‹ Une Reine de douze ansChapitre 72 sur 115 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

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Enfin, les deux corps d'armée arrivèrent devant Barcelone au commencement d'avril, après une marche fort heureuse et fort bien conduite par Tessé.

16 avril 1706.

« On a commencé le siège par l'attaque de Montjouy, écrit le roi à Amelot, et vous apprendrez par ce que j'en ai écrit hier et ce que j'en écris encore aujourd'hui à la reine le bon état où il est.

» J'ai reçu les nouvelles que vous avez envoj'ées au maréchal de Tessé. L'apparition des vaisseaux ennemis vers le détroit est fâcheuse, mais j'espère qu'ils ne m'empêcheront pas de prendre Barcelone qui ne peut résister longtemps après la prise de Montjouy. S'ils y viennent et s'ils débarquent leurs troupes dans le royaume de Valence, aussitôt que ce siège-ci (que je presserai le plus qu'il me sera possible) sera fini, je m'y porterai, s'il en est besoin, avec la plus grande partie de mon armée.

» L'archiduc est toujours dans Barcelone à ce qu'on assure; ce serait un coup décisif si je l'y prenais et je vous assure que je n'épargnerai rien

pour cela ; vous me faites un sensible plaisir de me donner d'aussi bonnes nouvelles de la santé de la reine que celles que vous me donnez. La mienne est bonne, Dieu merci, et je vous avoue que l'inquiétude où je suis de savoir cette princesse dans des conjonctures aussi épineuses que celles où elle se trouve, est beaucoup diminuée par la pensée qu'elle a auprès d'elle un aussi honnête homme et aussi habile que vous, pour qui j'ai tant d'estime et d'admiration...

y> J'ai reçu la lettre de la reine que vous m'avez envoyée, et je vous en remercie. »

Marie-Louise, loin de se laisser abattre dans <les circonstances aussi difficiles, redoublait de courage et d'énergie. Elle décréta l'armement de tout le royaume « pour pouvoir opposer au moins quelque chose aux ennemis ; ce n'est que des milices, écrivait-elle à madame de Maintenon, mais on n'a rien de mieux. » Et cette reine de dixsept ans qui pourvut à tout en quelques heures, trouva encore en elle les forces nécessaires pour relever les courages abattus et soutenir Philippe dans l'espoir qu'il avait de prendre Barcelone. Il fallait aussi tâcher de rassurer madame de Maintenon dont les alarmes pouvaient influencer en

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mal les bonnes dispositions de Louis XIV envers son petit-fils :

« Les ennemis nous feront apparemment du mal, lui écrit la reine ; ils nous obligeront à prendre des partis ; mais que le roi prenne vivement Barcelone et vienne avec de bonnes troupes sûres, françaises, je vous assure qu'il fera repentir les Portugais de leurs insolences. Enfin, vous vous moquerez peut-être de nous, mais ni la princesse des Ursins, ni moi, ne perdons pas courage, et je vous conseille d'en faire autant. Nous sommes prêtes à tout éA'énement ; nous prendrons les partis qui seront nécessaires, mais il ne faut pas croire pour cela que l'Espagne soit perdue. Animez le roi, animez ma sœur et animez-vous vous-même, je vous prie; car il ne sert de rien de se bien affliger qu'à se faire malade, et voilà ce qu'il ne faut pas dans aucun de vous; nous aurons soin de vous donner de nos nouvelles souvent, car les affaires le demandent ainsi, et surtout conservez-vous et, au nom de Dieu, que ceci ne vous donne point la lièvre ! »

Quelle ardeur, quelle vie, respire cette lettre, et comme elle était propre à entraîner à la suite de

la reine tous les Espagnols. La situai ion était aussi grave que possible et Ton ne se trompait pas en croyant que l'archiduc était dans Barcelone; il y était en effet avec douze mille hommes de troupes environ, tant de régulières que de miquelets ' et de bourgeois armés, à la tête desquels on vit souvent combattre des prêtres et des moines; quarante bataillons et trente-six escadrons composaient l'armée'.

Le comte de Toulouse avec une flotte de trente vaisseaux de guerre arriva le jour même de la jonction des troupes, portant des vivres et des munitions en abondance. La place était en mauvais état et on pouvait se flatter de la reprendre en moins de temps que les Anglais ne l'avaient prise.

Le 25 on fut maître de Montjouy, mais il avait coûté dix-neuf jours de tranchées ouvertes et l'on n'avait rien gagné si l'on ne prenait la ville. L'archiduc inquiet voulait en sortir; mais le peuple s'assembla en tumulte pour l'en empêcher. 11 eut alors l'idée d'employer une ruse qui devait

1. Habitants des Pyrénées qui font le métier de guides et qui jadis servaient dans les troupes espagnoles comme corps irréguliers.

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