L'ORAISON
Oportet sine intermistiime orare.
n faut prier sans relâche.
(Luc, XVIII.)
Mes Sœurs,commentrhomme, pauvre créature, ver de terre imperceptible, relégué dans un coin de la création, et cependant si grand, parce que Dieu Ta choisi pour être son image et a daigné lui inspirer son amour, comment Thomme pourrat-il entrer en rapport avec cet iniini qui est Dieu? Comment pourra-t-il franchir l'abîme qui le sépare de son créateur? Il le peut par la prière. Laprière est comme un pont qui rejoint le fini à Tinfini. Dieu vient le premier au-devant de sa créature ; il descend, pour ainsi dire, mais i] faut aussi que Thomme monte et réponde aux avances divines. Comme Tamour prévenant et la miséricorde sont la descente de Dieu^ suivant Timage employée par Isaï« : a Utinam dirumperes cœlos et descen^
310 UNE RETRAITE AU CÀRMEL. — CINQUIÈBffE JOUR.
deresl 0 Dieu, brisez la voûte des cieux et descendez I » ainsi la prière est Tascension de rhomme (1). Elle est le moyen nécessaire, universel, imposé à tous, toujours, pour monter vers Celui qui nous attire sans cesse, qui est notre fin dernière et notre béatitude.
Que de fois l'Esprit-Saint nous a instruits de la nécessité absolue de la prière pour le salut! « Sans moi, nous dit Notre-Seigneur, vous ne pouvez rien faire. Il faut prier sans cesse et ne pointse lasser (2). » Sans doute les dons de Dieu nous préviennent souvent, et il n'a pas attendu notre première prière pour nous combler de biens ; cependant il n'a rien promis qu'à la prière. « Demandezeton vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira (3). Quiconque demande reçoit, quiconque cherche trouve, à celui qui frappe la porte est ouverte. î Ne demander point, ne chercher point, ne point frapper, c'est donc s'exposer à ne rien avoir, à ne rien trouver, dans l'ordre du salut, c'est donc fermer la porte ; et ainsi, pour quiconque songe à sauver son âme, la prière est le premier, le plus indispensable des devoirs.
Aussi ne faut-il pas nousétonner que, dèsl'ori-
(1) Ascensiones in corde suo disposuit. (Psalm.)
(2) Lnc, xvni, 1.
(3) Matih.,vix, 7.
l'oraison. 3 h
gîne, l'Eglise ait fait de la prière plus qu'uAe obligation privée, qu^elle Tait érigée en fonction publique, en ministère. Lesapôtres, dès le début de leur prédication, y voient une de leurs missions principales ; cette mission passe avant les œuvres de charité. Ilâ instituent les diacres pour servir les pauvres, mais nous^ disent-ils, « nous nous appliquerons àla prière, orationi instantes erimus (i)y>. Et depuis, TEglise, toujours fidèle à Tesprit de son fondateur et de ses premiers pères, n'a cessé d'encourager, de bénir les associations de prières ; elle s'est souvenue de laparole du divin Maître : « Là où deux ou trois d'entre vous sontréunis en monnom pour prier, je suisau milieu d'eux, et quelque chose qu'ils s'accordent à demander , ils l'obtiendront » (2).
Les sociétés vouées à la prière sont, avant tout, les ordres contemplatifs. Au premier rang se trouve le Carmel, et la prière y est une fonction si essentielle, que nulle n'y entre si elle n'est ou ne veut être une âme d'oraison. Ainsi pour vous, mes Sœurs, la prière n'est pas seulement votre besoin, votre devoir, comme elle est celui de tous les fidèles^ de tous les hommes^ elle est encore, elle est surtout votre raison d'être : vaquer à
(1) Act, VI, 4.
(2) Matth.» xvill, 19» 20.
Foraison, c'est votre fonction dans TEglise, c'est votre ministère dans la maison de Dieu, ce sera le titre principal de votre gloire dans le ciel.
Tout entières àDieuseul, quand vous franchissez lé seuil du Carmel, vous dites avec l'épouse du Cantique :
« Je viens m' asseoir à l'ombre de Celui que j'ai désiré, et son fruit sera doux à ma bouche. Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui. •» Vous dites avecle roi-prophète : « Je me suis souvenue de Dieu et j'ai tressailli d'allégresse ».
Votre vocation à la prière continuelle, votre désir d'y correspondre sont deux choses hors de doute. En fait, comment y répondez-vous? Quels sont, dans cette sublime et douce carrière, vos obstacles, vos difficultés ? C'est à ces questions toutes pratiques que nous allons répondre.
Vous n'avez pas oublié, mes Sœurs, comment votre séraphique Mère définit l'oraison.
« L'oraison n'est qu'un intime commerce d'amitié, oti l'âme s'entretient seule à seule avec Dieu, et ne se lasse pas d'exprimer son amour
l'oraison. 313
à Celui dont elle sait qu'elle est aimée » (1).
