LA RUINE DE L EMPIRE COLOMAL
le commerce vénitien une source incessante de difficultés et de conflits. Mais le marché était si avantageux malgré tout, les bénéfices qu'on en tirait si considérables, que, pour le conserver, les Vénitiens supportaient toutes les humiliations et tous les ennuis.
L'Occident ne pouvait plus se passer des épices, et l'Egypte était le seul pays accessible au commerce occidental par où elles pouvaient arriver à la Méditerranée. Cette considération primait tout le reste ; l'àpreté des Vénitiens à conserver le premier rang qu'ils occupaient à Alexandrie les rendait insensibles aux mépris, aux afl'ronts. Leurs biens, leur vie étaient exposés sans cesse : rien n'était capable de leur faire lâcher prise.
La perte de la Morée. — Tous ces efforts pourtant devaient être inutiles. Chaque jour la République connaissait de nouveaux désastres.
Avec le sultan Bajazet II, successeur de Mahomet II, les rapports avaient d'abord été assez faciles. Mais en 1492 les difficultés commencèrent. Le sultan prit ombrage des dépêches chifl"rées que le baile de Constantinople envoyait à son gouvernement et lui fit signifier de quitter le pays dans les trois jours. De la rupture des relations diplomatiques la guerre ouverte bientôt résulta. Les marchands vénitiens furent arrêtés à Constantinople (1499); les Bosniaques entrèrent en Dalmatie et parurent jusque devant Zara. « II fut clair, comme le dit un document officiel, que les Turcs se montraient ouvertement ennemis de Venise. »
Les deux flottes se rencontrèrenl dans les eaux de Navarin. C'était, depuis 1416, le premier enga-
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gement sérieux où elles s'affrontaient. La bataille pourtant demeura indécise : mais bientôt la fortune tourna contre lesYénitiens. Lépante tomba; Modon, attaquée par le sultan en personne (juin 1499), fit d'abord une belle résistance; après quelques semaines pourtant elle fut emportée par surprise, et ici encore les Turcs massacrèrent effroyablement. Peu après, Coron succombait à son tour. C'était pour Venise un coup sinirulièrement grave: les deux citadelles moré.otes, étaient, selon l'expression d'un contemporain, « le nid dans lequel se réfugiaient autrefois tous lés navires qui faisaient voile vers le Levant. » Le Conseil des Dix décréta qu'il fallait, pour les sauver ou les reprendre, tenter tout ce qui serait possible, sentant bien qu'il y allait pour Venise de la conservation ou de la perte de sa prépondérannce maritime. La République pourtant dut y renoncer. La paix de 1503 l'obligea à abandonner les deux forteresses, et, par surcroît, l'île de Sainte-^Iaure : Venise ne gardait plus en Morée que Nauplie, Patras et Monemvasie.
Ce ne devait pas être pour longtemps. Moins de quarante ans après, en 1537, la guerre recommençait avec le sultan Soliman. Corfou était attaquée; la citadelle de Klissa, en Dalmatie, tombait aux mains des Turcs; dans TArchipel. Syra. Stampalia, Patmos, Naxos, étaient conquises par Khaïreddin; Egine était saccagée par les musulmans; Andros était prise, Nauplie et Monemvasie assiégées, la Crète même menacée. La paix de 1540 obligea la République à abandonner les îles, Nauplie, Monemvasie, tout ce qu'elle possédait encore en Morée, et à payer au sultan une indemnité de guerre de trois cent mille ducats. Naxos et Andros devenaient