‹ Une Reine de douze ansChapitre 30 sur 115 · Affaires étrangères. Espagne 103, f · texte numérisé non relu

Affaires étrangères. Espagne 103, f

impossible, Monsieur, que toutes les louanges que vous y donnez me regardent. Je puis vous dire que je les mériterais fort par tous les sentiments que j'ai pour vous; mais je suis bien éloignée de les mériter par mon mérite personnel. Il faudrait que j'eusse encore moins d'entendement que je n'en ai pour ne pas comprendre que le roi mon mari va en Italie pour son bien et pour sa gloire, et il faut bien que cela soit ainsi puisque Votre Majesté l'a approuvé; mais, après cela, il faudrait que je fusse dénaturée pour n'être pas fâchée de me séparer de ce charmant roi. En vérité. Monsieur, il faudrait que j'eusse bien de la vanité pour croire que je pusse agir par moi-même et que je n'eusse pas un besoin nécessaire des conseils que j'ai déjà eu l'honneur de demander à A'otre Majesté sur la conduite que je dois tenir. Trouvez donc bon, s'il vous plaît, que je vous les demande encore, non pas comme à un roi qui a une si longue expérience de toutes les affaires (lu monde, mais comme à un prince à qui Dieu a donné des lumières proportionnées au bon usage ([u'il en sait faire... »

La reine était très sincère en demandant conseil à son grand-père, car c'était une ailaire grave

et difficile que d'organiser le gouvernement d'une façon définitive, pendant l'absence du roi Philippe.

Louis XIV fut d'avis que la meilleure proposition à adopter était celle de laisser la junte telle qu'on l'avait formée lorsqu'on croyait au départ de la reine, avec la seule différence qu'elle présiderait avec la voix d'honneur et que les expéditions se feraient en son nom seul. Le roi le marquait plus en détail à Marsin, àBlécourt, ainsi qu'à la princesse des Ursins... « J'apprends avec plaisir, dit-il à son petit-fils, que le cardinal Porto-Carrero a pris les mesures nécessaires pour fournir régulièrement à la dépense de votre maison. Je ne doute pas qu'il exécute ce qu'il vous promet. Pressez -le de veiller attentivement à la sûreté des côtes d'Espagne et à celle de Cadix; le premier objet de vos ennemis sera de les attaquer, »

Philippe, plein d'ardeur pour son entreprise, en pressait les préparatifs; la vivacité et la suite avec lesquelles il donnait des ordres étonnaient tout le monde et, dans les lettres qu'il écrivait à son grand-père on ne pouvait plus reconnaître la gêne et la timidité qui se faisaient habituellement sentir dans les précédentes.

Il avait même résolu a^•ec la reine, de cacher

l'émotion toute naturelle qu'ils éprouveraient en se séparant : « Le départ du roi et de la reine, écrit Louville, ne sera pas aussi touchant que l'a été la nouvelle de leur séparation, car Leurs Majestés ont résolu de pousser l'héroïsme jusqu'à ne point pleurer et s'en sont donné parole trouvant l'un et l'autre que cela était ridicule étant également aises de ce voyage malgré l'amitié qu'ils ont l'un pour l'autre... »

Le comte d'Estrées était arrivé les derniers jours de mars avec les vaisseaux envoyés par Louis XIV et dès le l*"" avril on commença à charger les équipages. Huit jours après, le roi s'embarquait, et, fidèles à leur promesse, les jeunes souverains supportaient vaillamment le moment des adieux.

C'est à son grand-père que la reine annonce le départ de son cher roi :

De Barcelone, du 8 avril '.

« Enfin, Monsieur, le roi vient de me quitter et je viens d'apprendre que son vaisseau a mis à la voile par le plus beau temps du monde; le comte d'Estrées m'a assuré que si le vent continue

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