‹ Une Reine de douze ansChapitre 87 sur 115 · Petilot, Mémoires de A'oailles · texte numérisé non relu

Petilot, Mémoires de A'oailles

papa, dont vous aviez été mal jusqu'à recevoir Notre Seigneur, quoiqu'on ajoute que c'était par dévotion ; et quoique après tout cela on assure que vous vous portez mieux, je suis dans une extrême inquiétude et dans une très grande impatience de savoir de vos nouvelles... Mon fils entre dans ma chambre, il m'a vue la plume à la main et m'a demandé si c'était au roi que j'écrivais, je lui ai répondu que c'était à son grand-papa et à sa grand'maman et il m'a priée de leur donner de sa part un recado et un abrasso. J'en ai été si contente que je l'ai embrassé moimême... »

La dévotion subite dont le duc de Savoie venait de donner des marques et dont parle Marie- Louise était très réelle, ainsi que les rapports infiniment plus affectueux, qui existaient avec la duchesse sa femme et avec sa mère. Madame Royale en assura sa petite-fille, à laquelle cette nouvelle causa la plus vive satis-faction; elle lui répond :

« Je vis hier, dans une lettre, des nouvelles de mon père, qui me firent grand plaisir. C'est sur sa dévotion et sur la vie réglée qu'il mène présentement, voulant réparer le mal qu'il croit

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avoir fait dans sa jeunesse ; et cette lettre ajoute une chose qui ne m'est assurément pas indifférente, qui est qu'il vit à merveille avec vous; dites-m'en quelque chose, ma chère grand'maman, et croyez que personne ne peut prendre un intérêt plus vif à tout ce qui vous regarde, que moi, qui vous souhaite tous les bonheurs imaginables.

» La manière dont vous me mandez que ma sœur vous a écrit à mon sujet ne m'étonne point ; j'ai en elle une bonne amie et nous nous aimons tendrement. Nous pensons de même sur bien des choses et surtout dans les sentiments que nous avons toutes deux pour notre famille... »

Cette lettre nous montre quelle profonde tendresse existe toujours dans le cœur de la reine pour les siens, et quelle souffrance elle éprouve à ne pas oser leur parler avec l'abandon qui lui était si familier; mais elle doit user d'une prudence extrême afin de ne pas s'exposer au soupçon d'entretenir des intelligences secrètes avec eux. Son père lui-même ne manque jamais de lui en faire la recommandation.

Au moment où la reine éprouvait tant d'inquiétudes pour la santé de ses parents, les nou-

velles du théâtre de la guerre devenaient aussi mauvaises que possible. Le marquis de Yilladarias, général de Philippe, essuya un échec considérable à- Alminara ', le 27 juillet, et, sans le secours de la nuit, le roi serait peut-être tombé entre les mains des Impériaux. Après la perte de cette bataille, l'armée alliée trouvant la route libre, occupa les villes d'Huescar et de Balbastros, et son départ s'exécuta impunément à cinq lieues de Saragosse. Ces progrès rendirent très difficiles les communications des convois avec l'armée de Philippe. On était obligé de faire pourvoir aux besoins des troupes par Lerida, mais la rareté des vivres et des fourrages inquiétait toujours beaucoup, et il n'y avait d'autre remède que celui •de partir le plus promptement possible; ce mouvement était fort périlleux à exécuter sous les yeux mêmes de l'ennemi ; on tint différents conseils et aucune résolution ne se prenait. Madrid était plongée dans l'inquiétude et dans la tristesse, on n'envoyait ni lettres ni dépêches, et ce profond silence alarmait encore davantage. Le nombre des mécontents, augmentant chaque jour dans les royaumes d'Aragon et de Valence, venait encore

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