‹ Une Reine de douze ansChapitre 23 sur 115 · Consolazioiie eu italien signifie contentement, joie · texte numérisé non relu

Consolazioiie eu italien signifie contentement, joie

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si je vous revois avee ma mère et mes chers frères.

» Je crains que vous ne trouviez que j'écris bien mal depuis que je suis ici ; mais la cause est que j'ai beaucoup plus de lettres à faire que je n'en avais à Turin, et n'ayant pas beaucoup de temps à moi, à cause que je suis presque toujours avec le roi, j'écris avec une grande précipitation ; ainsi il est difficile que j'écrive bien ; mais pourtant il me semble que mon écriture n'est pas encore tout à fait illisible. Si vous ne pouvez pas lire mes lettres, mon cher papa, je suis persuadée que ma mère les lira fort bien, car il me semble qu'elle déchiffre aisément toutes les plus mauvaises écritures ; mais, bon Dieu, je suis enlevée de plaisir en vous écrivant et je ne pense pas que vous trouverez peut-être cette lettre trop longue, c'est ce qui m'obligera à finir; mais devant de le faire, il faut encore que je vous assure de ma bonne santé aussi bien que de celle du roi, et puis je finirai, mon très cher papa, vous assurant que mon cœur est tout de feu pour vous, et que j'ai aussi à votre égard un grand respect comme doivent avoir toutes les filles pour leur père.

» Voici le roi qui entre et qui revient du conseil, et je lui dis que je vous écris ; il me charge de

VOUS faire des compliments de sa part. Et ici il faut que je finisse tout de bon ; ainsi, mon très cher papa, je ne ferai plus autre chose, sinon que vous embrasser du meilleur de mon cœur.

» Si vous trouvez cette lettre trop longue, je vous prie de me le faire savoir pour que je la fasse plus courte une autre fois ; ce n'a été que le plaisir que j'y prends qui m'a enlevée. Je vous embrasse encore de nouveau ».

La duchesse de Savoie dans ses lettres se préoccupait toujours de la santé de sa fille et lui donnait force conseils pour son régime.

La reine la rassure:

« ... Je vous dirai de ne pas craindre que je me fasse malade à manger des vilenies. Je vous assure que je ne mange que de bonnes choses, et croyez que, si j'aime quelque chose et que je m'aperçoive qu'elle me fasse mal, je n'en mange pas une seconde fois; vous pouvez prendre pour exemple, ma chère maman, le chocolat que vous savez que j'aime fort; mais craignant qu'il ne m'échauffe trop, je n'en prends qu'assez rarement. Je crois que vous ne douterez pas de ce que je

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viens de dire, à cause que vous connaissez mon naturel.

» Je vois par votre lettre que vous me croyez à Saragosse ; mais vous en aurez été désabusée par mes autres lettres. Je ne sais pas ce que nous deviendrons, car nous n'avons pas encore eu la réponse de ce courrier que vous savez que l'on a envoyé en France.

» Je suis fort aise d'apprendre que nous avons battu un parti allemand; je souhaite que cette autre campagne aille un peu mieux que celle-ci.

» Pouvait- il jamais y avoir de faute dans votre lettre? il n'y en avait point ; mais quoi qu'il en eût été, cela n'aurait fait que me faire plaisir de voir que vous ne vous gênez point avec moi... »

La question du voyage de Philippe à Naples soulevait de tous côtés de grandes difficultés : la disette d'argent d'abord, puis l'inquiétude que causait aux Espagnols l'absence du roi qui leur faisait redouter bien à tort qu'il abandonnât l'Espagne pour le royaume de Naples ; enfin la situation troublée de Naples et de la Sicile qui était cause qu'on ne pouvait pas exactement savoir dans quel état d'esprit le roi trouverait ses sujets napo-

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litains; mais il ne tint aucun compte de ces obstacles et il écrit à son grand-père :

« Je crois que je ne puis plus me dispenser de faire ce voyage sans que ma gloire en souffre; je n'ai rien à craindre en Espagne par mon absence car mes sujets m'aiment fort. La dépense du voyage ne doit pas être considérable, je marcherai avec une petite suite et j'espère trouver les moyens de la payer. Je veux mener avec moi la reine, je l'aime trop pour m'en séparer si tôt et d'ailleurs on me fait comprendre que je ne dois pas laisser mon royaume sans l'espérance d'avoir des enfants... La reine m'a donné pendant ma maladie tous les soins et toutes les marques d'amitié que je pouvais attendre de celle qu'elle a pour moi ; aussi je prie Votre Majesté de croire que j'ai pour elle toute la tendresse et toute la reconnaissance que je lui dois... »

Le voyage si désiré fut enfin décidé et le duc de Savoie écrit à sa fille que l'ambassadeur de France lui a fait part de l'approbation que le roi, son maître donnait au départ de Philippe, qu'il faisait préparer les vaisseaux pour le transporter à Naples d'où ensuite il passerait dans

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l'État de Milan. Il ajoute qu'il ressent une joie parfaite en pensant que cela lui donnera l'occasion d'exprimer mieux que par des lettres le plaisir qu'il aura d'embrasser sa fdle.

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