Oui, un commerce intime : c'est un enfant avec sonpère, une épouse avec son époux, un ami avec son ami, une créature aimée, créée par amour, avec le créateur souverainement, uniquement aimé.
Oui, un commerce intime, oti l'on ne se lasse pas d'exprimer son amour à Celui qui nous a aimés le premier, qui nous a aimés éternellement ; qui, après nous avoir créés, nous a'rachetés par son sang, c'est- à-dire que, nous ayant aimés innocents, il nous aime encore coupables et promet tout au repentir, au point de nous vouloir éternellement heureux avec lui dans le ciel.
Dans ce commerce intime, l'âme demande à son Dieu, avec une confiance qui croît sans cesse avec les progrès de l'amour, toutes les choses dont elle a besoin pour le servir, pour l'aimer mieux, pour accomplir plus parfaitement sa volonté.
Tous les saints exaltent, comme sainte Thérèse, Texcellence de l'oraison.
« Elle est, dit saintVincentde Paul, l'âme de nos âmes, c'est-à-dire que ce que l'âme est au corps^ l'oraison l'est à l'âme. Or Tâme donne la vie au corps et le fait mouvoir, parler, agir en toutes choses. D
(1) Vie, p. 98.
L'oraîson est notre lumière sur le» deux points qu'il nous est essentiel de connaître, et que saint Augustin résume dans cette prière, aussi courte que substantielle : « Noverim me^ noverim te : Que je me connaisse et que je vous connaisse, 6 mon Dieu >, faites-moi cette grâce !
Elle est notre force, en suggérant sans cesse à notre âme Jes vérités de la foi qui doivent la faire agir.
Elle est suFtout le grand foyer, la source de l'amour, a: Celui qui néglige l'oraison, dit saint Alphonse de Liguori , cessera d'aimer Jésus- Christ; Toraisonest une fournaise où s'enflamme et se conserve le feu du divin amour. »
Elle est si nécessaire aux religieuses, que saint Philippe de Néri disait : « Une religieuse sans oraison est une religieuse sans raison ^,
Saint Liguori dit, dans le même sens : « Il est moralement impossible que la religieuse qui n'aime pas l'oraison soit une bonne religieuse ».
Saint François de Sales écrit, de son côté, à une religieuse (1) :
« Dieu sait quels sont les monastères es quels ce saint exercice n'est point pratiqué. Dieu sait quelle obéissance, quelle pauvreté et quelle chasteté y est observée, devant les yeux de la divine
(1) Lett., 18 avril 1614.
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Providence, et si les assemblées de ces filles ne sont pas plutôt des compagnies de prisonnières que de vraies amoureuses de Jésus-Christ.» Mais c'est surtout sainte Thérèse qu'il faut entendre. D'une part elle promet, avec assurance, le salut à toute âme d'oraison : « Dès qu'une âme persévère dans Toraison, dit-elle, quels que soient les péchés que le démon lui fasse commettre, je tiens pour certain que le Seigneur finira par la conduire au port du salut. Celui qui ne s'arrête pas dans le chemin de l'oraison, arrive toujours, tôt ou tard ». Tout au contraire, « lésâmes qui abandonnent cette pratique de piété n'ont pas besoin du démon pour les traîner en enfer, elles s'y précipitent d'elles-mêmes ï).
N'insistons pas davantage sur une vérité si claire: les avantages, la nécessité de l'oraison, par une âme religieuse. Ce qui nous sera particulièrement utile, c'est d^en bien connaître les difficultés, pour apprendre à en triompher.
Sainte Thérèse, qui s'étend avec tant de complaisance, et revient si souvent sur le bonheur, conmie sur Texcellence de l'oraison, n'en a pas
moins connu et décrit toutes les difficultés. Elle nous a donné un tableau très exact des obstacles que l'oraison rencontre dans l'âme qui veut s'y livrer, et de la lutte nécessaire par où il lui faut presque toujours passer.
La première difficulté est celle de se recueillir et de faire, en son âme, cette sorte de silence que demande l'oraison.
