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comme il est, il arrivera dans huit ou dix jours à Naples ; comme il entend parfaitement bien la mer, et qu'il m'a paru fort content en partant, cela m'a un peu consolée ; cependant, Monsieur, je ne trouve de véritable consolation que dans les bontés dont Votre Majesté m'honore. Le marquis de Ghalais, neveu de la princesse des Ursins, et qui aura l'honneur de vous présenter ma lettre, pourra rendre compte à Votre Majesté de l'embarquement du roi et de l'affection que ses sujets lui ont fait paraître en cette occasion. Je vous avoue que j'attendrai avec une impatience extrême le courrier qu'il me dépêchera de Naples. J'espère qu'il me trouvera à Saragosse où l'on a voulu que j'allasse tenir les États. Je me flatte. Monsieur, que je recevrai de vos nouvelles, et les conseils que je vous ai déjà supplié de me donner; ne me les refusez pas, je vous en conjure; car je sens le besoin que j'en ai. Ainsi, je les suivrai aveuglément comme une fdle très soumise, et qui en connaît le prix.
» Je ne crois pas qu'il puisse y avoir rien de si beau ni de si bien meublé que le Foudroyant. Le comte d'Estrées m'y reçut avec toute la magnificence possible; je n'en suis jioint étonnée, car outre l'envie qu'il a de plaire au roi mon
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mari et à moi, il sutïit qu'il soit Français et que Votre Majesté Tait choisi, pour faire les choses dignes de son maître. »
La reine annonce aussi à son père le départ du roi.
Barceloae, ce 9 avril.
« Enfin, mon cher papa, me voici seule, car le roi s'est embarqué hier au matin par un très beau temps et vous n'aurez pas de peine à croire que j'ai été au désespoir de le voir partir sans le pouvoir suivre. Je vous assure que ce cher roi n'était pas non plus bien aise de partir, quoiqu'il ait toujours fort souhaité ce voyage. J'espère qu'il sera bientôt de retour après avoir chassé les ennemis de l'Italie.
» Je ne doute pas que vous serez avec lui à l'armée; ainsi, mon cher papa, permettez-moi de vous dire que naturellement il est sérieux avec les gens qu'il ne connaît pas, et comme vous êtes de ce nombre, il faudrait que vous lui parliez et commenciez d'abord à être un peu familier avec lui et dans ce temps-là, vous verrez toutes ses bonnes qualités; je suis sûre que vous serez
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fort content d'avoir un beau -fils comme lui et vous me trouverez bien heureuse d'avoir ce prince pour mari...
» Voici la dernière lettre que je vous écris d'ici, car je pars demain et je m'en vais passer la semaine sainte et le jour de Pâques à Notre-Dame de Montserrat. Je finis, mon cher papa, en vous assurant que votre Louison vous aime cent fois plus qu'elle-même et qu'elle souhaite ardemment de pouvoir vous embrasser encore une fois dans sa vie. »
La reine partit de Barcelone le 10 ; elle gravit la montagne en chaise et s'arrêta trois jours dans le sanctuaire de Montserrat; puis elle reprit le chemin de Saragosse où elle fut reçue avec de grandes démonstrations de joie. Les Cortès étaient réunis et la reine commença aussitôt sa tâche difficile. Peu de jours après, elle reçut la nouvelle de l'heureuse arrivée du roi à Naples, et un courrier extraordinaire lui apporta les ordres et les pouvoirs nécessaires pour qu'elle put quitter Saragosse et se rendre à Madrid présider la junte comme Régente.
La reine recevait lettre sur lettre de Versailles, qui la pressaient de partir pour Madrid. Obéissant
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aux désirs de son grand-père, sans bien en comprendre le motif elle dut clore à la hâte la session des Cortès d' Aragon, après avoir reçu de cette assemblée turbulente et pénible à diriger, un présent de cent mille écus accordés sans conditions et destinés à l'acquisition d'un bijou de prix offert |iar les Cortès à la reine. Celle-ci accepta le cadeau, mais envoya sur-le-champ cette somme au roi Philippe, disant que, dans l'état où se trouvait l'Espagne, toutes les ressources devaient être attribuées à la guerre ; un tel désintéressement causa un véritable enthousiasme chez les Espagnols.
Le duc de Savoie écrit à sa fille le 27 avril :
« J'ai appris par un courrier du cardinal de Janson, l'heureuse arrivée du roi à Naples. Je vous en aurais dépêché un, pour vous apprendre cette heureuse nouvelle, si je n'avais pas été certain que vous l'auriez sue d'ailleurs, et plus tôt que par moi.
» J'espère, ma chère fille, que les événements de ce voyage si heureusement commencé répondront à l'attente et au plaisir que j'ai de le voir finir avec tout le bonheur que l'intérêt que j'y dois prendre, et que la tendresse que j'ai pour
VOUS me le doit faire souhaiter ; il ne dépendra pas de moi d'y contribuer autant que je le pourrai, et de me procurer par toute sorte d'endroit l'amitié du roi, ayant un empressement au-dessus de tout de ce que je puis vous dire, de le pouvoir embrasser. Au reste, ma chère enfant, vous n'avez pas besoin de combattre avec personne pour avoir la première place dans mon cœur ; vous l'y occupez depuis longtemps \ et nous jouirons tous deux tranquillement de notre tendresse réciproque, me faisant un parfait plaisir de la voir de plus en plus confirmée par vos lettres, puisque je suis entièrement à vous. »
La reine répond :
«... Je vous suis bien obligée, mon cher papa, de ce que vous vouliez m'envoyer un courrier quand vous avez su l'arrivée du roi à Naples, mais il m'en a dépêché un lui-même qui me l'a appris le plus tôt que je pouvais le savoir. Ce cher roi veut aller tout au plus vite se mettre à la tête de l'armée. Dieu veuille que cette campagne soit bien heureuse pour nous.
» Vous me faites une déclaration, mon cher