‹ Une Reine de douze ansChapitre 89 sur 115 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Prise de Girone. — Maladie de la reine. — Mort de Monseigneur. — La souveraineté de madame des Ursins.

— Prise de Castaléon. — Entrée à Madrid. — Les comédies espagnoles. — Les autos. — Mort de la Dauphine, du Dauphin et du duc de Bretagne. — Mort du duc de Yendôme. — Naissance de l'infant Pliilippe-Pierre-Gabriel .

— Suspension d'armes entre la France, l'Espagne et l'Angleterre. — Lettres de la Reine.

D'après les lettres de Pampelune du 16 janvier et celles du 21 de Saragosse, le roi avait tâché de sortir pour rencontrer la reine; laquelle était déjà à Nascara avec le prince des Asluries et avait pris la route de Tudela^ où le comte de Mérode s'était avancé avec cinq cents cavaliers pour servir d'escorte à Sa Majesté.

1. Ville d'Espagne sur FEbre à soixante ivilomètres sud de Tauipelune.

52i MARIE-LOUISE-GABRIELLE DE SAVOIE

11 février 1711.

« Le roi est arrivé à Calahorra et il y a rencontré la reine qui avait suspendu son voyage à cause d'un refroidissement survenu au prince des Asturies. Le prince allant mieux. Leurs Majestés continuèrent leur route et le 21 elles entrèrent à Saragosse. »

Noailles avait eu ordre comme le désiraient Philippe et le duc de Vendôme, d'aller rendre compte des affaires à Versailles ; il ranima les espérances et inspira des résolutions vigoureuses. On reconnut la vérité de ce qu'il assurait depuis longtemps, qu'un des meilleurs moyens de parvenir à la paix était de pousser vivement la guerre. Cette opinion du duc de Noailles détermina l'entreprise du siège de Girone et il retourna promptement en Roussillon pour mettre son plan à exécution. Quelques temps après, Marie -Louise apprit avec joie que Girone était pris. Ce succès venait consolider les espérances des Espagnols et Ton pouvait se flatter que la nouvelle campagne serait heureuse.

Cependant, le faible espoir qu'on avait d'obtenir la paix semblait s'affaiblir chaque jour davantage, Philippe étant tout à fait résolu à refuser de

signer les préliminaires draconiens que voulaient lui imposer les Hollandais et les Anglais.

Torcy écrivait à Vendôme le 23 février :

« Si les Anglais font quelque ouverture pour la paix, le roi d'Espagne doit être assuré que ce sera sur le fondement de le laisser maître de l'Espagne et des Indes ; car il déclare en toute occasion qu'il ne traitera que sur ce pied. » Tel était le parti qu'on était arrivé peu à peu à prendre après tant de variations dans les relations des deux Cours.

La Cour de France comprit enfin que le principal était d'avoir près du roi d'Espagne un ambassadeur énergique qui lui fît accepter la paix telle que Louis XIV était décidé à la signer.

« Le nonce qui accompagnait la reine dans son voyage nous dit que Leurs Majestés s'établirent sans nouvel incident à Saragosse même. La reine aurait continué sa route si elle n'avait pas été retenue par le soupçon d'une grossesse et par une petite indisposition avec de la fièvre. On apprit bientôt à Madrid que la reine était malade. Par la violence avec laquelle lui était revenue la maladie, les médecins déclarèrent que c'était une fièvre maligne; le 16 mars, l'accès fut encore plus violent et l'affliction du roi et de la Cour fut

•extrême. On faisait de continuelles prières pour implorer de la Dame des Miséricordes la guérison de Sa Majesté. Cependant, la nuit du 18 au 19, la reine reposa et se trouva soulagée par une abondante transpiration. Cette amélioration soutenait l'espérance et faisait croire que le mal commençait à céder et que bientôt Sa Majesté devrait aller à Logrono où le prince des Asturies et le roi l'auraient accompagnée; mais la maladie de la reine fut si grave que, le 17 avril, on proposa de lui donner le saint-viatique. Cette cérémonie fut suspendue après une conférence qui eut lieu entre les deux médecins des princes royaux, et <leux de Saragosse, Guillen et Sunoli, appelés pour aider les autres. Ils désapprouvèrent la méthode suivie jusqu'alors et ne désespérèrent pas du salut de la reine ; pour la préserver du délire que l'on craignait, ils lui firent couper les cheveux et appliquer du sang de pigeon ; ils ordonnèrent également d'autres remèdes par lesquels elle fut notablement soulagée; le mal alors commença à céder, à la grande joie du roi et de toute la Cour ; le 21, l'amélioration fut encore plus sensible et l'on assura que la reine était sauvée ^ »

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