Ce n'est pas sans résistance, en effet, que notre pauvre esprit parvient à se fixer sur les pensées spirituelles, particulièrement celles dont Dieu est l'unique objet. Les divagations capricieuses de l'imagination, les importunités de la mémoire, les préoccupations des affaires ou des choses qu'il faut laisser pour se livrer à l'oraison, les infirmités de notre âme et celles de notre corps, enfin, les tentations du démon, plus acharné contre la prière que contre toutes les autres grâces, parce que la prière est son plus grand, son plus victorieux ennemi : voilà un court résumé des diverses causes qui se réunissent pour empêcher Tâme de trouver ce recueillement qui est la condition nécessaire de l'oraison. Sainte Thérèse nous a laissé une peinture, aussi naïve qu'éloquente, des obstacles qu'elle eut à vaincre pour s'établir enfin dans la vie contemplative. « Le plus rude labeur, nous dit-elle, se rencontre dans les commencements. Très souvent, hélas ! et pen-
l'oraison 317
dant des années entières, je me préocciÇ>ais moins d'utiles et saintes réflexions, que du désir d'entendre Thorloge m' annoncer la fin de Theut^ consacrée à la prière. Bien des fois, je Tavoue, j'aurais préféré la plus rude pénitence au tourment de me recueillir pour l'oraison ; pour me vaincre, j'avais besoin detouimon courage, qui, dit-on, n'est pas petit (1). » •
Si la difficulté de se recueillir rebute les 4ines lâches, elles ne sont pas moins découragées parfois par la sécheresse qu'elles rencontrent, dans leur commerce avec Dieu. On a lu la Vie des Saints; on a entendu parler, avec force et conviction, des joies de la prière; on se persuade que Dieu nous doit, pour ainsi dire, cette récompen3e, en échange des eff'orts, quelquefois prolongés, que nous avons faits pour nous unir àLui. « Lorsque je m'étais vaincue, dit sainte Thérèse, je goûtais plus de paix et de délices qu'à certains jours où l'attrait m'avait conduite à l'entretien céleste (2). » Mais pour nous le ciel est d'airain et la terre est sans eau ; nous frappons le rocher sans relâche , et rien ne jaillit ! A quoi bon lutter sans profit? Pourquoi nous épuiser, sans que jamais aucune onction intérieure vienne nous
(1) Vie, p. 101.
(2) Ihid.
ils UNE RETRAITE AU CARltfEL. — CINQUIÈME JOUR.
avi^r que Dieu nous a entendues, et nous don- .Jier des forces pour de nouveaux combats? - *^ C'est là une des grandes épreuves de Fàme, "^ mais je dirai aussi la plus connue, la plus sou- . vent décrite et explorée dans tous les sens par les maîtres de la vie spirituelle. Ecoutez un résumé de leurs réponses.
JLsL perfection del'oraison, ou plutôt roraison elle-fliéme, ne consiste pas dans les affections du cœur, dans le sentiment qui fait couler des larmes* Elle consiste tout entière dans Fénergie de la volonté ; l'oraison laplus parfaite sera toujours celle qui se manifestera par le plus grand courage à se vaincre soi-même et à s'appliquer, coûte que coûte, à l^accomplissement de la volonté divine. « Sachez, dit saint Jean de la Croix, que Tamour ne consiste pas à sentir de grandes choses, mais à se renoncer soi-même et à souffrir généreusement pour Dieu. y> Ainsi les sécheresses dans l'oraison ne sont point un mal. Loin de U, elles exercent le soldai de Jésus-Christ, en lui donnant un moyen très efficace de lui prouver son amour par la persévérance. Dieu souvent les envoie de préférence aux âmes généreuses, pour les faire grandir. En les sevrant de ces consolations spirituelles qui flattent la partie sensible de l'âme, et peuvent quelquefois servir de prétexte et de pâture à i 'amour-propre, le dWmîlLato^lft^ mat ^ur
l'oraison. 3[r9*
t- ♦ la voie des vertus solides, à l'abri de toute illuHon^
et en laissant les puissances mobiles de leur esprit^;'» imagination, mémoire, sensibilité, les tourmenter par leurs capricieuses importunités, il afTermit, de plus en plus, la partie supérieure de leur âme, où réside la volonté, dans une union toujours plus étroite au principe de la vie.
Quelquefois ce n'est pas seulement l'aridité cfe laprière qui désole les pauvres âmes, ce sont*les tentations, et même les plus grossières, qui les assaillent et que rien, ce semble, ne peut mettre en fuite. Cependant cette âme, si étrangement secouée, s'est fixée dans son amour; bien plus, elle s'y enracine tous les jours davantage : semblable à un rocher battu des flots que la mer agitée semble quelquefois submerger sous son écume, mais qui la brave sans cesse, et dont chaque tempête fait ressortirdavantagelavictorieuse immobilité. Sans doute un tel état, que Dieu peut faire durer longtemps, est rude àla nature, il semble incompatible avec cette joie spirituelle dont parle si souvent Tapôtre, dont il fait même un commandement (1), et qu'il promet en récompense, dès ce monde, à toute âme fidèle. Il n'en est rien cependant. L'âme qui passe par ces épreuves trouve, dans sa partie
(1) Gaudete in Domino semper, Itemm dico, gandete. (^PhlL^ IV, 4.)
