Affaires Etrangères. Espagne 128, f
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nétrée de la malheureuse fin du siège de Turin, les circonstances que j'ai apprises et que vous me mandez ne sont pas capables de consoler, mais affligent davantage. Mon oncle (le duc d'Orléans) est bien à plaindre ; je crains que sa douleur n'augmente son mal. Il n'oubliera pas si tôt ce triste événement ; quoiqu'il y ait si peu de sa faute, il faut qu'il trouve quelques occasions pour s'en venger ; mais laissons une chose si mélancolique et venons-en à la joie qu'on a eue à Madrid d'y revoir le roi, qui a été si grande que tout le peuple paraissait fou.
» De notre armée, il n'y a rien de nouveau ; le maréchal de Berwick a envoyé un détachement pour attaquer Guenca, où les ennemis ont laissé deux mille hommes. Dieu veuille que cela réussisse, rien au monde ne me ferait tant de plaisir, que nous eussions des nouvelles à mander d'Espagne qui pussent consoler le roi mon grandpère; mais, hélas 1 nous ne sommes pas si heureux, et Dieu ne veut pas nous donner cette consolation.
') Je n'ai pu me réjouir en apprenant que les ennemis désarment leurs gros vaisseaux, quoique cela soit bon, mais la crainte qu'ils n'envoient des troupes au passage m'en a ôté le plaisir.
» Assurément, madame, cela serait bien fâcheux dans l'état où sont les choses. »
Le séjour de la reine à Burgos se prolongeait; il n'était point question de son départ ; elle faisait même demander des tapis pour se défendre du froid qui est habituellement précoce dans cette ville.
Elle écrit à sa grand'mère le 15 octobre :
<( Je crois que vous êtes, à l'heure qu'il est, à Turin, ma chère grand'maman, et que vous avez eu un grand plaisir de vous retrouver dans votre chambre et dans votre petite galerie; pour moi, je suis à la veille de mon départ pour Madrid où le roi est depuis quelque temps en parfaite santé. Je compte le voir dans dix jours, car il viendra me recevoir, à ce que je crois, à l'Escurial... »
Philippe avait si grande hâte de revoir la reine qu'il ne l'attendit point à l'Escurial et alla au-devant d'elle jusqu'à Ségovie.
Le désastre du siège de Turin et la déroute entière de l'armée faisaient bien craindre que la perte des possessions de l'Espagne en Italie ne fût proche. Louis XIV se voyait forcé de demander la paix et prévoyait qu'il faudrait la payer cher; en tout
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cas, il fallait envisager comme indispensable un démembrement considérable de la monarchie espagnole, et le roi de France jugeait qu'il devait à ses peuples de faire les démarches nécessaires pour terminer une guerre accablante.
Philippe, vivement ému de ces bruits parvenus jusqu'à lui, écrit à son grand-père :
« Je connais trop votre gloire et votre tendresse pour moi, pour n'être pas persuadé que vous aurez égard à l'une et à l'autre en soutenant mes intérêts qui sont aussi les vôtres, puisque ceux des deux monarchies sont à présent si unis qu'en affaiblissant l'une on affaiblira l'autre. Ainsi, j'ai toute confiance en vous et j'espère que vous ne me tromperez pas. »
De son côté, la reine, aussi inquiète que son mari, écrit à madame de Maintenon :
13 novembre.
tf Je ne puis laisser partir le courrier du duc d'Albe * sans vous écrire, ma chère madame, et vous faire part comme à une bonne amie, de mes peines, que vous comprendrez aisément. Je sou-