‹ Une Reine de douze ansChapitre 49 sur 115 · Affaires Étrangtjres. Espagne 109, f · texte numérisé non relu

Affaires Étrangtjres. Espagne 109, f

afin que vous preniez les mesures les plus convenables dans une aussi fâcheuse conjoncture, j'ai fait remettre à la princesse des Ursins le détail de ce qui s'est passé. Gomme je sais jusqu'où va la grandeur de votre âme et votre résignation à tout ce qui vient de Dieu, je ne doute pas que dans cette occasion je n'aie encore de nouvelles raisons de vous admirer. Pour moi, je ne souhaite point de plus grande consolation que celle d'être toujours honorée de votre amitié et j'espère que Votre Majesté voudra bien me l'accorder. »

Louis XIV à la reine.

10 novembre.

« Je suis trop persuadé de vos sentiments pour douter que la perte de mes vaisseaux n'ait été le principal effet de la douleur que vous me témoignez par votre dernière lettre. Je vous aA^oue aussi que cette perte me toucherait moins si je ne voyais combien le roi d'Espagne y est intéressé. Les événements sont entre les mains de Dieu. Souvent il tire le bien de ce que nous regardons comme des malheurs. Il faut songer à prévenir les suites de celui qui vient d'arriver. Votre Ma-

jestélesa prévenues car il était essentiel de donner ces ordres comme elle a fait pour mettre en sûreté les effets de la flotte. Je ne puis assez vous louer de votre attention continuelle au bien de l'État. Elle est présentement bien nécessaire et je puis vous assurer qu'en y travaillant comme vous faites, vous augmentez encore l'estime véritable et la tendresse particulière que j'ai pour vous... »

La reine à son père.

-Madrid, IG novembre.

« J'ai reçu, il y a quelques jours, mon très cher papa, votre lettre du 25 octobre par où je vois la joie que vous avez de ce que nos affaires vont si bien de tous côtés ; c'est-à-dire, c'était ainsi dans ce temps-là que vous ne saviez point encore le malheur de Vigo, qui est plus grand que tous les avantages qu'on a eus dans les autres pays. Je suis fort inquiète de savoir ce qu'a fait l'armée anglaise et hollandaise en s'en allant ; ce que je sais, c'est qu'à la Corûna on entend tirer du canon sur mer du matin jusqu'au soir et on ne sait ce que c'est; voyez donc, mon cher papa, je vous en prie, dans quelles incertitudes je suis.

» Dieu veuille que j'apprenne bientôt quelque bonne nouvelle à vous mander de tout cela ; mais pour vous dire la vérité, je ne m'y attends guère, car nos affaires ont été si mal de ce côté-là qu'il me paraît qu'on n'en saurait avoir aucune bonne chose. Je vous manderai la semaine qui vient, mon cher papa, ce que je saurai de cela et, pour cette fois-ci, je finis en vous embrassant de tout mon cœur et vous disant toujours que je vous aime passionnément. »

Le désastre de Yigo n'avait heureusement pas empoché de mettre à l'abri l'or et l'argent chargés sur les galères, et qu'on avait eu la prudence de débarquer à Lugo ; sauf cela, aucune marchandise n'avait été épargnée : « Depuis le malheur qui nous est arrivé, écrit la reine à son père, les ennemis se sont embarqués et le surplus de vaisseaux est sorti de Vigo. Le reste y est encore, voulant sans doute voir s'ils ne pourront rien prendre de ce qui est péri avec la flotte. »

Le duc de Savoie répond aussitôt:

« Le soin que vous avez à m'écrire régulièrement, et à me faire part de ce qui arrive en Es-

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