Affaires étrangères. Espagne 102, f
» Dans la maladie du roi, j'ai suivi mon inclination, qui est de le servir en tout ce que je m'apercevais qui lui faisait plaisir... »
Pendant cette maladie, le nonce tient régulièrement le pape au courant de l'état de la santé de Sa Majesté, mais il ne se donne pas la peine de lier ses dépèches par un enchaînement quelconque. Il en résulte souvent un mélange amusant ; en voici un exemple :
« On a reçu, dit- il, des nouvelles toujours meilleures de la santé de Sa Majesté. Le 8 courant, il a commencé à manger avec la reine. Le .9, il a remis sa perruque. Le 11, on a chanté le Te Deum en l'honneur de sa guérison; le 12, il est sorti en carrosse avec la reine. Le 13, Leurs Majestés assistèrent, assises sur le trône à la fermeture des Cortès de Catalogne. »
Mais cette citation suffit ; revenons à Marie- Louise qui veut apprendre elle-même à son grandpère le rétablissement de son mari :
« Je serais bien fâchée, lui écrit-elle, si une autre que moi vous apprenait le retour à la santé du roi, mon seigneur. Quoique les médecins m'aient toujours assuré que sa maladie n'était point dan-
gereuse, parce qu'elle n'était pas accompagnée d'aucun accident, je vous avoue, Monsieur*, qu'elle n'a pas laissé de me donner une extrême inquiétude, sa vie m'étant aussi précieuse qu'elle m'est, et sachant la tendresse que vous avez pour lui. Je ne saurais assez vous exprimer la joie que j'ai de le voir dans l'état où il est présentement; j'ai tâché dans cette rencontre de lui faire connaître l'amitiéque j'ai pour lui. J'espère, Monsieur, que cela m'attirera encore davantage la vôtre. En vérité, je la souhaite passionnément, car vous me paraissez un grand-père aussi respectable qu'aimable.
» MARIE-LOUISE
» Vous voyez, par la manière libre dont je vous écris, que j'ai banni une fois pour toutes, les cérémonies avec vous. >>
Marie- Louise à so7i 'père.
Barcelone, ce 23 janvier 1702.
« J'ai été agréablement surprise par votre lettre que je n'attendais pas, à cause que j'en avais
1. L'usage habituel à la Cour de France dans la famille royale, était d'appeler le roi Monsieur et non pas Sire. Voir la correspondance de -Madame.
REINE d'eSPAGNE. H9
reçu une autre la semaine passée ; je vois avec un sensible plaisir que vous le faites, et, espère que vous le ferez plus souvent que vous ne m'aviez promis.
» Je ressens une grande consolation quand je reçois, de vos chères nouvelles, principalement quand c'est par vous-même, vous aimant comme je fais, qui est plus que ma vie. Je mourrai de joie si jamais je pense vous voir et vous embrasser. Ce serait, je vous assure, de bien bon cœur que je le ferais ; mais cela n'est pas si impossible qu'on pourrait bien dire. Je veux vous dire toute chose, ne pouvant rien cacher à mon cher papa que j'aime plus que moi-même ; ainsi je vous dirai que le roi a une très grande envie d'aller à l'armée ; il a écrit une lettre très forte sur ce chapitre au roi son grand -père et nous attendons la réponse ; pour moi, je me flatte qu'elle sera bonne ; toujours je prie bien Dieu pour cela ; mais je n'en fais pas semblant, disant que j'aurais plaisir d'y aller à cause que je crois que cela serait bon pour la gloire du roi et je puis vous dire que je ne fais paraître l'amitié que j'ai pour vous, ma mère et aussi pour mes frères, qu'autant qu'il le faut.
Une chose que vous devez être assuré, mon
cher papa, c'est que si le roi va en Italie, je serai aussi du voyage, car le roi, mon mari, a écrit au roi de France qu'il voulait que j'en fusse, m'aimant comme il fait, qu'il ne voulait pas se séparer si tôt de moi, et aussi qu'il ne fallait pas laisser les Espagnols sans l'espérance de nous voir bientôt des enfants ; et ainsi il ne lui refusera pas à ce que je crois.
» Je vous prie, mon cher papa, de ne rien dire de tout ce que je vous écris, car je ne sais si l'on serait bien aise que je vous écrive tout ceci, principalement à présent que le voyage n'est pas encore sûr.
» Tout le jour, je ne fais autre chose que penser à ce que vous faites dans ce temps-là, avec ma mère ; et quand je pense que vous êtes dans le jardin à vous promener, je meurs de chagrin de ne m'y pouvoir pas transporter, quand ce ne fût que pour un petit moment.
» Je crois que si vous me revissiez, mon très cher papa, vous me trouveriez bien plus parleuse que je n'étais ; car il me semble que j'aurais tant de choses à vous dire, que cela ne finirait jamais ; enfin, je crois que je deviendrai folle de consolation '