CHAPITRE I
La puine de l'empire colonial.
Venise et les Turcs.
L'entrée en scène des Turcs. — La politique orientale de Venise dans la première moitié du xv^ siècle. — La prise de Constantinople. — Venise et Mahomet IL — L'oflensive ottomane. La perte de Négrepont. — L'acquisition de Chypre. — Le commerce d'Egypte. — La perte de la Morée.
Malgré la splendeur merveilleuse dont se parait la Venise du xv' siècle, des germes de décadence avaient, dès ce moment, pénétré l'organisme longtemps robuste delà cité de saint Marc, et l'observateur attentif ne pouvait méconnaître tout ce qui menaçait la richesse et la puissance de la ville. C'était d'une part l'entrée en scène des Turcs, adversaires redoutables, dont l'irréductible intransigeance ne laissait guère place aux accommodements, dont les progrès foudroyants annonçaient la ruine
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prochaine de l'empire vénitien en Orient et compromettaient gravement les intérêts économiques de la République. C'était d'autre part, et presque en mèine temps, l'ouverture de nouvelles routes de commerce, qui, en diminuant l'importance du marché niéditerranéen, diminuait pareillement l'importance de Venise et atteignait les sources mêmes de sa prospérité. Et sans doute l'effet de ces germes de mort ne se fera point sentir immédiatement; la ruine ne sera ni subite ni totale. Bien plus, durant tout le cours du xvi* siècle, Venise apparaît, plus que jamais, splendide et glorieuse, et, à voir l'éclat de la civilisation dont elle s'illumine, il semble que jamais elle n'ait été plus prospère. Il ne faut point se laisser prendre à l'illusion de ces apparences magnifiques. Assurément, pour bien des années encore, Venise conservera dans la Méditerrannée une place considérable et y jouera un rôle important; assurément, durant bien des années encore, elle apportera, à lutter contre les Turcs, une belle et Hère ténacité. Il n'en est pas moins vrai — et on ne saurait trop insister là-dessus — qu'avec le xvi' siècle la décadence commence pour Venise, et que le temps de sa grandeur politique est passé.
L'entrée en scène des Turcs. — Depuis la fin du XIV' siècle, Venise était toute-puissante en Orient. Gènes, troublée par ses révolutions intérieures, s'effaçait dans le Levant devant sa puissante rivale. L'empire grec aux abois, territorialement diminué, financièrement presque insolvable, était contraint de subir toutes les exigences de la République. Mais une puissance nouvelle naissait,