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Affaires Étrangères. Espagne 106, f

208 MARIE-LOUISE-GAr.RIELLE DE SAVOIE

de votre voyage d'Italie. J'espère que vous y acquerrerez toute la gloire que je vous ai souhaitée, et que l'Europe connaîtra bientôt combien vous êtes digne du rang où Dieu vous a placé...

» Les ordres seront donnés pour les hôpitaux et vous pouvez compter que je regarde les affaires d'Italie comme les principales que j'aie à soutenir. Vous devez croire que l'attention que j'y donne est encore plus vive depuis que vous êtes à l'armée.

» Je souhaite que les avantages que vous y remporterez dissipent entièrement vos vapeurs, nul remède n'est plus capable de les guérir, n'en faites point d'autres et tâchez de surmonter l'incommodité en l'oubliant s'il est possible; on l'augmente en y pensant trop souvent.

» Les étendards que vous envoyez à Madrid y causeront beaucoup de joie ; je comprends aisément celle de la reine, lorsqu'elle verra ces premières marques de vos avantages. Toutes les lettres d'Espagne sont remplies de ses louanges. J'y suis très sensible et vous le devez croire connaissant la tendresse que j'ai pour vous et combien je m'intéresse à votre satisfaction. »

Le 15 août les deux armées se trouvèrent en présence à Luzzara. L'affaire fut sanglante, le

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roi s'exposa avec une véritable hardiesse et montra une intelligence imprévue et assez brillante pour la {2;uerre. Les deux partis s'attribuèrent la victoire; mais Philippe remporta l'avantage puisqu'il se rendit maître de Luzzara, magasin des ennemis. Puis il s'empara de Guastalla en neuf jours après avoir délivré Mantoue que bloquaient les Impériaux. Quatorze étendards furent encore pris sur l'ennemi et envoyés à Madrid pour être arborés dans Notre-Dame d'Attocha.

Philippe écrit à son grand -père :

Au camp de Luzzara, le 17 août.

» Je me sers de l'occasion du duc de Villeroy que M. de Vendôme envoie à Votre Majesté pour ajouter un mot à une vieille lettre que je lui avais écrite au camp de Testa, et la féliciter sur le succès heureux de ses armes. Gomme Votre Majesté apprendra d'ailleurs ce qui est arrivé et que je suis très las, je me contenterai de lui dire qu'on ne peut être plus content que je le suis de la valeur de ses troupes, car la cavalerie et les dragons y ont eu part aussi bien que l'infanterie qui y a fait des merveilles, et quoique cette affaire ne soit pas décisive, j'en retire tant de fruit par la

jonction qui se va faire de nos troupes, que le succès n'en peut être que très grand et très heureux et que je serai bientôt en état d'aller rendre au prince Eugène les alarmes qu'il m'a voulu donner. Je ne vous fais l'éloge de personne en particulier de peur de faire tort à ceux que je pourrais omettre. Je laisse à M. de Vendôme, qui a tout vu, le soin de rendre justice à tout le monde ; mais je ne puis m'empêcher de vous dire que Marsin a fait des merveilles. Quoique je n'ai pas reçu de lettre de Votre Majesté sur notre autre combat % je n'ai pas laissé d'apprendre qu'elle en avait beaucoup de joie. J'espère qu'elle en aura encore plus de celui-ci, et je souhaite d'avoir souvent de pareilles occasions de mériter son Qstime... »

C'est par un courrier envoyé par son père que Marie-Louise apprit la victoire remportée par son mari, à Luzzara.

25 août.

« L'arrivée du chevalier de Pesne, que le roi vous envoie pour vous porter des dépouilles des ennemis, me fournit une agréable occasion de

■J . Celui de Castel-Novo.

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VOUS marquer de nouveau la joie que je ressens de voir toujours augmenter la gloire du roi en Italie. Je me contente d'avoir été le premier à vous faire savoir la victoire que le roi a remportée, c'est pourquoi je ne vous en fais point de relation, d'autant plus que le chevalier de Pesne vous la fera bien mieux, l'ayant vue. Je l'ai fort chargé d'assurer madame la princesse des Ursins de l'estime que j'ai pour elle, et du sensible plaisir que je me fais de la voir auprès de vous. Je ne doute pas, ma chère enfant, que vous ne contribuiez à vous gagner toujours davantage son amitié, vous pouvant être également nécessaire qu'utile. Je laisse à votre mère le soin de vous mander des nouvelles de vos frères, et je ne prendrai que celui de vous assurer que je ne puis vous aimer plus que je fais. »

Marie-Louise, transportée de joie à cette lecture, se hâte d'écrire de tous les côtés, et, en premier lieu, à son mari : elle se moque gaiement de la 'promptitude du courrier qu'il lui a envoyé.

De Madrid, le 1" septembre.

