‹ Une Reine de douze ansChapitre 37 sur 115 · Voir la description du sacristain, p · texte numérisé non relu

Voir la description du sacristain, p

s'attirer du respect. Il fallut bien s'y habituer, car plusieurs de ces dames ne les quittaient pas même pour manger. Les hommes en portaient également.

Parmi les superstitions espagnoles les plus bizarres, il faut placer au premier rang celle qui s'attachait aux perruques. Imaginerait-on qu'au milieu d'affaires très importantes il fût question de perruques ? C'est pourtant ce qui arriva s'il faut en croire les lettres de Louville. Le roi avait perdu ses cheveux pendant sa rougeole et son perruquier le coiffait horriblement mal, au grand chagrin de la reine qui lui en fit la guerre et voulait qu'il le changeât. Mais ce changement n'était pas une petite affaire. On souleva une difficulté à laquelle les Français de la maison du roi n'avaient point pensé, c'est qu'on prétendait que les cheveux avec lesquels on ferait la nouvelle perruque devraient être de cavaliers ou de demoiselles, et le comte de Benevente, sumilier du corps, n'entendait pas raillerie làdessus ; il voulait aussi que ces cheveux appartinssent à des gens connus, parce qu'il disait qu'on pouvait faire beaucoup de sortilèges avec des cheveux et qu'il avait vu en arriver de grands accidents.

REIXK d' ES PAG NE. 185

Les croyances les plus étranges et les plus enracinées existaient chez les Espagnols. Voici un exemple des idées mystiques que professait tout haut le président de Castille : « Les ministres, disait-il, et même le cardinal -archevêque de Tolède, ont seulement chacun un ange gardien pour les conduire ; les rois en ont deux : l'un qui préside au gouvernement de leurs États et qui est beaucoup plus habile que l'autre; un roi de la plus médiocre capacité est plus capable de bien gouverner par les lumières de cet ange que le meilleur et le plus grand ministre. »

Dès les premiers jours de son arrivée on conduisit la reine à la promenade à la mode qui consistait à entrer en voilure dans le lit du Mançanarez qui était à moitié sec. « Le gravier et quelques petits ruisseaux contribuaient à le rendre fort frais... l'on s'arrêtait à quelques endroits dans cette rivière et l'on y demeurait jusqu'à deux ou trois heures après minuit. Il y avait souvent plus de mille carrosses. Quelques particuliers y apportaient à manger; les autres chantaient et jouaient des instruments. Tout cela était fort agréable pendant une belle nuit; mais il y avait des personnes qui s'y baignaient, d'une manière fort désagréable. L'ambassadrice de Dane-

mark entre autres se faisait creuser par ses gens, et un peu avant qu'elle arrivât, un grand trou clans le gravier qui s'emplissait d'eau, et l'ambassadrice venait se mettre dedans sans plus se gêner.

» En fait d'usages singuliers, en voici un qui ne manque pas d'originalité. Il concerne les femmes grosses auxcjuelles il était défendu de rien refuser, parce que, disait-on, un refus leur donne aussitôt un mal qui les fait accoucher d'un enfant mort. Les étrangères étaient en butte, dès leur arrivée, à la curiosité de ces femmes, et, ne connaissant point cette coutume bizarre, refusaient de satisfaire leur envie. Alors elles se mettaient à pleurer, et ne se rebutant point, elles voulaient voir leurs souliers, leurs jarretières, etc., etc., et si le peuple voyait qu'on chassât ces femmes il jetterait des pierres. Quand il prend envie à ces femmes grosses de voir le roi, elles le lui font dire ; il a la bonté de venir sur un grand balcon, et il s'y tient autant qu'elles veulent ^ » .

On comprend très bien l'étonnement dans lequel des usages aussi extraordinaires plongèrent la

Page 1