‹ Une Reine de douze ansChapitre 36 sur 115 · Affaires Ktrangères. Espagne, f · texte numérisé non relu

Affaires Ktrangères. Espagne, f

garde en Espagne le changement comme une affaire très importante, et il en était déjà venu des avis sérieux au roi avant que je reçusse votre dernière lettre. Sa Majesté m'avait même ordonné de vous en écrire. Elle ne croit pas que la reine doive changer un habit qui lui est commode, mais il semble en même temps qu'il faut donner quelque consolation à la nation alarmée mal à propos de ce changement, et qu'il est bon, pour cet effet, de se conformer à ce que le roi d'Espagne a fait en arrivant à Madrid. Comme il a laissé à tout le monde la liberté de paraître devant lui avec lagolille, que lui-même a porté à de certains jours l'habit espagnol, le roi croit aussi qu'outre la liberté que la reine laisse à chacune de s'habiller suivant la manière du pays, il est à propos aussi que Sa Majesté porte quelquefois cet habit, que ce soit aussi rarement qu'elle le voudra, mais qu'il faut contenter les Espagnols en leur faisant voir qu'elle ne prétend pas l'abolir entièrement. Je crois qu'elle n'aura pas beaucoup de peine à leur donner cette satisfaction, et il est certain qu'on est bien plus frappé à Madrid de ce changement qu'on ne le pourrait être d'une descente générale des Anglais sur toutes les côtes d'Espagne et de la perte des principales places de la monarchie ! »

L'habit des dames espagnoles, cause de tant de querelles, ne ressemblait point à celui des dames françaises. Elles portaient habituellement ce qu'elles appelaient des sacristains, qui étaient, à proprement parler, des enfants des vertugadins *.

« La jupe du dessus était toujours de gros taffetas noir ou de poil de chèvre, gris, tout uni. Sous cette jupe unie, elles en avaient une douzaine, plus belles les unes que les autres, d'étoffes fort riches et chamarrées de galons et de dentelles d'or et d'argent, jusqu'à la ceinture.

» Le corsage était assez haut par devant, mai par derrière, on leur voyait jusqu'à la moitié du dos, tant il était découvert. »

Une des choses qui surprit le plus la reine, en arrivant à Madrid, fut de voir plusieurs dames fort jeunes, avec une grande paire de lunettes sur le nez, attachée aux oreilles ; elle eut toutes les peines du monde à ne pas rire devant ce singulier spectacle. Elle en demanda l'explication à une de ses dames d'honneur, qui lui répondit d'un air fort étonné de sa question qu'on ne les mettait pas par nécessité, mais seulement pour

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