‹ Une Reine de douze ansChapitre 42 sur 115 · Airaires Étrangères. Espagne 106, f · texte numérisé non relu

Airaires Étrangères. Espagne 106, f

d'un parfait désintéressement en lui envoyant le don que l'Aragon vous a fait. Je ne suis point étonné que cette résolution, prise de vous-même,^ vous attire les cœurs des Espagnols. Elle me fait comprendre encore davantage le bonheur du roi mon petit-fils. Le mien sera parfait, si vous jouissez longtemps l'un et l'autre de celui que j'espère que vous aurez toute votre vie, et que je vous souhaite par la tendre amitié que j'ai pour vous. »

Les fatigues causées à la reine par le travail excessif que lui imposait la junte étaient adoucies par la juste fierté qu'elle éprouvait à expédier des affaires qui languissaient depuis des siècles, enfouies dans des cartons ; mais ce qui la soutenait surtout était la pensée de plaire et d'être utile à un mari qu'elle aimait tant.

« Vous avez trop soin de moi, écrit-elle à sa grand'mère, de craindre que les affaires ne m'incommodent; dès que c'est pour mon cher mari, elles ne me sauraient qu'être fort agréables. » Il va sans dire que Philippe était touché jusqu'au fond du cœur du dévouement de la reine et qu'il avait hâte de jouer un rôle digne d'elle, en se mettant à la tête de son armée.

Nous avons vu qu'il avait quitté Naples dans

les premiers jours de juin, pour se rendre sur le théâtre même de la guerre. On espérait qu'une vie plus active et l'éloignement de toutes les cabales espagnoles ou françaises dans lesquelles il se débattait vainement, réussiraient à lui rendre la santé. On se trompait; une seule chose pouvait le guérir: c'était la présence de la reine, et Louville, lui-même, est forcé d'en convenir. Il écrit à Torcy:

De Milan ».

« Les vapeurs du roi continuent et nous mettent dans un embarras que je ne puis vous exprimer. Il est difficile d'en deviner la cause. Quant aux effets, le roi est dans une tristesse continuelle. Il dit qu'il croit toujours qu'il va mourir, qu'il a la tête vide, et qu'elle va tomber, et ce n'est point qu'il soit effrayé de la mort, car il ne l'appréhende point du tout; mais il est occupé involontairement de cette pensée dont il ne peut se défaire, ce qui est une marque certaine de la vapeur qui dans quinze jours peut-être saisira un autre objet comme cela arrive ordinairement. En un mot, il est dans une situation très

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