‹ Une Reine de douze ansChapitre 4 sur 115 · Ambassadeur de France à Turin · texte numérisé non relu

Ambassadeur de France à Turin

fait porter un petit lit dans la chambre do sa femme pour y dormir, et ne décesse durant le jour de monter dans la chambre de sa fille. »

Une nouvelle grossesse se déclara et, « le 22 septembre 1688, la duchesse mit encore au monde une princesse, au grand désappointement du duc et de la Cour; mais l'affection que tout le monde portait à Son Altesse Royale diminua beaucoup le regret de ne pas avoir à célébrer la naissance d'un héritier de la Maison de Savoie.

La petite princesse reçut le nom de Marie - Louise-Gabrielle^ » Telle fut la première apparition dans le monde de la future reine d'Espagne.

L'éducation des petites princesses fut dès lors l'objet des soins les plus minutieux, soit de la part de leur mèrcf soit de celle de leur grand' mère. La duchesse Anne, jtartageait volontiers avec Madame Royale les soins à donner à ses filles ; elle avait placé auprès d'elles une gouver-

1. Grâce à rextrème obligeance du Père Edouard d'Alençon, nous avons pu l'aire copier aux Archives du Saint-Siège à Rome, ht correspondance des nonces de Turin et de Madrid, qui nous a donné les détails les plus précieux et les plus intéressants sur ces deux Cours. Dans les nombreux déplacements de la Cour d'Espagne les nonces raccomjiagnaient presque toujours. Leurs dépèches contiennent en général, des faits peu connusou tout à laits inédits.

nante, la comtesse des Noyers \ qui exerça la plus heureuse influence sur ses petites élèves. Cette éducation exceptionnellement soignée était bien rare à cette époque chez des enfants appartenant à un rang si élevé.

La petite Marie-Louise de Savoie surpassait de Ijeaucoup sa sœur aînée comme intelligence et comme volonté. Sa grand'mère avait deviné en elle les germes de ces qualités et elle cherchait à les développer en s'efforçant de lui inculquer, dès son enfance, des })rincipes solides et à habituer son esprit aux choses sérieuses. Madame Royale, pendant sa longue régence, avait senti la nécessité, pour une princesse qui pouvait être appelée à régner, de se familiariser avec des vues plus hautes et des études moins superficielles qu'une femme ordinaire. Marie-Louise comprit cela de bonne heure et profita admirablement des leçons d'une grand'mère qu'elle chérissait.

Le mariage de l'aînée des princesses avec le duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV et héritier du trùne de France, avait été décidé le

1. Fi-aiiroisc de Ludnge, petite-lille de Guillaume de Lucinge, arrière-petito-fillo de Rodolphe, comte de Faucigny. Cette femme distinguée mourut en 1720 dans son joli ihâteau de ]\linjou situé près de Saint-l'ierre-d'Alljigny. Elle y recevait la meilleure société du pays et le duc Victor-Amédée lui-même vint souvent la visiter.

1 7 octobre 1 69C ; il ne fut consommé que trois ans plus tard, et à dater du départ de Turin do la jeune duchesse, sa sœur Marie-Louise prit le titre de princesse de Piémont.

Quelle que fût l'affection de Victor-Amédée pour sa petite Marie-Louise, il n'en souhaitait pas moins passionnément avoir un fds. Son désir fut enfin exaucé et Anne d'Orléans donna successivement le jour à deux garçons. L'aîné prit le titre de prince de Piémont et le cadet celui de duc d'Aoste. La naissance du premier surtout causa à son père une satisfaction sans égale. Le maréchal de Tessé écrivait à Louis XIV que « la joie de Victor-Amédée était si grande, qu'il n'aurait jamais cru possible qu'un homme d'une nature si peu tendre ait pu trouver dans son propre cœur de tels élans de paternité ».

Quant à l'heureuse duchesse, — qui, depuis si longtemps, priait le Ciel de lui accorder cette faveur, — elle fit déposer sur l'autel d'un sanctuaire vénéré aux environs de Turin un enfant,, en or massif, du poids de celui qu'elle avait mis au monde.

A ce moment, on commença à parler de grands projets qui devaient donner au duc de Savoie une vive satisfaction. Nous allons voir

bientôt ces projets se réaliser; mais il est nécessaire pour cela de nous transporter en Espagne où va se passer la majeure partie de notre récit. Arrêtons-nous quelques instants pour donner une idée de l'état de cette monarchie au moment de la mort de Charles IL

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