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LA FO^DATIO^' DE L EMPIRE COLONIAL /O

lion générale, on sut trouver place pour glisser des accommodements. A titre exceptionnel, Venise sollicitait et obtenait des papes des licences temporaires de trafiquer avec FEgypte. Dès 1344, Clément VI autorisait, pour une période de cinq ans, l'envoi à Alexandrie d'un certain nombre de navires vénitiens et, à force d'argent et de bonnes paroles, plus d'une fois la République se fit accorder le renouvellement de ce privilège. De fréquentes ambassades consolidaient d'autre part sa position au Caire, et, au milieu du xiv® siècle, trois traités successivement conclus renouvelaient tous les pri- vilèges concédés aux Vénitiens.

Les routes de l'Asie. Marco Polo. — Toutefois, le trafic direct avec les infidèles trouvait dans ces prohibitions de sérieux obstacles : il suffira de rappeler que, pendant plus de vingt ans, de 1323 à 1344, la République ne put envoyer en Egypte un seul navire de commerce. On conçoit donc qu'en présence de ces difficultés, Venise ait cherché à s'ouvrir par d'autres routes l'accès des grands marchés de l'Asie centrale et de l'Extrême-Orient.

Un grand événement avait, dans la première moitié du xin^ siècle, bouleversé le monde asiatique. C'était l'invasion mongole. Le khalifat de Bagdad était tombé sous les coups de ces nouveaux venus; la Perse avait été conquise; un Etat tartare s'était fondé jusque dans la Russie du Sud, autour des villes de Saraï et de Bolgar, sur le Volga : c'était le khanat de Kiptchak ou de la Horde-d'Or; et l'empire des grands khans, couvrant toute l'Asie et l'Orient de l'Europe, allait de Pékin et de Karakoroum, sur le lac Baïkal, jus-

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qu'à la Syrie et au Dniester. Or, les Mongols apparaissaient comme les ennemis de l'Islam; ils ne semblaient point hostiles au christianisme. On se ilatta sérieusement, dans l'Occident du xiiT siècle, ■de l'espoir de les convertir. Sans doute, les missionnaires qu'on leur envoya obtinrent peu de succès dans l'ordre des choses spirituelles; mais, par les relations qui se nouèrent ainsi avec eux, •des routes nouvelles s'ouvrirent vers l'Asie. De tous les points du littoral, par les ports tle la petite Arménie, par Trébizonde, par les entrepôts <le la Mer Noire, on monta à l'assaut de cet immense pays, encore presque inconnu; religieux, voyageurs, trafiquants explorèrent à l'envi et révélèrent à l'Occident Tauris et la Perse, l'Asie centrale, l'Inde, la Chine ; et, à travers l'empire mongol, une route s'ouvrit, plus facile, pour apporter aux ports de la Méditerranée les marchandises précieuses, les pierreries, les épices, que la cherté des droits et les prohibitions de la papauté ren- <laient si malaisé de chercher en Egypte.

Les Vénitiens ne furent pas les derniers à profiter de ces découvertes. Avec un courage, une ténacité, un esprit d'initiative admirables, hardiment ils se lancèrent sur ces chemins tout nouveaux. C'est un marchand de Venise, Marco Polo, qui a eu la gloire d'être le premier Européen à pénétrer en Chine, et son Livre des Merveilles, où il a conté les vingt-quatre années du voyage (1271-1295) qu'il fit à travers toute l'Asie a, pour l'histoire du commerce vénitien, une importance sans égale. Avec un soin attentif, un esprit d'observation aij(['iel nul détail n'échappe, Marco Polo a consigné dans son long récit tout ce qui pouvait

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servir à la connaissance ethnotrraphique et économique des pays qu'il avait parcourus. De& rivages de l'Asie Mineure au fond de la Chine, delà Mongolie et du Japon au Siam et à la Cochinchine, à Sumatra et à Ceylan, dans l'Inde et dansla Perse, partout, en digne fiis de la nation de commerçants dont il était originaire, Marco Polo a noté les produits du sol et de l'industrie, les conditions du trafic, les centres du commerce, les routes à suivre ; et son récit véridique oîi, comme il le déclarait à son lit de mort, « il n'avait pas dit la moitié de ce qu'il avait vu en réalité >), devait entraîner à sa suite, sur les chemins de cette Asie accueillante et riche, une foule d'imitateurs. Il est certain que les descriptions de .Marco Polo, la fortune immense qu'il avait rapportée (ne l'appelait-on pas à Venise Marco Polo Milioni) firent dans le monde des affaires une grande impression. Ecrit en français, son livre fut vite traduit en latin et en italien, et la route qu'il avait ouverte ne se ferma plus désormais. Au xiv'= siècle, les marchands de Venise faisaient volontiers le voyage du Cathay; des ambassades vénitiennes allaient conclure en Perso des traités de commerce; la Ré[)ublique entretiendra plus tard de bonnes relations avec Tamerlan. Et de cette magnifique expansion le commerce de Venise tirera des prolits prodigieux.

Mais surtout, comme le doge Henri Dandolo, Marco Polo nous otîre un bel exemple de l'esprit et du caractère vénitiens. Il ne fallait pas un médiocre courage pour se lancer, comme il le fit, presque à l'aventure à travers un immense pays inconnu; Marco Polo apporta dans cette entre-

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prise périlleuse toutes les qualités éminentes de sa race. Intelligent et brave, adroit et prudent aussi, joignant à un esprit pratique très délié un sens aigu de l'observation, aussi curieux de toutes les nouveautés qu'il rencontrait que soucieux des -intérêts de son commerce, tout ensemble pieux et tolérant, réservé et sobre de paroles, ce Vénitien qui, pendant dix-sept ans, sut, par- son activité et -son dévouement, mériter et garder la confiance 'du grand khan Koubilaï, est tout à fait représentatif de sa race et de son pays. Merveilleusement apte à s'adapter aux mœurs des régions qu'il traversait, infatigable à en noter les aspects, les coutumes, les avantages surtout qu'elles offraient, voyant toujours juste et clair, et en quelque lieu que le menât la destinée, n'oubliant jamais les intérêts de sa lointaine patrie, Marco Polo, comme Dandolo, est une des gloires de l'histoire de Venise. Le fier patricien et le modeste marchand, le grand politique et le hardi voyageur se rejoignent en un égal amour de leur pays, en un même et admirable souci de travailler, par des moyens divers, à une tâche commune, « le profit et l'honneur de la République ».

La prospérité commerciale de Venise à la fin .dii XIV' et au commencement du XV^ siècle. —

Dans une lettre de Pétrarque, qui était en 1362 venu s'établir à Venise, il est question de ces vaisseaux qui mettent à la voile pour tous les points du monde, de cet amour de l'or qui entraîne les Vénitiens au delà des mers, de cet esprit d'aventure qui fait « que les vins d'Italie pétillent dans •les verres des Bretons, et que le miel de Venise

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