‹ Une Reine de douze ansChapitre 16 sur 115 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Suite du voyage. — On donne congé aux Piémontaises à Perpignan. — Première entrevue avec le roi; il est incognito. — Le souper de Figueras. — Les furies espagnoles. — Désespoir de la reine; elle veut retourner à Turin. — Lettres de Madame et de Marsin. — Madame des Ursins cherche à donner tort à la reine. — Lettres de Marie-Louise. — Alliance de la France, du Portugal et de l'Espagne contre l'empereur Léopold, les Hollandais et les Anglais. — Philippe sollicite la permission de partir pour Naples où vient d'éclater une sédition. — Maladie du roi.

Le voyage de la reine se continua sans encombres jusqu'à la frontière du Roussillon où elle rencontra le marquis de Louville envoyé par le roi d'Espagne pour la complimenter et lui apporter des présents. Philippe était parti de Madrid en grande pompe pour aller chercher la reine; on lui fit remarquer qu'il arriverait trop tôt : « J'aime

mi(3ux, répondit-il, attendre la reine que si elle m'attendait. » Le peuple l'accompagna en foule en lui témoignant beaucoup d'affection. Tout le monde, grands et petits, hommes et femmes, lui souhaitaient une heureuse et une nombreuse postérité « et surtout, écrit Marsin*, qu'il leur ramenât la reine grosse (ce sont leurs propres termes), à quoi il répondait tout bas : ^c Je ferai ce que je pourrai pour cela. » Les malintentionnés avaient fait courir le bruit qu'il était mal fait et la joie du peuple fut extrême en le voyant si bien et d'une physionomie si aimable^. »

Dès son arrivée à Perpignan, on prévint la reine qu'elle devait se séparer de toute la suite piémontaise qui l'avait accompagnée jusque-là. Ce fut un coup terrible pour Marie-Louise, d'autant plus qu'on lui avait promis que ses dames la conduiraient jusqu'à Barcelone et ne repartiraient qu'après avoir vu le roi ; mais des ordres venus de France interdirent à la suite de la reine d'aller

1. Marsin Ferdinand, né à Liège, vint en France à Fàye de dixsept ans. Dans la guerre de la succession d'Espagne, il fut employé fomme négociateur et comme militaire. Louis XIV le nomma, en 1701, ambassadeur extraordinaire auprès de Philippe V. Il fut nommé maréchal en 1703. Enfin, ayant été envoyé en Italie, il fut blessé à mort au siège de Turin le 7 septembre 1706.

2. Dépêches du comte de Vernon au duc de Savoie, 2 octobre 1701.

REIXE D ESPAGNE. 7i>

plus loin. Cette mesure dont on ne l'avait prévenue qu'au dernier moment était l'œuvre de madame des Ursins, qui cherchait surtout à éloigner madame des Noyers, dont elle redoutait la grande influence. Nous allons voir l'effet désastreux que produisirent ces ordres imprévus. C'est à sa mère que la reine fait la première confidence de son émotion; elle lui écrit le 2 novembre après le départ de ses dames :

« Je vous écris un mot moi-même, ma très chère maman, pour que vous ne soyez pas en peine de moi et pour vous dire que je suis tout ù fait mécontente de toute ma maison (espagnole) ; l'on n'a pas voulu que personne vînt avec moi jusqu'à Barcelone, pas seulement Manzin\ ce qui m'a un peu affligée; enfin, ma chère maman, ma santé n'est pas fort sûre étant dans les mains d'un médecin qui ne m'a jamais connue. J'espère que le roi me dédommagera de tout; je le verrai demain...

» L'abbé Delmare m'a fait sa cour le plus régulièrement qu'il a pu et je vous assure que je suis fâchée que tous mes gens n'aient pas grand lieu d'être contents des Espagnols. Je ne vous en dis pas davantage, étant un peu étourdie de me

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