.'ér
supérieure , une paix secrète qui vient de l'adhésion constante à la volonté divine, et que le péché seul pourrait détruire. Que Tâme donc ne s'étonne point, ne s'afflige point, outre mesure ! Qu'elle se rappelle ces sages paroles de Bossuet :
« Ne vous étonnez point des sécheresses, on dit que les années sèches, dans ces pays, sont ordinairement les meilleures. Il en est de même dan» la culture spirituelle, les sécheresses ne sont très souvent qu'une concentration dans l'intérieur des dons sensibles de Dieu. Abandonnez-vous à sa volonté, n'ayant point de désirs empressés pour le retour des grâces sensibles. Vivez de foi et d^espérance (1). »
Un des prétextes les plus spécieux de découragement dans la voie de l'oraison (car il y en a mille, et le démon en suggère tous les jours de nouveaux), c'est celui-ci : je ne retire aucun fruit de mon oraison, je ne fais aucun progrès, j'y donne tout le temps que j'y puis donner, et cependant je n'avance pas, mes prièresne sont pas exaucées, je ne triomphe d'aucun de mes défauts, je n'obtiens aucune des grâces dontj ai besoin.
Que de fois de pareilles pensées viennent alimenter en nous les défaillances et les lassitudes delà vertu, et servir de prétexte spécieux à Tou-
(i) Lett. spint, 107.
l'oraison. 321
bli de cette parole si formelle du Seigneur : « Il faut prier sans cesse et ne se lasser jamais » I J^o- Ire-Seigneurne nous apas révélé le moment précis où notre prière sera exaucée ; il a dit seulement qu'il faut prier toujours, et que la persévérance dans la prière est la condition du salut. Sainte Catherine de Ricci s'encourageait à prier sans cessepar cette réflexion :
« Quand nous désirons obtenir de Dieu une grâce, nous devons la demander aussi longtemps que nous ne l'avons pas obtenue, par la raison qu'il a déterminé le nombre de fois que nous devions la demander, et il ne nous exauce que quand nous l'avons rempli intégralement. Si, par exemple, il a déterminé que nous lui demanderions cent fois cette grâce, nous ne l'obtiendrons pas si nous ne la demandons que cent fois moins une. II faut, disait-elle encore, apportera la prière une grande confiance d'être exaucé ; car il est de nombreuses grâces que Dieu nous inspire de demander, et que nous n'obtenons pas à cause de notre défiance (1). »
Je n'avance pas, dites-vous, je ne fais aucuns progrès ! Je pourrai d'abord vous répondre avec saint François de Sales: « Qu'en savezvous?3) Si réellement vous faisiez des progrès
(1) Vie, I, p. 359-360.
dans la vertu, est-ce de votre propre témoignage que vous aimeriez'à en tenir l'assurance ?Ne save^ vous pas^ au contraire^ que s'il y a dans les saints une marque certaine de leur sainteté^ c'est le mépris qu'ils font d'eux-mêmes, et la sorte de convia tion où ils sont (conviction qui paraît étrange à ceux qui les voient à l'œuvre) que leur vertu est nulle, leur misère profonde, et qu'ils sont à une distance comme infinie de ce but sublime auquel ils aspirent : la ressemblance avec le divin modèle? C'est qu'en effet nul n'est bon juge dans sa propre cause, et c'est à une âme qui se tourmentait sur son peu de progrès spirituel que le saint docteur de Genève faisait cette réponse: « Nous ne connaîtrons jamais notre propre perfection, car il nous arrive comme à ceux qui naviguent sur mer, ils ne savent pas s'ils avancent, mais le maître pilote qui sait, lui, où ils naviguent, le connaît. Ainsi nous ne pouvons pas juger de notre avancement, mais oui bien de celui des autres. Or, encore que nous puissions juger delà vertu d' autrui, si ne faut-il pourtant jamais déterminer qu'une personne soit meilleure qu'une autre, parce que les apparences sont trompeuses. » Bossuet dit la même chose, dans un autre langage. Il écrit à la Sœur Germaine : « Vous cherchez à voir des progrès, vous cherchez à sentir des forces : vous n'avez qu'à tout attendre de
l'oraison. 323
Dieu en pure foi de moment à autre ; vous ne trouverez de repos que dans cet entier abandon... Il n'y a rien de plus inconnu aux hommes que les conduites particulières que Dieu tient sur les âmes ; c'est un secret qu'il s'est réservé (1) ».
Rien donc de plus certain : la pensée, qui parfoii, obsède, que vous ne faites aucun progrès, n'est jamais un motif suffisant pour cesser ou diminuer l'oraison. Mais supposez même que votre impressionne soit pas trompeuse, et que, jusqu'à l'heure oti nous sommes, vous n'ayez en rien avancé l'œuvre de votre perfection^ le découragement ne saurait encore s'excuser. Au sentiment des saints, Dieu, en nous faisant attendre longuement, et peut-être jusqu'à l'heure de la mort, cette perfection que nous cherchons, ne nous a fait aucun tort; notre vie n'a pas été stérile un seul instant. Trente ou quarante années peut-être d'attente ou de travail sans relâche ne sont pas trop, et ne sauraient payer à son prix une si précieuse moisson. Il y a, dit-on, dans la nature, des arbres qui ne fleurissent que tous les cent ans. Certes, s'il en était ainsi pour nous, de la fleur divine du parfait amour, et qu'elle ne dut éclore que sur notre lit de mort, qui pourrait dire que nos oraisons ont été vaines et que notre vie a été stérile ?
