‹ Une Reine de douze ansChapitre 74 sur 115 · Id., Ibid · texte numérisé non relu

Id., Ibid

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était faux; elle leur affirma que si la nécessité Tobligeait à prendre cette détermination elle ne le ferait jamais sans l'avis d'un si sage Conseil.

» En attendant, M. le cardinal Porto -Carrero^ par le crédit dont il jouissait, fit taire ceux qui répandaient ces bruits. Hier, après dîner, la reine convoqua tous les Grands et leur tint le même langage qu'à la Maison de Yille.

)' Le lendemain, il s'éleva une grave discussion entre les ministres pour savoir si oui ou non on devait conseiller à la reine de sortir de Madrid. Tous convinrent que oui, qu'il n'y avait pas d'autre remède et qu'on ])Ouvait encore la faire partir en sécurité. En tout cas, on décida (|ue toutes les troupes fussent placées en observation, toujours appuyées à la ville, afin qu'elles pussent en même temps couvrir la retraite de la reine sur Pampelune, de manière qu'aucun des ennemis qui s'avancent en Aragon ne la puisse emj)ècher de passer. »

Marie-Louise ne manqua pas de s'adresser aussi au roi de France, auquel il fallait toujours recourir. Après lui avoir exposé les dangers terribles qu'elle courait: « Je puis vous assurer, lui dit-elle, que cependant Dieu me donne assez de

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courage pour prévoir toutes les suites les plus fâcheuses sans m'en laisser abattre, connaissant qu'il faut tout recevoir de sa main ; ce que je lui demande avec plus de ferveur, c'est la conservation de la vie du roi mon mari et celle de Votre Majesté «.

Jusqu'alors la reine avait ignoré la levée du siège de Barcelone; mais, en revanche, elle avait appris à Madrid l'arrivée de la flotte ennemie et la retraite du comte de Toulouse. Très émue à la pensée des dangers que courait le roi, ses inquiétudes étaient beaucoup plus grandes à cet égard que pour les événements politiques ; elle écrit à madame de Maintenon :

« Mon Dieu, madame, n'aurons-nous jamais que des peines et ne verrons-nous point la fin de nos malheurs qui ne sont déjà que trop longs ! Je tâche à prendre courage, mais je vous avoue que j'en ai beaucoup moins sur ce qui regarde le roi que sur le reste, et ces contretemps du côté où est ce prince m'effraient et m'inquiètent bien plus que quand on croyait avoir bientôt les ennemis aux portes de Madrid quoique ce fût un assez grand événement. Toute ma consolation est, comme je vous l'ai dit plusieurs fois, dans le Sei-

gneur et dans le roi mon grand-père qui suivra, à ce que j'espère, ce que lui inspirera la tendresse qu'il a pour le roi son petit-fils »

A ce moment-là les premiers bruits de la levée du siège de Barcelone se répandirent à Madrid ; mais, plusieurs jours durant, les nouvelles les plus contradictoires circulaient, et la reine se reprenait encore à espérer que ces mauvais propos étaient faux. Ce fut Philippe lui-même, arrivé à Madrid avec une rapidité prodigieuse, qui lui apprit toute la vérité.

Trois heures après son retour, il annonçait à son grand-père qu'il avait accompli en onze jours son voyage et qu'il avait été reçu avec grand enthousiasme dans sa capitale.

« 11 est aisé de se représenter la confusion et le trouble qui régnaient dans Madrid ' . Ils avaient augmenté dans une telle mesure par l'approche des troupes portugaises, anglaises et hollandaises qui se trouvaient à vingt lieues de là, que le roi n'eut pas le choix de sa détermination. Il résolut d'aller se mettre à la tête de la petite armée que commandait le duc de Berwick, résolution véritablement

1. Archives secirtes du Saint-Siège ; lettre de monseigneur Aquaviva resté auprès de la reine.

•«'ourageuse, mais aussi extrême qu'était extrême le mal dans lequel se trouvaient les choses; en même temps on décida le départ de la reine pour Burgos, pour ne pas remettre au hasard de la fortune des armes sa royale personne. Cette résolution si grave, prise et exécutée peut-être dans l'espace de vingt-quatre heures, ne nécessite pas d'explications ; on comprend la perturbation qu'elle causa à Madrid. »

Le désordre de la première journée et la confusion matérielle furent tels qu'on peut le croire; une grande partie de la noblesse sortit de la ville en ce même jour, une autre suivant la marche de la reine et se retirant dans de petits endroits ci rcon voisins, ou dans leurs terres.

La reine s'avança de cette manière jusqu'à Berlanga et résolut de se rendre à Burgos où la Cour ferait halte attendant d'avoir déterminé le lieu de la résidence. Cette Cour consistait dans le comte de San Stephano, majordome, le marquis de Castel Rodrigue, chevalier d'honneur, et le duc de Popoli, capitaine des gardes, plus une suite aussi peu nombreuse que possible.

Au milieu de ce désarroi général que la pénurie d'argent rendait encore plus grave, il fallait

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<''crire à la Cour de France et la tenir au courant <le tous ces désastres. Madame des Ursins remplit <:ette pénible mission et c'est à madame de Maintenon qu'elle adresse le récit du voyage périlleux jtendant lequel on tremblait sans cesse de voir la reine tomber au pouvoir de l'archiduc.

24 juin.

« Il a fallu enfin, madame, sortir de Madrid. Mon Dieu ! quelle nouvelle à vous apprendre ! et comme l'on a voulu tenir bon jusqu'à la fin, et ne rien faire connaître à ce peuple de ces intentions, notre départ s'est fait sans avoir les choses même les plus nécessaires. La reine a été sans lit les premiers jours.

Heureusement, le chevalier de Bragelonne, qui commandait le détachement français qui nous a accompagnés, en avait un tout neuf qui se trouva très à propos ; mais il ne fut [»as si aisé de su})jiléer au reste. Sa Majesté n'eut que deux œufs pour son souper et ne fut guère mieux le lendemain.

» La reine va à Burgos; sa Cour était du sentiment qu'elle passât à Pampelune, où elle aurait été plus en sûreté et, par conséquent, moins exposée à faire une seconde retraite. Mais le

roi, M. Tambassadeur et M. le duc de Berwick ont préféré Burgos parce que c'est une ville de Castille, et que le dessein du roi est d'}' transférer ses Conseils, croyant par là tenir plus aisément les peuples dans l'obéissance. Pour la reine, elle aurait souhaité d'aller à Pampelune, persuadée qu'il n'y a plus que la force qui puisse soutenir notre parti et que le roi aurait été plus maître d'employer toutes ses troupes si elles avaient été dans un lieu moins exposé aux ennemis. De plus, Sa Majesté regardait comme une espèce de soulagement d'être éloignée de toutes sortes d'affaires. Si elle eût passé plus prompte ment dans la Navarre, elle l'eût pu faire sans risques. Dieu veuille qu'elle n'en trouve pas davantage dans le chemin qu'elle va prendre ! car il faut qu'elle passe après demain à Aranda de Drovero qui n'est qu'à douze lieues de Ségovie...

» La situation de la reine, madame, est fort à plaindre; elle n'a auprès d'elle que moi, l'Azafata*, une duègne et une femme de chambre. La disette de l'argent l'a réduite a n'en pas avoir davantage. Elle avait nommé une seîïora de Honor et la Tocadora comme les plus anciennes de ses

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