Voyage oii Espagne de madame d'Aulnoy
reine; mais la première impression passée, elle dut reconnaître tant de qualités sérieuses chez les Espagnols, qu'elle cessa d'en plaisanter, et devint par la suite espagnole de cœur. Elle ne tarda pas à s'apercevoir que la fierté, la fidélité à leur roi et la noblesse de sentiments des Espagnols pouvaient bien faire oublier quelques habitudes singulières.
Marie- Louise trouva son palais fort beau mais elle demeura stupéfaite à la vue de personnages étranges qui s'y promenaient et qui lui parurent appartenir plutôt au royaume des fées qu'au palais de Madrid. C'étaient les nains et les naines, derniers vestiges des mœurs extraordinaires de la Cour d'Espagne. Ils étaient d'une laideur affreuse, surtout les naines, la tête plus grosse que le corps, les cheveux épars tombant jusqu'à terre. Elles portaient des habits magnifiques et étaient les confidentes de leurs maîtresses dont elles obtenaient tout ce qu'elles voulaient. Les nains servaient d'espions à tous les grands seigneurs; ils se glissaient partout pour écouter ce qui se disait à la Cour, montaient hardiment dans les carrosses royaux, et étaient redoutés de tout le monde. Le roi lui-mômc n'avait pas osé les supprimer à son arrivée de
France, mais la reine, révoltée de l'audace de ces petits monstres, obtint enfin, quoique non sans peine, de les renvoyer à Valladolid.
Une des choses qui choqua particulièrement la reine fut l'usage que faisaient les dames espagnoles de leur chapelet. Toutes les dames en avaient un attaché à leur ceinture si long qu'il ne s'en fallait guère qu'il ne traînât à terre; elles le disent sans fin dans les rues, en jouant à l'hombre, en parlant et même il faut l'avouer en faisant l'amour, et en disant des mensonges ou des médisances. « Elles marmottent toujours sur ce chapelet, et quand elles sont en grande compagnie, ça n'empêche point qu'il n'aille son train * . »
Ces usages tout nouveaux pour la régente commencèrent par la divertir ; mais elle ne tarda pas à en être gênée et à désirer modifier surtout la terrible étiquette.
A propos de celle-ci, Marie-Louise se préoccupait fort de l'entrevue qui allait avoir lieu à Alexandrie entre son père, les deux duchesses et son mari. Non seulement il s'agissait de régler un cérémonial très minutieux, mais la reine avait