Vuii' les Mémoiies secrets de Louville
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d'or incrusté de pierreries, plus une belle calèche et les équipages que madame de Yaudemont avait offerts à la reine quelques années auparavant Ce dernier cadeau causa une véritable stupeur à Madrid où régnait la superstition la plus excessive : on ne pouvait croire que Philippe osât recevoir des présents si suspects de maléfices. Le comte de Benevente en pleura; sa charge de sumilier ^ du corps lui donnait l'inspection sur les choses de cette nature: « Si on l'avait laissé faire, dit Louville, il aurait exorcisé la berline, les mules, les juments et tout ce qui s'en suit ».
A ce moment, le duc d'Harcourt tomba malade ; ce fut un événement fâcheux, car sa présence à Madrid aurait été fort utile. Louis XIV venait de recevoir des avis secrets d'Italie dénonçant des complots contre la vie de son petit-fils. Alarmé il écrivit au duc d'Harcourt pour recommander les précautions les plus minutieuses au jeune roi, comme de ne pas sentir des fleurs qu'on lui présenterait, de ne point prendre de tabac et de ne point décacheter ses lettres lui-même, ce qui, par parenthèse ne dut pas être très rassurant pour le secrétaire qui le fit à sa place.
1. L'une des trois grandes charges de la Maison du roi qui ivpond à celle de grand chambellan de France.
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Il y avait là de quoi effrayer le timide et méfiant Philippe et de quoi augmenter sa disposition naturelle à la mélancolie. Cet état d'esprit était un obstacle presque insurmontable à l'activité ferme et à l'initiative énergique qu'il eût fallu déployer. Marsin qui suppléait le duc d'Harcourt pendant sa maladie s'exprimait à ce sujet dans ses dépêches au roi de France avec autant de franchise que sa prudence de diplomate le permettait : « Les atlaires se trouvent en si mauvais état, dit-il, qu'on ne doit pas s'étonner qu'elles ennuient le roi et qu'à son âge il cherche des occupations moins embarrassantes. »
11 est certain que la brillante Cour de Versailles que venait de quitter Philippe et le froid et silencieux palais de Madrid avec son ennuyeuse étiquette et ses usages surannés offraient un contraste bien propre à attrister le jeune monarque. Sauf la chasse et les nains qui, on peut à peine le croire, étaient ses seules distractions^, la journée s'écoulait pour lui avec une lenteur mortelle.
1. Il y en a\ait deux très vilains et très contrefaits, et deux antres l'ui-t petits mais point di-iectueux. Les gentilshommes de la Cliambre en tenaient toujours un auprès de S. M. qui la suivait partout. Ces nains étaient leurs espions.
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Une idée fixe semblait le posséder : celle de son mariage. Louis XIV s'en occupait activement; mais le choix était difficile, d'autant plus qu'avec le caractère et le tempérament du roi une jeune reine aimable et belle devrait aisément prendre un empire absolu sur lui.