Affaires Étrangères. Espagne 108, f
216 MARIE-LOUISE-GABRlt:LLE DE SAVOIE
estime et voire amitié ; celle dont vous m'honorez me touche le cœur sensiblement, et m'engage tous les jours de plus en plus à vous donner des marques de ma tendresse et de ma reconnaissance.
» La princesse des Ursins est un bon témoin de ce que je dis à Votre Majesté et de l'application que j'aurai toujours à lui plaire. Comptez donc une fois pour toutes, je vous supplie, làdessus, et me regardez comme une fille très respectueuse et comme la plus sincère amie que vous puissiez avoir...
» La descente que les Anglais ont faite près de Cadix nous a donné bien des affaires ces jours-ci. Je tins une junte hier au matin fort longue, et une autre le soir, dont je ne sortis qu'à onze heures et demie, pour voir avec mes ministres les moyens les plus prompts et les plus sûrs pour empêcher autant qu'il sera possible le mal que veulent faire les ennemis. Je me suis offerte à aller moi à Séville, ou à Cordoue, ou dans quelque autre ville de ce pa^^s-là, si on croyait que ma présence pût animer davantage à se bien défendre ; il me semble que cette offre a produit un assez bon effet.
» On souhaite le retour du roi d'Espagne comme
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Votre Majesté le verra ; on voulait même m'engager à vous en écrire et à lui aussi ; mais je m'en suis excusée, en disant qu'il fallait qu'il finît ce qu'il a si bien commencé... »
On peut remarquer dans cette lettre la modestie et la simplicité avec laquelle Marie- Louise parle du rôle qu'elle vient de jouer à propos de ce qui s'était passé en Andalousie.
Cent mille Anglais et Hollandais sous les ordres du duc d'Osmond, et d'après les assurances du prince de Darmstadt, vice-roi de Catalogne, et de l'Amirante de Gastille, ancien gouverneur de Milan, tentèrent de s'emparer de l'Andalousie qui était tout à fait dégarnie de troupes ; mais, grâce au courage des habitants et à la fidélité du gouverneur, M. de Villa d'Arias, ces tentatives de révolte échouèrent et l'Andalousie resta fidèle à son roi.
La petite reine déploya une énergie extraordinaire en apprenant cet essai de révolte. Elle assembla le Conseil, déclara qu'elle irait en Andalousie et qu'elle était prête à mourir pour la défense de cette province. Elle offrit de vendre ses pierreries et ses diamants ; elle s'exprima avec une éloquence et un courage qui eiilraînèrent
ses plus indolents ministres, et ce fat à qui s'empresserait le plus de lui offrir sa vie et sa fortune. « Cette reine enfant fit plus pour conserver l'Andalousie à la Couronne que le pitoyable gouvernement à la tète duquel elle était ^ » Son attitude dans des conjonctures aussi graves imprima un élan de patriotisme sur lequel on n'aurait pas pu compter sans elle.
L'effet s'en étendit dans toute l'Andalousie ; la reine reçut des adresses de toute part; Cadix, Séville firent assurer Sa Majesté de leur zèle; Séville fit partir aussitôt mille hommes de ses milices et envoya deux mille pistoles à M. de Villa d'Arias.