‹ Une Reine de douze ansChapitre 76 sur 115 · Elle se trompait, Ostcndc fut prise par les ennemis · texte numérisé non relu

Elle se trompait, Ostcndc fut prise par les ennemis

La reine à V ambassadeur de France, M. Amelot.

A Burgos, le 11 juillet.

« Vous connaissez ma paresse (je meurs de peur que vous disiez que non), il est pourtant vrai que je la suis beaucoup et je vous assure que c'est ce ([u'\ m'a empêchée de vous remercier plus lot de la l)art que vous prenez à ma joie, sur ce que mon père a abandonné Turin*. Je me flatte que nous en tirerons au moins l'avantage que celte place ne se défendra pas si longtemps et que, voyant sa capitale perdue, il prendra enfin le parti qu'il aurait dû prendre il y a longtemps ; si j'avais le bonheur que cela put être, je n'attendrais pas que vous m'en fissiez votre compliment, je vous préviendrais en m'en réjouissant avec vous, persuadée comme je la suis du véritable intérêt que vous prenez à tout ce qui nous peut être avantageux au roi et à moi. Ne dites-vous point pour me flatter que Sa Majesté Catholique parle aux officiers ; je ■crains toujours qu'il ne soit pas assez gracieux avec eux non plus qu'avec ceux qui lui ont donné

1. Marie-Louise se trompait; son père s'était siuipleiueiit rendu •à sou camp de Chivasso.

RFINE d'kSPAGNE. 41t

des marques de leur véritable attachement, dans un temps où tant d'autres manquent à leur devoir, et je vous demande comme une marque d'amitié et pour lui et pour moi de lui parler hardiment là-dessus, où il ne fait d'ordinaire rien qui vaille ; je peux bien avouer les petits défauts d'un mari, (lui a tant d'autres grandes et estimables qualités •et auquel il ne manque qu'un peu plus de hardiesse qu'il n'en a dans la conversation, pjour le rendre parfait, au moins à mes yeux. Excusez, monsieur, si je parle peut-être comme une femme trop pénétrée de la tendresse qu'il me témoigne, il faut bien que vous me passiez quelque chose : mais, pour vous en récompenser en quelque façon, vous devez compter sur la parfaite amitié qu(.' j'ai pour vous et me regarder comme une amie très solide.

» MARIE-LOUISE

» P.-S. — Il n'y a pourtant jour que la ])rincesse des Ursins et moi ne disions mal de vous. Il ne s'en faut guère, quand nous pensons que vous nous avez fait venir à Burgos, que nous n'aimions cent mille fois mieux que vous le duc de Grammont, et si vous nous fâchez davantage, l'abbé d'Estrées. Xi l'un ni l'autre n'auraient ja-

412 MARIE-LOUISE-GAliRIELLE DE SAVOIE.

mais eu la dureté de nous reléguer dans un lieu où l'on ne va point dans les rues sans crainte que les maisons vous tombent sur la tête, où les cousins vous piquent tout le long du jour, où les rats mangent dans les chambres tout ce qu'ils y trouvent, et où les punaises et les puces vous sucent le sang toute la nuit. Dites-moi, je vous prie, si nous avons mérité d'être martyrisées de la sorte et si nous n'avons pas été bien folles de suivre les conseils d'un ambassadeur capable d'en donner de si mauvais. Cependant il n'y a mal à quoi on s'accoutume en ce monde et, puisque nous avons tant fait que d'être ici, vous ne nous en tirerez plus, quoique vous puissiez dire, jusqu'à ce que tout soit bien tranquille dans Madrid, et que vous n'ayez bien chassé Tarchiduc d'Espagne, car il est encore plus incommode d'y voyager, que d'essuyer toutes les incommodités que j'ai bien voulu ne pas vous laisser ignorer. »

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