(1) Lett. cv
Mais ce ne sont là que des faits rares, ou plnt&t de pures hypothèses. Dans la réalité, et selon les voies ordinaires de la Providence snmatorelle, Dieu ne laisse pas à perpétuité une âme fervente et généreuse sans consolation ; mais surtout il est trop juste pour ne pas récompenser les efforts persévérants d'un cœur qui aime, par des progrès dans Tamour, progrès qui peuvent et qui doivent le plus souvent nous échapper, mais qui n'échappent pas au regard de Dieu et de ses anges. Jamais les aridités dans Toraison, même prolongées, même poussées jusqu'aux limites extrêmes, de ce que peut supporter une âme fidèle, n'ont empêché cette âme d'arriver au but. Croyonsen sainte Thérèse. Elle veut que Tâme ne perde jamais confiance ; qu'elle ne resserre pas ses désirs de perfection dans d'étroites limites. « Nous devons croire, dit-elle, qu'en nous appuyant sur Dieu nous pourrons^ par de constants efforts soutenus de la grâce, arriver, avec le temps, à la perfection où sont parvenus plusieurs saints. Si jamais leur âme n'eût conçu ces grands désirs, si peu à peu ils n'en étaient venus à Texécution, ils ne seraient pas montés à un état si élevé. Dieu demande et aime des âmes courageuses. Je n'ai jamais vu aucune de ces nobles âmes demeurer en chemin (1). »
(1) Vie, p. 150.
l'oraison. 325
Ce qui trompe quelquefois les ân^es les meilleures, c'est ridée qu'elles se font, d'après certaines lectures de Vie la des Saints contemplatifs, des degrés que doit parcourir une âme, pour arriver au sommet de Toraison et par là, croieatelles, de la perfection chrétienne. On a lu les auteurs mystiques qui traitent de ce qu'il faut appeler, avec Bossuet, les états d'oraison. On a admiré dans sainte Thérèse, en particulier, les descriptions, si pleines de charmes, souvent d'une poésie toute divine, qu'elle nous donne des voies, toujours plus hautes, par où il a plu à Dieu de l'élever à la contemplation. Sans doute on n'aspire point aux dons extraordinaires, aux ravissements, à l'extase, aux visions célestes; mais on se persuade volontiers qu'une âme d^oraison doit passer par les quatre degrés décrits par votre séraphique Mère, d'abord la méditation proprement dite, puis Toraison de recueillement et de quiétude, puis l'uniondivine, et enfin ce degré suprême de contemplation qui, sans aucun travail, tient toutes les puissances de l'âme captives des consolations célestes. Surtout on se persuadti^' que telle âme, appelée à un état particulier d'oraison, ne peut en déchoir et en changer, sans quelque faute de sa part ; que monter plus haut est une grâce, mais que redescendre est toujours une chute, châtiment de quelque infidélité.
Or cette iHanièrc de voir est unie erreur dangereuse ; elle engendre, pour les âmes qui en sont prévenues, autant d^ang-oisses vaines que de périls. La vérité est que Dieu est le mcdtre de ses dons, quil communique ses faveurs commie il lui platt, que toute âme qui se dobnè jsincèï^ement à lui n'est jamais fruàtrée de la iHesurë de grâce qui lui est destinée, la bonne volonté étant la se^fié chose dont Tâttie dispose par rapport à Di^u. Lé divin lii[altrelùi-iïième,dàilsl'effusio'& d^ séisdôns, ne s*arrète jêimais q^^ devant une àeule barrière: la mauvaise Volonté. C'est ce que Texpéritekice avait appris à deux grands maîtres de la vie spi-* rituelle. L'un, Ûossuet, écrit à la Sœur Germaine:
« Au lieu de tant demander les degrés d'orai^ son, il faudrait, sans tant de réflexions, faire simplement Toraison, selon qtle Dieu la donne, sietiis se tourmenter à discourir dessus. Je ne vois rien qui m^ apprenne qu'on soit toujours au mêniie éliat, ni qu'on ait une manière d'oraîsoù iBxe. Le Saint-Esprit jette les âmes tantôt en bas, tantôt en haut. Tantôt il semble les porter à là perfection, tantôt les réduire et conime les rappeler aux commencements. Il n'y a qu'à se conformer, dans ces changements, à la disposition oix il hous met et en tout suivie son attrait (1). >
(1) Lett, 2.
l'oraison. 327
Le vénérable Libermann exprime la même chose en termes plus précis.