« Grâce à Dieu, mon cher mari, vous avez bien battu les ennemis sea mil veces enharabuena,

mais aussi il faut que je vous remercie du prompt courrier que vous avez bien voulu m'envoyer, car effectivement il a fait grande diligence, puisqu'il n'est point encore arrivé; et c'est mon père qui m'a donné cette bonne nouvelle que je reçus lundi. Vous aviez grande raison quand vous disiez, à Barcelone, qu'assurément les Allemands ne seraient pas bien traités. Il faut que je vous dise le mauvais effet que fait ici le retardement de votre courrier, car les malintentionnés font courir le bruit que cela n'est pas.

» Après vous avoir marqué, mon cher mari, la joie où je suis, il faut que je vous dise une chose qui n'est pas agréable, qui est que les ennemis ont fait une descente au port Sainte-Marie. Je ne vous dirai aucune particularité à cause que l'on vous envoie les consultes des conseils et les résolutions prises, car la promptitude que cela demande ne permettait pas, comme vous pouvez aisément imaginer, qu'on attendît vos ordres et ceux de la France à qui Ton envoie les mêmes choses.

» Je fus hier, après avoir tenu le matin la junte à mon ordinaire, à une autre qui dura de huit heures du soir à près de minuit. Je serais fort fatiguée de toutes ces affaires, je vous avoue, mais

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étant pour vous que je les fait, cette raison me les rend agréables...

» J'aurais, mon cher roi, beaucoup de choses à vous dire, mais, avec votre permission, je finis cette lettre pour m'aller promener, puisqu'il y a des temps infinis que je ne suis sortie. Adieu donc, mon cher roi, je ne doute pas que, quand la campagne sera finie, vous ne vous amuserez plus, mais reviendrez retrouver votre petite femme qui vous aime cent fois plus qu'elle-même. »

Si la reine était glorieuse des avantages remportés par Philippe, Louis XIV ne le fut pas moins. Quant au duc de Savoie, il s'empressa d'expédier un nouveau courrier à sa fille, pour confirmer les bonnes nouvelles de la campagne entreprise par le roi d'Espagne.

Marie-Louise écrit joyeusement à son père :

De Madrid, août.

« Je ne saurais assez vous remercier, mon très cher papa, du courrier que vous avez bien voulu me dépêcher pour m'apprendre le combat que le roi a donné et gagné. Je vous assure que j'en suis dans une bien grande joie; voilà. Dieu merci,

nos souhaits accomplis, et l'on voit visiblement que le bon Dieu protège notre juste cause. Je dois d'autant plus vous rendre grâces de cette bonne nouvelle, que j'appris lundi au soir, que le courrier du roi n'est point encore arrivé, et par conséquent si ce n'avait été de vous, je ne saurais encore rien du tout; c'est apparemment quelque grand seigneur espagnol qui vient, mais assurément il ne se presse pas extrêmement.

» Je vous suis bien obligée, mon très cher papa, de ce que vous m'écrivez que le roi a eu toute la gloire que nous pouvions désirer, sachant le plaisir que cela me ferait. Je vois toujours, de plus en plus, que vous ne manquez aucune occasion pour me marquer la bonté que vous avez pour moi, puisque vous n'oubliez rien de tout ce que vous croyez qui me réjouisse; je ne saurais trouver des termes qui marquent assez, mon cher papa, combien je suis touchée de tout ce que vous faites pour moi, mais je puis vous dire que vous honorez de votre amitié une fille qui le mérite bien par celle qu'elle a pour vous.

» Je reçus hier votre lettre du 16, qui m'a fort réjouie en voyant que mon frère d'Aoste se porte bien; mais après cela j'ai vu la maladie de l'autre qui ne m'a pas fait le même effet comme vous

pouvez croire; mais cela ne sera rien s'il plaît à Dieu, on conservera pour longtemps ces deux chers enfants et vous n'aurez plus d'inquiétude. » Je finis en vous embrassant de tout mon cœur... »

Parmi toutes les lettres qu'écrivait la reine, aucune ne lui fut plus agréable à envoyer, que celle qu'elle adresse à Louis XIV pour se réjouir avec lui du gain de la bataille de Luzzara.

A Madrid, le 1" septembre'.

« J'appris, par un courrier que mon père me dépêcha il y a quatre jours, que le roi venait de battre ses ennemis, qu'd était en bonne santé, et qu'il avait toute la gloire de cette action. La joie que cette nouvelle me donna ne se peut exprimer que par celle que Votre Majesté aura ressentie elle-même. Vous aurez reconnu dans cette occasion, comme dans tant d'autres, combien il est digne d'être ce qu'il vous est ; mais je ne saurais assez bien vous dire comme quoi je suis entrée vivement dans la satisfaction que vous avez d'avoir un petit-fils qui mérite si fort votre

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