Voir Appendice n
2. Avant le départ de Victor-Amédée pour la Sicile, le marquis de Monroux avait été choisi comme ambassadeur particulier de Madame Royale.
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ù être aussi touchée que si j'avais été présente à ce qui se passa. Dieu soit loué de cette réunion et ne nous donne plus à l'avenir que des bonheurs ; c'est ce que je désire du meilleur de tout mon cœur.
» Vous me marquez, dans votre deuxième lettre, la peine où vous étiez sur ma fièvre. Vous aurez su depuis combien elle a duré, mais qu'enfin j'en suis quitte. Mes forces reviennent petit à petit, mais mon appétit ne vient point encore. A tout cela, il n'y a que de la patience à avoir.
» Mes enfants continuent à jouir d'une très bonne santé; je ne vous dis rien du roi, puisque je ne doute pas qu'il réponde lui-même à vos lettres. Ainsi je finis celle-ci en vous conjurant, ma chère grand'mère, de ne pas douter de mes sentiments et que je vous aime très tendrement... »
La reine à sa mère.
« ... Je suis bien fâchée que vous ayez trouvé en Sicile un vent si chaud qu'il incommode. Jusqu'à cette heure, j'avais entendu parler de ce pays-là comme étant fort beau ; mais il me semble que vous n'en parlez pas tout à fait de même.
» Je comprends aisément votre peine de n'avoir
point mes frères avec vous ; ma graud'mère m'écrit des merveilles de la manière dont ils se conduisent. Je viens, ma chère mère, d'écrire à mon père, et, comme la lettre que j'ai reçue de lui était en cérémonie, je lui réponds de même ; mais, après cette première lettre, je vous avoue que j'ai envie de le faire comme auparavant, trouvant que ces compliments ne s'accommodent guère avec l'amitié...
» Il ne faut pas oublier de vous dire combien mon fds a été charmé de votre lettre; lui et ses frères se portent grâce à Dieu, parfaitement bien; pour moi, tout ce que je puis vous dire c'est que mes jambes commencent un peu à se fortifier... »
Marie-Louise voulait-elle cacher son état à sa famille, ou bien se croyait-elle réellement mieux portante? Nous ne savons. Toujours est-il que sa faiblesse loin de diminuer, comme elle le dit, augmentait chaque jour; il n'était plus possible de se faire illusion, le dénouement fatal approchait. Un mariage consommé à treize ans, les terribles émotions par lesquelles son règne avait été signalé, furent les causes de la consomption dont la reine se mourait. Tous les traitements furent employés, jusqu'au lait de femme, mais inutile-
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ment. Terrassée par la maladie, condamnée sans appel, on voyait clairement que la vie de la reine ne se prolongerait pas au delà des premières semaines de l'année.
Les lettres de janvier 1714 annonçaient à Paris que sa maladie était désespérée; Louis XIV, fort inquiet, envoya son médecin le célèbre Helvétius, qui passait pour un des praticiens les plus renommés de l'époque et qui arriva à Madrid le M février. Il écrit le lendemain à M. de Torcy :
« Depuis que Votre Grandeur m'a donné ses ordres pour Madrid, je n'ai rien négligé pour m'y rendre en toute diligence. Je suis arrivé le neuvième jour, de bonne heure à Bayonne, mais la route d'Espagne quoique bien fournie de relais, était si mauvaise que je n'ai pu l'achever que le dix-septième jour.
» Ce fut hier, monseigneur, que M. Orry qui était venu dix lieues au-devant de moi, me mena chez Son Altesse madame la princesse des Ursins, laquelle me fit l'honneur de me présenter au roi. Sa Majesté me témoigna avec une extrême bonté combien elle ressentait l'obligation qu'elle avait au roi son grand-père, de m'avoir envoyé, et s'exprima avec une tendresse pleine de recon-
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naissance envers le roi. Ensuite Sa Majesté m'ayant fait entrer près de la reine pour examiner son état déplorable, MM. les médecins me firent le récit du commencement et du progrès de la maladie, et par tous les accidents, je jugeai d'abord que la reine pouvait être attaquée d'une hydropisie de poitrine. En efl'et, il y a tout lieu de croire qu'il s'y est déjà fait un épanchement d'eau, et cela par rapport aux symptômes qui accompagnent son oppression. Il ne serait pas même impossible qu'il y eût déjà quelque abcès dans le corps. De plus, en examinant le basventre, je reconnus qu'un des lobes du foie était dur et douloureux. J'en fis convenir les médecins ordinaires qui n'avaient pas encore fait cette découverte « par respect, dirent-ils, pour la personne de la reine ».
» Sur cela, monseigneur, et après avoir conféré avec eux, je leur proposai de faire user à la reine d'une infusion d'herbes vulnéraires de Suisse, chargée d'un peu de sel de soufre, et comme la reine depuis quelques jours, est dans l'usage de l'opium, qu'on est indispensablement obligé de réitérer deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures, en vue de calmer la violence des oppressions et de lui procurer un peu de sommeil, j'ai
été d'avis qu'on ajoutât à chaque prise un peo de teinture de mars tartarisée, afin de provoquer les urines, à quoi MM. les médecins ordinaires n'ont opposé aucune difficulté.
» Par rapport aux obstructions du foie que nous avons reconnues, nous allons faire la guerre à l'œil, et je puis protester à Votre Grandeur, que je n'aurai d'autre soin que celui d'employer mon temps en réflexions sur les moyens de prolonger les jours de la reine, car il ne faut pas moins qu'un miracle pour la guérir. C'est avec une extrême douleur, monseigneur, que je suis obligé de vous parler ainsi. J'ose supplier très humblement Votre Grandeur, de vouloir bien rendre compte au roi de mes sentiments ^
» HELVÉÏIUS. »
La reine ne se doutait pas du danger imminent qui la menaçait, et le roi se refusait à le lui apprendre; cependant, à propos de la fête de la Purification, il lui proposa de communier avec lui, et de demander à Dieu le rétablissement de sa santé; il avait dans cette intention fixé de se confesser la nuit suivante, et il serait bien aise qu'elle en fit autant de son côté.