‹ Une Reine de douze ansChapitre 32 sur 115 · Allusion à une précédente lettre de la reine · texte numérisé non relu

Allusion à une précédente lettre de la reine

papa, dans votre lettre, qui me comble de joie puisque vous m'assurez que je suis la première dans votre cœur. Soyez bien persuadé, je vous en supplie, que je le mérite non seulement par tous les sentiments que j'ai pour vous, mais aussi par l'envie que j'ai de vous plaire et de vous rendre content de moi en tout et partout... »

Par le même courrier, la reine écrivait à sa grand'mère :

Saragbsse, ce 6 mai .

« Vous aurez été bien surprise, ma chère grand'maman, en apprenant que les deux rois m'ont faite régente (l'ayant été vous-même) et quand on vous a dit que je venais tenir les États. Je partirai pour Madrid le vendredi 16 de ce mois et j'y serai dans douze ou quinze jours. Dès que j'y serai arrivée, je vous manderai comme j'en suis contente. »

Revenons à Philippe, que nous avons laissé à son arrivée en Italie.

11 entra à Naples, le 17 avril 1702, et y fut reçu avec des acclamations enthousiastes. « Les Napolitains ne croyaient pas que je vinsse, écrit-il à son grand-père, parce qu'ils n'osaient s'en

flatter et les Espagnols ne le croyaient pas non plus, à force de le craindre. »

Marsin, Louville, le comte d'Estrées, enfin toute la suite du roi s'applaudissaient d'un voyage qui commençait sous de si favorables auspices ; tout se disposait pour faire à Philippe V un don de huit cent mille écus ; mais sous ces excellents débuts se cachait une opposition secrète et dangereuse qui allait prochainement éclater et donner des craintes même pour la vie du souverain. Louis XIV, qui ne s'était point laissé tromper par l'accueil empressé des Napolitains, répétait dans toutes ses lettres qu'il était urgent de créer des gardes du corps nombreux et fidèles pour veiller sur le roi.

Philippe, après l'enthousiasme des premiers jours, n'avait pas tardé à éprouver un profond découragement en voyant le désordre effroyable qui régnait à Naples ; il sentit également les atteintes d'un mal auquel il était sujet, dès son enfance, c'est-à-dire des vapeurs ; il s'en plaint amèrement à son grand-père :

18 mai.

« Je suis incommodé depuis quelques jours de vapeurs qui m'empêcheront de vous écrire aujour-

d'hui aussi longtemps que je le désirerais, quoique j'eusse bien des choses à vous mander. On travaille à mon donatif, mais je ne sais encore s'il avance, car les gens qui s'en mêlent ne sont pas bien vifs. Tout était ici dans un désordre effroyable et il y a tant de choses à faire, qu'on ne sait par où commencer... Je crois être obligé de vous dire que je m'aperçois de plus en plus du peu de zèle que les Espagnols ont pour mon service dans les petites choses comme dans les grandes, et qu'ils s'opposent à tout ce que je désire. Les Napolitains, même bien intentionnés, s'en plaignent et disent qu'ils ne les secondent en rien et je vois évidemment que tant que je n'aurai point de troupes à moi et surtout de régiment des gardes, je ne viendrai jamais à bout de rien ! . . . »

Louis XIV cherche dans ses réponses à calmer les inquiétudes de son petit-fils et il glisse fort légèrement sur la question des vapeurs : « Elles sont incommodes, dit-il, mais elles ne sont point dangereuses et n'altèrent point le fond de votre santé. Songez-y le moins qu'il vous sera possible et ne faites nul remède pour les guérir. »

Telle n'était pas l'opinion de Louville qui, peu

scrupuleux ainsi que Marsin, proposait tout simplement au roi comme remède, de prendre une maîtresse ; mais Philippe s'y refusait avec dédain.

Louville écrit à Torcy :

Naples, ce 27 mai '.

« J'ajoute ce billet à ma lettre en chiffre, pour vous dire, monseigneur, que la santé du roi m'inquiète fort. Les vapeurs qu'il a le jettent dans une mélancolie prodigieuse qui n'a aucune autre cause, que l'humeur qui lui envoie des fumées à la tête, et qui quelquefois lui embarrasse la respiration. Il m'a avoué qu'il ne s'était jamais senti bien guéri depuis sa rougeole, et que sa tête avait toujours été embarrassée dès ce temps-là ; mais pas tant, à beaucoup près, que depuis qu'il est à Naples. Je crois que le manque d'exercice auquel il était accoutumé y contribue fort, ainsi que l'absence de la reine. Cette humeur ou quelque autre que nous ne connaissons pas, le jette dans une indolence et un abattement extraordinaire, qui le rendent incapable de tout, et son humeur

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