suis passée, que je croyais bien fournies en tout ce que l'on veut, je n'}- ai trouvé que très peu de choses. Je ferai pourtant voir encore aujourd'hui s'il y a quelque belle parure, et s'il n'y a pas de velours avec une garniture d'argent; si j'en trouve, ce que Je crois un peu difficile, je me ferai un manteau.
» La princesse des Ursins trouve que l'abbé Delmare et Sandiau sont les gens les plus polis de la compagnie, car, pour vous dire la vérité, les Es[)agnols ne le sont guère; la princesse des Ursins m'assure que les vrais Espagnols le sont davantage; mais ceux-ci sont de gros Milanais.
» Il faut que je vous conte une chose pour vous faire rire; c'est que partout les messieurs de la ville me font de petits présents, et au premier on demanda au marquis de Castel Rodrigue s'il voulait que l'on donnât quelque chose aux gens qui
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les apportaient; il répondit que, la reine étant incognito, il ne fallait rien donner ». Quand l'abbé Delmare retournera à Turin, je suis sûre qu'il vous divertira, car il a de quoi parler assurément.
» Je n'aurais pas été fâchée si madame de Berteng m'eût écrit, quoique le paquet fût déjà bien gros ; elle doit être persuadée que je recevrai ses lettres toujours avec plaisir.
» J'ai donné votre lettre au marquis de Gastel Rodrigue; cela lui a fait grand plaisir, principalement du petit mot que vous avez bien voulu y mettre de votre main. Je vous rends mille grâces de ce que vous voulez bien profiter de toutes les occasions pour m'écrire ; pour moi vous n'en devez jamais douter, ce m'étant un si grand plaisir.
» Nous sommes un peu fâchés de savoir que les galères sont arrivées dimanche à Barcelone, car je suis sûre qu'il n'aura pas fait plaisir au roi, de les voir sans moi; mais l'on dit que la mer a toujours été bien agitée; ainsi j'aurais fort souffert et il vaut mieux que nous allions par terre; j'irai le plus vite que l'on pourra, car vous devez bien croire l'envie aussi que j'ai d'y arriver tout au plus tôt. L'on n'a pas pu séjourner moins d'un
jour ici ; il faut bien laisser un peu reposer l'équipage.
» Je vous assure, ma chère maman, que mon unique application sera de plaire au roi, connaissant bien que de là dépendra tout mon bonheur...
» J'avais déjà pensé à faire mes dévotions ici, mais la princesse des Ursins a jugé à propos que j'ai tende, que je les ferai à Perpignan, deux ou trois jours avant que je voie le roi, comme l'on ne peut pas savoir justement le jour que ce sera.
» Je vous supplie, ma chère maman, d'être persuadée que j'ai un respect et une amitié qui }>eut se dire inconcevable.
» Je vous embrasse de tout mon cœur. »