Ambassadeur d'Espagne à Paris
haitais la paix, mais ces souhaits ne m'empêchent pas de la craindre présentement qu'on en parle et de songer à tous les malheurs qui nous sont arrivés depuis quelque temps, et au triste état où nous sommes. C'aurait été une folie, en tout temps, si nous avions cru que cette guerre finit sans qu'il nous en coûtât rien, mais à cette heure il est question de perdre considérablement; ainsi il est naturel que nous le ressentions vivement quoique nous ayons toujours la môme confiance dans le roi notre grand-père et espérions qu'il aura de la bonté pour nous jusqu'au bout, surtout dans une occasion où il va du tout pour nous. Pour vous, je ne sais si peut-être je me trompe, mais je crois que vous ne gâterez rien et qu'au moins vous n'empêcherez pas que le roi suive son penchant et l'amitié qu'il a pour son petit-fils. Je viens d'écrire à ma sœur une lettre peut-être trop vive, mais ai -je tort de l'être, quand il ne s'agit pas moins que d'être un grand ou un petit roi?
» Pour les Espagnols vous ne sauriez imaginer ce que ce sera quand ils sauront qu'on fait un démembrement considérable de leur monarchie; de quoi ne seront-ils pas capables, surtout dans les premiers moments de leur désespoir? Enfin,
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madame, à cette heure plus que jamais il faut nous mettre entre les mains de Dieu ; nous en avons bon besoin. »
La nécessité des sacrifices que Louis XIV jugeait indispensables pour obtenir la paix, était évidente; Marie-Louise le sentait elle-même quoi qu'elle en dît. Son grand-père les proposa le premier; mais ils furent dédaigneusement repoussés par les Alliés qui refusèrent toute négociation. En pareille occurrence il ne restait plus qu'à se préparer à de nouveaux efforts bien difficiles à soutenir après de si grandes pertes.
Un événement passionnément souhaité par toute l'Espagne vint faire luire un rayon de soleil au milieu des tristesses qui affligeaient la Cour de Madrid ; la reine était enfin grosse ; le nonce écrit :
Madrid, 31 janvier 1707.
« Samedi matin, 27, le roi fit publier l'heureuse nouvelle de la grossesse de la reine, qui, dit-on, est entrée dans son troisième mois. La joie que causa cette nouvelle à la Cour et à tout le peuple est incroyable; ils voyaient enfin exaucer les vœux qu'ils formaient depuis si longtemps
et réaliser leurs, espérances. La foule qui envahit le Palais Royal fut grande, les acclamations n'arrêtaient point, on faisait dans toute la ville des réjouissances extraordinaires. Le comte de Rupelmunde, seigneur flamand, fut désigné par le roi pour porter la nouvelle à la Cour de France et tous les grands seigneurs furent admis par Leurs Majestés au baisement de mains. J"ai eu l'honneur de complimenter la reine dans ses appartements privés et de voir introduire sa Maison pour lui baiser la main. J'exprimai à Sa Majesté le particulier contentement qu'éprouverait Sa Sainteté eni recevant une nouvelle si joyeuse et si désirée. Sa Majesté répondit qu'elle attendait cela de l'amour paternel de sa Béatitude aux prières de laquelle elle se recommandait elle-même et son futur enfant; je présentai également mes félicitations au roi, lequel me dit qu'il était bien persuadé que Sa Sainteté se réjouirait de cette nouvelle ^ » La matinée suivante, on chanta un Te Deum dans la chapelle royale ainsi que dans toutes les églises de cette ville afin de rendre grâce au Trèsr Haut pour un événement si heureux et si important auquel tout le peuple prend part. »