‹ Une Reine de douze ansChapitre 6 sur 115 · Voir U's Mémoires de Nouilles, t. II · texte numérisé non relu

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2. Les fonctions de gentilhomme de la manche étaient d'accompagner continuellement les fils de France depuis qu'ils étaient sortis des mains des femmes jusqu'à la fin de leur éducation.

Les Espagnols avaient commencé par être satisfaits de Loiiville; mais bientôt ils se plaignirent de la trop grande vivacité du marquis, de sa hauteur et de la familiarité qu'il affectait en public avec le roi. Louis XIV ordonna à son ambassadeur d'examiner le fondement de ces plaintes et de lui en rendre fidèlement compte. D'Harcourt obéit, mais ce n'était pas chose facile que de démêler la vérité.

On crut, au début, que pour satisfaire aux désirs de Louis XIY il serait aisé d'introduire en Espagne les mœurs et les coutumes françaises; c'était une grave erreur et qui donna naissance à une foule d'intrigues et de querelles qu'on eût pu éviter facilement. Le duc d'Harcourt, le cardinal Porto - Carrero et le président de Castille étaient les membres les plus influents du Despacho, c'est ainsi qu'on nommait le Conseil privé des ministres'. Dans des conversations particulières avec Louville, le président lui avait assuré que les Espagnols souhaitaient passionnément être gouvernés par les ordres et

1. Louis \IV iivîiit conseillé à S(jn petit-lils la création d'un conseil supérieur de gouvernement, le Despacho qui dans rorigine se composait de quatre personnes : le roi, le cardinal Porto-Carrero, don Manuel Arias et don Antonio d'L'billa.

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les plans de Louis XIV; il prétendait même qu'il était regrettable que le roi de France n'eût pas envoyé des ministres pour gouverner l'Espagne en attendant que son petit-fils fût d'âge à le faire lui-même. Cette idée absurde ne supportait pas l'examen. Porto-Carrero ne la partageait pas. Ce cardinal était l'homme que le roi regardait comme son guide et qui, dès les premiers jours, réglait par ses conseils tout ce qui pouvait amener l'union des deux nations. C'est lui qui avait le plus contribué à faire monter Philippe sur le trône en forçant pour ainsi dire Charles II à signer le second testament.

Porto-Carrero appartenait à une des plus grandes familles d'Espagne et comme il avait choisi la ' carrière ecclésiastique il eut tout ce qu'il voulut jusqu'à l'archevêché de Tolède. En I67o, il vint à Rome pour recevoir le chapeau; il fit, à cette époque, la connaissance de la princesse des Ursins qui jouera plus tard un grand rôle dans notre histoire. « Le cardinal était bien fait, mais un peu dégoûtant par la quantité du plus fin tabac d'Espagne qu'il prenait continuellement par le nez ce qui était cause que son visage en était toujours barbouillé ; d'ailleurs, son esprit et

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ses manières charmaient tous ceux qui l'approchaient*. »

Mais il ne pouvait empêcher les rigueurs de l'étiquette espagnole, qui constituaient un véritable esclavage. Nous allons la rencontrer sans cesse comme un obstacle sur notre chemin.

Le respect des anciens usages s'étendait aux plus petits détails et l'autorité même du roi était impuissante à les braver; ainsi Philippe se trouva pour ainsi dire forcé, en montant sur le trône de porter la golille, espèce de collet ou de fraise fortement empesé et insupportable pour mouvoir librement le cou ^

« Au lieu de rabat, dit un voyageur qui visita la Péninsule en 1669, ils portent une espèce de rotonde faite de carton sur lequel est tirée une toile empesée et façonnée de plusieurs pinces, qu'ils appellent golille ; c'est une invention bien incommode et qui contraint fort comme le reste

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