Voir à l'appendice le texte même du traité
564 MARIE-LOUISE-fxABRIELLE DE SAVOIE
dit-elle à sa grand'mère, je commencerai celle-ci par vous faire mon compliment sur la nouvelle que nous avons reçue ce matin et que je crois qui sera arrivée plus tôt à Turin, de l'entière conclusion du traité de la Savoie avec l'Espagne. En voilà enfin la signature dans toutes les formes, après bien du temps et des difficultés qu'on n'aurait pas pu prévoir d'ici et qui m'ont assez impatientée comme vous pouvez aisément croire. Grâce à Dieu, le voilà fini, et je m'en réjouis de tout mon cœur avec vous... »
Avant même que les signatures des puissances intervenues dans le congrès d'Utrecht y eussent été apposées, Victor-Amédée écrivait de La Vénerie à la reine d'Espagne :
« Voilà, Dieu merci, ma chère fille, mon traité signé avec Sa Majesté Catholique. Je le reçus samedi passé, croyant que vous l'aurez aussi présentement reçu de votre côté ; vous jugez bien de la joie parfaite que je ressens que toute chose soit terminée et je viens la mêler avec la vôtre. Félicitons-nous de cet ouvrage qui fait la réunion pour toujours, non pas de nos cœurs qui n'ont jamais été séparés, mais de nos intérêts.
REINE d'eSPAGNE. 5Go
» Il est maintenant à souhaiter que la ratification ne soit pas retardée, car le moindre délai me serait de surcharge, ainsi que j'en écris à Mi lord Lexington. Je vous prie d'en vouloir bien presser l'expédition et les ordres nécessaires, au roi, pour la prise de possession et pour l'évacuation de la Sicile. Votre tendresse m'en assure et la mienne est au-delà des expressions.
» Votre père affectionné,
» victor-amédée. »
L'inquiétude de Victor-Amédée naissait d'un bruit assez répandu dans certains milieux diplomatiques. On prétendait que Philippe mettait pour condition à la cession du royaume de Sicile l'évacuation de la Catalogne occupée encore par les Alliés.
La reine répond à son père :
« Vous saurez, par ma mère, ce qui m'a empêchée de répondre plus tôt à la lettre que vous avez bien voulu m'écrire le 17 juin et que j'ai reçue par le retour d'un courrier espagnol. Je suis ravie que cette occasion m'ait attiré une de vos lettres, car je suis toujours d'une grande sensibilité à tout ce qui me vient de votre part. Milord Lexington a informé le roi de ce que vous
craignez des diificultés qu'on pourrait faire à Utrecht qui retarderaient la signature de votre traité avec nous, pour qu'on finisse de lever tous les obstacles qui pourraient se rencontrer.
» Vous avez déjà tant éprouvé, depuis cette négociation, la bonne volonté du roi, que je crois qu'il est inutile de vous la répéter ; mais dans cette occasion, je puis vous assurer que Tintention du roi n'a jamais été de mettre pour condition dans la cession du royaume de Sicile, Tévacuation de la Catalogne, et je lui ai toujours ouï dire qu'on vous en donnerait la possession après la signature de la paix et l'échange des ratifications, comme il se pratique toujours en pareille occasion ; ainsi, mon cher père, je n'ai rien du tout à faire pour vous, auprès du roi, comme vous vo^^ez. Sur ceci, Milord Lexington vous aura sans doute déjà donné la même réponse ; mais j'ai cru devoir vous la répéter, car je ne serai jamais négligente sur tout ce qui pourra vous toucher... »
Deux mois après cette lettre, Victor-Amédée fut proclamé roi de Sicile. Il s'embarqua le 30 octobre avec la duchesse, laissant à Turin son fils aîné, Charles-Emmanuel, comme régent, le jictit duc d'Aoste et Madame Royale. Ils ne
se doutaient pus que, pendant leur voyage, Tétat de Marie-Louise inspirait les plus vives alarmes.
Durant les interminables négociations qui se poursuivaient, la reine, avec son âme ardente, s'était passionnément occupée des intérêts de l'Espagne ; elle envoyait elle-même des avis et des directions aux plénipotentiaires espagnols et malgré sa pénible grossesse elle s'appliquait incessamment à poursuivre un résultat auquel elle attachait un si grand prix.
Une fois le traité signé, ses forces la trahirent et elle tomba dans un état de prostration vraiment inquiétant pour son entourage.
Le roi seul ne voulait pas voir le danger, et, tout en lui prodiguant les soins les plus assidus et les plus délicats, il attribuait à sa grossesse un dépérissement qui frappait tout le monde. Avant ses couches très prochaines, la reine put encore, en dépit de sa faiblesse et de la fatigue causée par son état, écrire à sa mère une fort longue lettre * ; mais sa santé, loin de s'améliorer, ne faisait que devenir de plus en plus précaire, et, il faut le dire, la façon dont on la soignait
1. Voir à rAppciulice ii" h cotte lettre doni l;i longueur inlei'i'om- ]Miiit Irop iiuti'e récit.
n'était pas propre à amener une guérison, car les médecins s'étaient tout à fait mépris sur la nature de la maladie. On attribuait à ses glandes et à des humeurs froides son amaigrissement et sa prostration ; c'était une erreur. Les sueurs qui l'accablaient et qu'elle croyait être causées par la chaleur, n'étaient qu'un S3anptôme très marqué de la phtisie qui la minait, et les médecins, imbus des fausses doctrines de cette époque, lui ordonnèrent une réclusion absolue au moment où le grand air lui était le plus nécessaire.
Lorsque arriva l'anniversaire de sa naissance, le 2:2 septembre, elle ne put pas même recevoir les félicitations de sa Cour. Madame des Ursins s'avança dans la galerie où se trouvait la foule des courtisans, et dit, en plaisantant, que Sa Majesté n'aimait pas qu'on lui rappelât sa vieillesse, ayant accompli, ce jour-là, ses vingt-cinq ans.
Enfin, le 23 septembre 1713, à quatre heures après minuit, la reine mit au monde un troisième Infant d'Espagne, qui reçut immédiatement l'eau sainte des mains de monseigneur le patriarche des Indes. On lui donna le nom de Ferdinand.
Après ses couches, la faiblesse de Marie-Louise augmenta encore. La fièvre dont elle se plaignait ne cédait pas, les progrès de sa cruelle maladie
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étaient effrayants. Philippe commençait à se douter du danger et se désolait ; en désespoir de cause, il fit venir de Turin les médecins qui connaissaient déjà Marie-Louise pour l'avoir soignée dès son enfance. La jeune reine, rassurée par leur présence, écrit encore de longues lettres à sa famille* :
3 décembre 1"13.
« Je vous fais mille remerciements, ma chère grand'mère, de la joie que vous me témoignez sur la naissance de mon dernier fils ; quoique les marques de votre amitié ne soient pas nouvelles, je n'y suis pas moins sensible. Je suis très contente de la manière dont vous me rnandez que mes frères se gouvernent, le grand dans les affaires et le petit à être discret.
» Tout ce que vous faites, ma chère grand'mère, est très bien fait, et vous ne sauriez croire ma joie, en voyant tout ce qui s'est passé entre vous et mon père. Le marquis de Monroux^ en a fait le détail à la princesse des Ursins et j'ai été prête