Alîaires étransrères
REINE d'eSPAGNE. 579
lèrent à Madrid à ce moment-là. On a prétendu ■que le roi montra dans cette occasion une grande sécheresse de cœur. Helvétius affirme nettement le contraire en parlant du désespoir de Philippe dont le caractère froid et concentré ne se laissait point aller en public à des expansions chaleureuses, ce qui ne l'empêchait i.)as de sentir vivement.
Quant à madame des Ursins, elle ne s'attardait pas à pleurer les morts ; aussitôt que la reine eut expiré, elle s'empara du roi et des infants et les conduisit au palais du duc de Médina Cœli, le roi ne voulant pas rester au Palais Royal ; puis elle écrivit à M. de Torcy une lettre qui est un chef-d'œuvre de sécheresse. Elle lui annonce en trois lignes la mort de la reine, en lui disant que son juste chagrin l'empêche d'écrire au roi de France, pour lui faire son compliment sur la mort de cette grande princesse ; elle ajoute qu'elle fait de son mieux pour que le roi d'Espagne ne s'abandonne pas à sa vive douleur ; elle y prend peine en effet, car, dès le jour même, elle le décide à aller à la chasse.
Madame écrit de Paris : « Il y a une chose qui m'étonne, c'est que la princesse des Ursins a persuadé au roi d'aller au tiré immédiatement
après que la reine eut rendu l'âme; une heure après, la princesse jouait au papillon, et quand" le roi revint de la chasse, elle fit une partie d'échecs avec lui. »
Le souvenir de la reine Marie-Louise demeura vivant en Espagne. Le peuple l'avait vue calme et courageuse au milieu des dangers , généreuse, affable et bonne; simple dans ses habitudes et devenue Espagnole de cœur et d'âme ! « Cette reine, dit Saint-Simon, n'avait cessé de s'attacher les Espagnols par le solide et par le charme de ses manières qui l'avaient pour ainsi dire fait adorer. Ce peuple fit plus ; il garda d'elle un long souvenir, et bien des années après l'avoir perdue, quand il voyait passer dans les rues de Madrid Elisabeth Farnèse, qui l'avait si mal remplacée, il criait, comme si elle eût pu l'entendre : Viva la Saboijana!