<c J'ai eu lieu de voir, dit-il, que toutes les théories tranchées et détaillées sur l'oraison étaient souvent inexactes et plus nuisibles qii'utiles.Il est vrai que la grâce de Dieu s'accommode à notre nature, et que, par suite, il y a une marche générale, des règles sommaires adaptées à tout ce qui est commun à tous les naturels divers. Mais arrivé au détail, on se fourvoie quand on veut donner des règles tranchées et bien déterminées, parce qu'il n'y a pas dix âmes qui se ressemblent. Les nuances de l'oraison sont extrêmement diversifiées. Ce sont de beaux plans qu'on trace sur le papier^ plans qui sont arrangés carrément et qu'on trouve justes et rationnels, tant qu'on n'expérimente pas, mais qui, en réalité, ne sont pas toujours exacts (j). j>
Concluons donc, mes Sœurs, que, quels que soient parmi vous les divers états d'oraison, que l'oraison vous soit douce et facile, qu'elle soit, au contraire, pleine d'aridités et de rigueurs ; qu'elle vous élève souvent aux douceurs de l'union divine , ou qu'elle vous laisse plus souvent sur le terrain de la méditation commune, la même récompense attend votre fidélité coura^
(1) vie du Père LibermanUf p. 613.
â28 UNE RETRAITE AU CARMÈL. — CINQUIÈME JOUft.
geuse et persévérante à ce saint exercice, prescrit également à toutes par vos règles et dont nulle ne se peut dispenser.
Quelle que soit donc la manière dontDieunous traite, réjouissons- nous sans cesse de ce qu'il nous a fait cette grâce de nous appeler à la vie de prière, et ne perdons jamais de vue que nous devons être des âmes d'oraison. Cet esprit de prière, qui est l'âme de votre vocation sublimé, sachons le porter partout, non seulement dans les heures consacrées spécialement à la prière mentale ou vocale, mais en toutes nos actions, en toutes nos démarches, jusque dans nos récréations. Vivons partout ettoujours sous le regard de Dieu, unies à lui de cœur, de volonté, de désir, alors même que notre pensée est forcément occupée ailleurs. Une parole intérieure, rapide comme l'éclair, un regard intime sur Jésus est une prière.
Rappelons-nous souvent, pour nous fortifier dans ces résolutions, qu'une âme d'oraison, du sein de sa solitude et de son silence, travaille efficacement au salut des âmes , qu'elle fait une œuvre apostolique, qu'elle est grandement utile à l'Eglise. C'est encore votre séraphîque Mère qui vous Rapprend (1). Pour encourager les âmes à l'oraison, elle écrit:
(1) Vie, p. 118.
l'oraison. 329
a: Si celui qui commence fait, avec Taide de Dieu, de persévérants efforts pour s'élever au sommet de la perfection, jamais, à mon avis, il ne va seul au ciel. Il y mène après lui une troupe nombreuse, d
Oh ! oui, mes Sœurs, si nous aimons les âmes, si nous aimons Dieu et son Eglise, soyons des âmes d'oraison. C'est de telles âmes surtout qu'on peut dire avec saint Paul, qu'elles sont « la bonne odeur de Jésus-Christ d, car elles répandent partout#ramour dont elles sont ellesmêmes embrasées. Quand Marie-Madeleine voulut répandre son parfum sur la tête et les pieds du Sauveur, elle brisa le vase qui le renfermait, et, dit le texte sacré : « Toute la maison fut remplie de l'odeur des parfums ». Nous aussi brisons sans cesse nos cœurs devant Dieu, dans l'oraison, et le parfum de notre prière se répandra dans l'Eglise tout entière, et nous n'aurons pas seulement la joie d'aimer Dieu, nous aurons une joie encore plus grande : nous le ferons aimer.
Ainsi soit-il.
Dileetui meus mihi^ et ego illi.
Mon bien -aimé est à moi, et moi je suis à lui.
(Cantic.)
Mes chères Sœurs, la vie religieuse est le plus grand acte d'amour qu'une créatu-re puisse accomplir envers Dieu, et l'appel à la vie religieuse est la plus grande marque d'amour que Dieu puisse donner à une âme.
Que la vie religieuse soit le plus grand acte d'amour de la créature envers son créateur, cela n'est-il pas évident, puisque, par les trois vœux, l'âme non seulement se donne elle-même, mais fait l'abandon de toute la part qui lui peut revenir dans l'usage des créatures ; puisqu'elle ne se réserve que Dieu seul pour espérance et çoucços&esr
sion; puisqu'enfîn Dieu seul lui est, tout à la fois, père, mère, époux, frère, sœur, enfant, richesses. C'est Dieu seul qui sera sa vie, puisque par Fobéissance elle s'est dépouillé de sa volonté propre, de son jugement propre, puisqu'elle lui a assujetti tous ses actes, son corps, son âme, son esprit tout entier sans réserve, et cela en tout temps et pour toujours.
Mais en même temps l'appel à la vie religieuse est le plus grand témoignage de l'amour de Dieu pour nous, puisqu'il est l'appel à la perfection de la vie chrétienne, à l'union la plus intime avec Dieu, aux moyens les plus excellents d'opérer cette union, enfin au plus grand, au plus |vraî bonheur de ce monde, et à une gloire singulière dans l'autre.
