‹ Une république patricienne, VeniseChapitre 5 sur 37 · LES ORIGINES DE VEMSE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE VEMSE

arrivèrent, semant sur leurs pas la panique, qu'accroissaient de terrifiantes prophéties, de nouveau les habitants des villes se réfLigièrent dans la lagune et, cette fois, ils n'en sortirent plus. Pour les y fixer plus fortement, les évêques transportèrent dans les îles les reliques vénérées et les trésors de leurs églises, et, de cet exode lamentable, une vie nouvelle naquit.

Grado, dans le delta de l'Isonzo, recueillit les fugitifs d'Aquilée et devint une grande ville dont l'évêque, qui eut le titre de patriarche, fut le chet spirituel de la nouvelle Vénélie. Dans l'estuaire de la Livenza, Caorle naquit pour recevoir les émigrants et l'évêque de Concordia. Près de la Piave, Héracliana et Equilium (lesolo aujourd'hui) abritèrent la population et l'évêque d'Opitergium, et Héracliana fut, au vu^ siècle, la première capitale politique de la région. Les gens d'Altinum se réfugièrent dans les îles septentrionales de la lagune vénitienne, à Torcello, qui eut un évoque, à Burano, à Murano, à Mazzorbo ; ceux de Monselice et de Padoue s'établirent un peu plus au Sud, à Malamocco, qui fut le siège d'un évéché, et à Chioggia. Par une curieuse rencontre, le groupe d'îlots où plus tard grandira Venise fut le plus faiblement occupé : Rialto, Olivolo, Spinalunga (l'actuelle Giudecca), Dorsoduro, îles basses et de faible étendue, ne reçurent que quelques pêcheurs. Dans la primitive Vénélie, celle du vi* et du vu" siècle, le centre religieux fut Grado, le centre politique Héracliana, le centre commercial Torcello.

La vie dans la lagune. — Ce que fut la rude existence de ces premiers habitants de la lagune,

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il est assez aisé de l'imaginer. Pour vivre dans ces marécages, il fallut créer en quelque façon la terre même sur laquelle on allait vivre: il fallut consolider le sol, en comblant les espaces mal asséchés; il fallut protéger la terre conquise par des digues faites de claies et d'osier; il fallut ouvrir des écoulements aux eaux, creuser des canaux, ménager des abris aux barques; il fallut trouver de quoi vivre aussi. Le bois heureusement ne manquait pas sur cette côte, alors couverte de grandes forêts de pins maritimes : la pêche et la chasse aux oiseaux d'eau assuraient la subsistance; les salines étaient une source de richesse future. Sur le sol humide et fertile, on planta des jardins et des vignes ; pour assainir et canaliser la lagune, on profita du flux et du reflux. L'eau potable manquait : on y remédia en construisant des citernes. Mais, surtout, toutes ces villes neuves comprirent de bonne heure que leur avenir était sur la mer.

Dans sa tragédie de la Nave. Gabriele d'Annunzio a fait revivre, avec une intensité de vision admirable, l'étrange et farouche existence de ces cités naissantes, où il semblait, com-me dit le poète, que l'on fût revenu « à l'aube des temps », et il a mis en relief, en un merveilleux symbole, ce qui fera la grandeur future de Venise, « de la cité bâtie dans les lieux déserts, sans murs, sans portes, sans tombeaux, mais dont la force et les fondements sont sur la mer ». Un curieux témoignage du commencement du vi*^ siècle, le plus ancien qui illustre l'histoire de Venise, complète ce poétique tableau par la réalité précise des faits. Dans une lettre adressée aux « tribuns des gens de mer qui administrent les Vénéties », Cassiodore, alors ministre

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