Voir les Mém. du marquis de Souivhes, t. VII page
1. Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, second lils du grand Colbert. Il fut envoyé de bonne heure dans différentes Cours et il remplit avec beaucoup de distinction ses ambassades. Il mourut à Paris, le 2 septembre 1756, à l'âge de quatre-vingt-un ans. On publia ses Mémoires dix ans après sa mort ; leur plus grand mérite est la sincérité de l'auteur. Quoique son caractère fût sérieux, il était dans la société plein d'agrément, surtout quand il se livrait à un ton de plaisanterie lin et délicat qui lui était propre.
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tâcher qu'elle le gouverne bien. Marsin avait deviné juste, mais la version qu'il donnait de cette singulière affaire ne convenait point à madame des Ursins, qui tenait dès le début à jouer un rôle et tâcha, dans cette circonstance, de faire retomber sur la jeune reine et sur son prétendu caractère difficile l'aventure de Figueras. Heureusement, IMarie-Louise avait trouvé en la personne de Madame un bon défenseur à la Cour de France.
Aussitôt arrivée à Barcelone la reine reprend une correspondance régulière avec sa mère:
« Quel plaisir pour moi, ma très chère maman, de trouver une occasion pour vous donner part de mon arrivée ici en bonne santé. Le marquis de Cirié vous pourra dire des particularités de mon voyage, c'est-à-dire depuis que je suis avec le roi, notre roi. Dieu merci, il commence à se rendre un peu moins sérieux, et j'espère qu'il le sera toujours moins. Je ne sais pas encore combien nous séjournerons ici, mais je crois que ce sera pour quelques jours, par l'amitié que les Catalans ont pour nous.
» Hier, le roi alla à la chasse et en revint avec tout plein de lièvres et de pigeons. Je n'y fus pas, car je demeurai ici pour me reposer et je ne sais })as encore ce que nous ferons aujourd'hui.
» J'ai trouvé cette ville bien grande, aussi bien que notre Palais; mais ici, en Espagne, ils ne savent point faire de cabinets. La princesse des Ursins et moi l'y en mettrons la mode.
» Jusqu'à cette heure, je me suis toujours habillée à l'espagnole, c'est-à-dire les jours de séjour ; mais je crois que demain je me mettrai à la française. Ici ils font les sacristains^ la moitié plus grands que n'était celui que j'avais à Turin, ce qui est très incommode.
» Je ne sais pas si mon frère parle mieux qu'il ne faisait quand je suis partie ; je vous prie de me le mander ; je vous rends mille grâces de ce que vous voulez bien faire vos lettres, à mon égard, longues ; je vous assure que c'est mes meilleurs quarts d'heure que ceux que je reçois de vos chères nouvelles, et je les lis et relis plus d'une fois, ce m'étant une si grande consolation et qui vient si rarement. Je vous écrirai aussi, ma très chère maman, par la voie de France, car je vous assure que je ne perdrai aucune occasion pour vous
1. « Ces sacristains ressemblaient beaucoup aux crinolines que l'on avait de nos jours; ils se composaient de cinq ou six cerceaux qui descendaient jusqu'à terre, et qui soutenaient les jupes, dont on portait une quantité surpi-enante. On aurait peine à croire que des créatures aussi petites que les Espagnoles pussent être si chargées. »
assurer de la tendre amitié que j'ai pour vous et aussi pour tout mon pays, et ainsi vous pourrez, je crois, recevoir tous les huit jours de mes nouvelles, et vous pourriez en faire de même à mon égard. Enfin je ne cherche autre chose que d'avoir, le plus souvent qu'il m'est possible, l'honneur de vous écrire et celui de recevoir de vos aimables lettres.
» Je vous supplie, ma chère maman, de vouloir bien dire à toutes ces dames, et aussi aux liUes, que plus elles m'écriront plus elles me feront plaisir, et que, quand je serai en repos, elles verront que je ne serai pas paresseuse à leur égard.
» Je m'en vais écrire à papa, que je crois à Turin. »
Barcelone.
« Je vous écris, mon cher papa, vous croyant à Turin, car si je vous avais cru encore au camp, je ne vous écrirais pas, parce que je crois que vous avez autre chose à faire qu'à lire mes lettres.
» Je suis persuadée que vous serez bien aise de savoir que je suis très contente du roi, et même il me semble qu'il l'est aussi assez de moi. Nous sommes depuis avant-hier ici, où je me porte fort bien ; si vous souhaitez de savoir quelques particu-
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larilés, le marquis de Cirié vous les pourra dire. Pour moi, je vous dirai que j'ai été bien surprise de ce que l'on n'a pas voulu laisser venir aucun Piémontais avec moi.
» Je ne puis pas vous en dire davantage, car l'on m'attend pour donner audience; ainsi je finis en vous assurant de mon respect et amitié, et vous embrassant de tout mon cœur. »
A son arrivée à Barcelone, Philippe avait appris qu'une sédition assez grave venait d'éclater à Naples. Il brûlait d'aller lui-même prendre possession de ses États en Italie, et combattre les révoltés ; mais il n'osait prendre une telle résolution sans l'assentiment de son grand-père. A la même époque, une grande alliance se formait contre la France. Les alliés ne cherchèrent d'abord qu'à démembrer ce qu'ils pourraient distraire de la succession d'Espagne, qui était considérable. Le roi d'Espagne possédait les Pays-Bas, le royaume de Naples et le Milanais, outre l'Espagne proprement dite et d'immenses possessions dans les Indes. La France et le roi de Portugal conclurent une alliance offensive et défensive avec l'Espagne, et la guerre commença par l'Italie; le duc de Savoie était nommé généralissime des armées françaises et espagnoles.
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Le prince Eugène entra en Italie par les États de Venise; Gatinat, commandant en second l'armée française, avait ordre de ne point attaquer et de se contenter de défendre l'entrée du Mantouan et du Milanais. Après un combat assez important, le prince Eugène resta maître de tout le pays, entre l'Adige et l'Adda.
Philippe se décida à attendre à Barcelone la réponse de son grand-père, afin de la recevoir plus tôt; la reine ne s'y déplaisait pas trop, quoique leur vie fût assez monotone. Elle écrit à son père:
Barcelone, 27 novembre.
« Le plaisir que j'ai, mon très cher papa, à vous écrire, fait peut-être que je vous sois un peu trop importune; mais j'espère que vous me le manderez, si cela est.
» J'ai eu, il y a quelques jours, un grand mal de tête qui m'a causé un peu d'émotion * et qui m'obligea d'être un jour dans le lit ; mais, Dieu merci, cela n'a eu aucune suite et je me porte parfaitement bien à l'heure qu'il est.
» Je crois que vous saurez que le conte que