J'aurai tout dit et résumé en un seul mot ma double affirmation, si je dis que la vie religieuse est l'identification la plus complète qui se puisse concevoir ici-bas, entre Jésus-Christ et l'âme fidèle: Jésus-Christ, le plus grand don de Dieu à sa créature, et enmême temps la plus parfaite offrande que la créature puisse faire à son créateur.
Que cette doctrine est grande, mes Sœurs, quelle est profonde ! Qu'elle est consolante! Je demande à Dieu la grâce d'en développer quel-
LA VIB RELIGIEUSE. 335
ques points avec clarté, de manière avons instruire et à vous toucher.
Il suffit d'être chrétien, que dis-je I il suffit d'être homme raisonnable pour comprendre que nousnousdevonsàDieu, notre créateur,notrepfere etnotre dernière fin. Puisque nous tenons tout de lui, c*est une injustice de ne pas reconnaître, visà-vis de lui, notre pleine et absolue dépendance. Mais comme ce bon maître, dans Tordre ordinaire delà vie commune, se contente de peu L Que sonjoug est doux et son fardeau léger I L'àme religieuse, c'estr^à-dire celle qui a résolu, non seulement d'être fidèle au& préceptes imposés à tous, et qui suffisent au salut, mais, de plus, d'entrer dans la voie étroite des conseils évangéliques, cette ân^e, choisie entre toutes, se propose de se donner à Dieu d'une manière autrement complète, d'embrasser des sacrifices qui témoignent d'un amour autrement généreux I Toute âme chrétienne renonce au péché, au monde et à ses plaisirs défendus; mais sr,de plus, elle a entendu
rappel secret qui fait les épouses du Seigneur, oh I que ce renoncement s'étend plus loin I Combien plus large est Thorizon qu'il embrasse !
La profession religieuse, a-t-on ditjustement, est comme un second baptême qui vient, non seulement confirmer le premier (1), mais le perfectionner, pour ainsi dire. Elle est une mort plus profonde, plus radicale à toute vie mauvaise, à toulThéritage du vieil homme, et par cela même qu'elle est une abdication plus complète de la vie purement naturelle, elle ouvre à la vie surnaturelle un épanchement plus vaste et lui fait porter des fruits plus abondants et plus beaux, dans le temps et dans Téternité.
En quoi donc consiste ce renoncement plus conrplet? D'abord en ce que vous vivez séparées non pas seulement de l'esprit du monde, mais du monde lui-même. Notre-Seigneur, parlant de la généralité des chrétiens, de tous ceux qui croient en lui, fait à son Père cette prière : « Je ne vous demande pas, ô mon Père, de les faire sortir de ce monde, mais de les préserver du mal qui est dans le monde >. Pour vous, mes Sœurs, Notre- Seigneurvous a séparées du monde lui-même, de
(i) Mgr Gay, Vie et vertm ofirëtieniiet, ii, 95.
son corps, en même temps que de son esprit. Qu'est-ce que ce monde, pour lequel vous êtes mortes et qui est mort pour vous? C'est la vie de société; c'est cet ensemble de relations, permises même aux chrétiens, et dans lesquelles ils trouvent la satisfaction de leurs goûts naturels, de certains intérêts et une distraction légitime. Ces relations vous les abdiquez; mais, de plus, vous renoncez à la vie de famille : cette vie que le christianisme a rendue si douce, si élevée, et qu'il se plaît à entourer d'honneur et de respect. En y renonçant, vous ne la condamnez point, vous ne la déclarez point, contre l'ordre de Dieu, mauvaise et dangereuse ; bien au contraire, votre cœur saigne en la quittant, à cause des chères affections, des bien-aimés souvenirs que vous y laissez. Mais c'est là une séparation nécessaire, que l'amour de Dieu seul pouvait inspirer et que seul il pouvait donner la force d'accomplir.
Et pour que la fuite du monde soit complète, ce que Dieu exige encore de vous, c'est la séparation totale des occupations relatives aux besoins de la vie présente et aux biens de la fortune. Dieu vous appelle à de plus hauts labeurs, à des travaux d'un ordre supérieur, à une croix plus généreuse toujours, et souvent plus lourde, que celle que vous avez laissée derrière vous.
Vous voilà donc séparées du moude.
Avoir renoncé à ses vanités, à ses pompes , à ses plaisirs, c'était peu de chose, tout chrétien y est tenu en vertu de son baptême. Vous avez fait bien plus: des Hens chers et sacrés ont été brisés. Des ruptures sont accomplies, qui ont fait peut-être couler de nombreuses lainnes ; et plus douloureuses mille fois ont été pour vous les larmes dont vous avez été la cause, que celles que vous-mêmes avez répandues. Qui donc a fait cette œuvre de séparation et de mort? Est-ce un intérêt humain? Est-ce une cause naturelle ? Estce l'effet d'une passion de la terre? Non, rien de tout cela : c'est l'amour pour Dieu qui a tout fait , c'est lui qui a agi seul , et le coupable de cet attentat contre nature, s'il y en avait un, il faudrait dire que c'est vous, ô Seigneur Jésus !
