Affaires Étrangères. Espagne
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fâcheuse et qui ne me donne pas en mon particulier un petit embarras, ne pouvant le quitter dans cet état, et tous les détails de son service et de sa campagne roulant sur moi. Gela le rend encore bien plus taciturne que par le passé; il voudrait toujours être enfermé et ne voir personne, qu'un très petit nombre de gens auquel il est accoutumé. Il m'envoie chercher à tous moments, ou le père Daubenton, ou son médecin, parce qu'il dit que cela le soulage, n'osant faire confidence aux autres de ce qu'il sent. »
Louis XIV craignait depuis quelque temps un attentat contre la personne de son petit-fils et sur des avis reçus de toutes parts, il supposait même le prince Eugène capable d'un tel crime. Il avait déjà envoyé à Philippe six gentilhommes français qui ne devaient point le quitter à l'armée, et Vendôme veillait particulièrement sur le prince. De tels soupçons si offensants pour le prince Eugène n'étaient nullement fondés, mais Louville affectait d'y croire dans la crainte que ces soupçons n'engageassent le roi à retourner en Espagne, ce qui était, en effet, son secret désir; mais auparavant il fallait une campagne victorieuse; Louis XIV quoique inquiet pour la sûreté
de son petit-fils était encore plus pressé de le voir se signaler dans une bataille ; il craignait que les Espagnols cherchassent à le tenir éloigné de tout danger et il écrit à Philippe :
« La réputation de toute votre vie en dépend et je suis persuadé que vous ferez, pour l'acquérir, tout ce que je puis attendre et de votre sang et de la bonne opinion que j'ai de Votre Majesté. j\e vous exposez pas mal à propos, mais ne déférez pas à des conseils timides : croyez ceux du duc de Vendôme et de Marsin. »
Philippe ne demandait pas mieux que de suivre €et avis et brûlait d'impatience d'attaquer ses ennemis. Il partit le 20 juillet de Crémone pour rejoindre l'armée ; il y arriva le 26, au moment où Vendôme venait de battre, à Castel-Xovo, un corps de cavalerie allemande de trois mille hommes. L'engagement fut si prompt que le roi marchant à la tête d'une colonne n'eut pas le temps de charger et n'arriva que lorsqu'on pillait déjà le Ccimp. L'affaire fut vive, hardie et bien conduite; les ennemis y perdirent la valeur de plus de quinze cents chevaux, trois paires de timbales, six étendards, tous les bagages et tentes des trois régiments, un lieutenant-colonel et six capitaines.
« Ne soyez point surpris, écrit Philippe à Louis XIV, si je laisse à M. de Vendôme le soin de vous envoyer un courrier. Je ne veux point me faire honneur d'une action dont il a tout le mérite, et quand j'enverrai à Votre Majesté quelqu'un de ma part, je veux que ce soit pour une action décisive, afin que Votre Majesté n'ait pas une fausse joie. »
Louis XIV, enchanté de ce premier succès et de la modestie avec laquelle son petit-fils lui en parle, répond aussitôt :
« Vous me promettez par votre lettre du 26 juillet, de mériter mon estime pendant le cours de la campagne ^ ; vous ne m'avez pas laissé longtemps attendre l'effet de votre parole. Je reçus votre lettre du 27 quelques heures après l'arrivée du chevalier de Vernassal, et la nouvelle qu'elle contenait me causa une joie sensible. J'avoue qu'elle est moins fondée sur le succès dont vous me rendez compte que sur ce que j'ai remarqué de votre bonne volonté et d'une valeur naturelle que j'ai toujours crue en vous, mais dont je vois les premières marques avec un extrême plaisir; vous confirmez ce que j'ai prévu