Mais ce Dieu, dont Tamourvous sépare dotant de biens créés, ne divise que pour unir. Il ne fait mourir à la vie séculière que pour communiquer uae vie plus haute : séparée du monde, la religieuse ne s'est pas ensevelie dans un froid tombeau. Loin de là, elle est montée dans une sphère supérieure où la vie est plus intense, où le cœur, plus près de la source dé tout amour, a des battements plus chalids, en même temps qu'ils sont plus réglés et plus purs. La vie du cœur, c'est de donner et de se donner: or voyez ce que
ce cœur séparé du monde sait donner à Dieu. Il lui consacre toutes ses facultés, toutes ses puissances, jusqu'à la dernière fibre de son être. Cette intelligence qui est le noble attribut de la créature humaine, et qui lui a été donnée comme la plus haute de ses ressemblances avec son créateur, elle remploie uniquement à la connaissance de Dieu, de tout ce qui peut plaire à Dieu^ et de tout ce qui peut le faire aimer. Car si elle étudie la science divine pour s'en nourrir, elle ne renonce pas toujours aux sciences humaines, quand Tobéissance Ty applique, mais elle n'y recherche rien de ce qui peut nourrir la curiosité, servir d'aliment à l'amour-propre, mais seulement ce qui peut tourner à la gloire de Dieu. Sa mémoire, vidée des vains souvenirs du monde, son imagination purifiée, dégagée de tous les inutiles ou dangereux spectacles, ne lui rappellent rien que les choses célestes ; elle dit avec le Psalmiste : « Memor fui Dei et delectatus sum : Je me suis souvenue de Dieu, et ce souvenir a fait mes délices. » Loin que la séparation des créatures et son éloignemeut des étudies profanes aient rétréci ou paralysé son esprit, elle y a trouvé une plus grande force, et tous les jours elle bénit Dieu de lui avoir ouvert des horizons plus vastes et plus lumineux, que le monde ne connaît pas ; elle chante avec David : (t Je bénirai
le Seigneur, parce qu'il m'a donné rinlelligence (1). »
Gomme cette intelligence consacrée à Dieu s'est agrandie et développée, cette volonté, donnée tout entière au même objet, dirigée exclusivement vers un but unique, a acquis pour le bien une force incomparable ! Hélas t qui ne le sait, pour peu qu'il ait vécu de la vie du monde ? Ce qui fait le plus grand malheur de ceux qui s'y livrent, ce n'est pas tant l'obscurcissement de leur intelligence dans les choses de Dieu, que les infirmités de leur volonté. Elle est séduite partant d'amorces dangereuses, elle se heurte à tant d'obstacles, elle rencontre tant de scandales, elle trouve si peu de secours, et surtout elle néglige si souvent d'aller chercher la force là seulement où elle se trouve, en Dieu même, qu'elle faiblit à chaque pas, et réduit l'homme à répéter, sous le fouet du remords ou sous l'aiguillon du repentir : «Malheureux que je suis! je vois le bien, je l'aime, et je ne le fais pas! Je hais le mal, et je le fais! ï» L'âme religieuse, en se séparant des plaisirs du monde, s'est délivrée aussi de ses entraves; elle peut dire avec le chantre sacré : « Les rets de l'oiseleur sont brisés, et mon âme est libre: laqueus contritus est et nos liberati sumus :&. Elle
(1) <r Benedîcam Domino qui tribuit mihi intellectum. 9 (Ps. XV, 7.)
peut enfin vouloir sans obstacle, et elle s*est mise dans rheureuse impossibilité, pour ainsi dire, de vouloir autre chose que le bien, que la perfection du bien : car elle ne veut plus rien qu'en union avec la volonté divine. De son énergie native rien ne se perd, et elle reçoit tous les jours des forces nouvelles, semblable à cet aigle dont parle TEcriture, emblème des âmes qui espèrent au Seigneur, dont la force se renouvelle sans cesse « et dont les ailes semblent grandir à mesure qu'il s'élance vers les hauteurs (1). 3) Dites-moi ce que peut faire de plus une âme, pour la gloire de son créateur, que de se. consacrer à lui de telle sorte qu'il ne lui reste rien, ni une lueur dans son intelligence, ni une parcelle dans sa volonté qu'elle ne lui ait donnée en complète, absolue et perpétuelle propriété? Direz-vous cependant qu'une telle âme, en se donnant à Dieu par un amour si exclusif, frustre, en quelque sorte, son prochain de l'amour qui lui est dû, et n'accomplit si parfaitement le premier et le plus grand des commandements qu'en sacrifiant le second, qui lui est semblable? C'est ici encore une erreur ou une calomnie du monde, qu'il faut relever en passant. Non, il n'est pas vrai que se donner à Dieu, d'un amour souverain