‹ Une retraite au CarmelChapitre 19 sur 25 · CONFÉRENCE SUR L^HUMILIATION > 43S · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE SUR L^HUMILIATION > 43S

cœur, dans notre esprit, dans notre corps, pour nous l'infliger.

Elle achève de nous faire connaître à nousmêmes , en nous révélant les dernières profondeurs de notre orgueil, que nous ne connaîtrons jamais assez. Car <ï se connaître soi-même, selon saint Bernard, c'est se prendre en horreur ». Le malheur d'une âme qui n'est pas une âme d'oraison est précisément, selon ce saint, de n'être pas assez capable de se haïr et de se mépriser.

La dernière illusion de l'âme qui cherche Dieu sincèrement, c'est de se croire déjà humble ; c'est de se persuader qu'elle en est déjà venue à ce point d'humilité quifait aimer, rechercher Tabjection. Or cette illusion, que faut-il pour la dissiper ? Une bonne humiliation non prévue, non attendue, qui fond à l'improviste sur ce cœur qui se croyait tout à fait détaché, sur cet esprit qui se persuadait n'avoir d'autre pensée que celle de la perfection, sur ce corps qui tant de fois s'était ofi*ert en victime. On voit alors qu'on s'était trompé, qu'il y a encore un long chemin à faire ; et si l'on est sage, si l'on aime vraiment et sincèrement l'humilité, c'est avec un vrai sentiment d'action de grâces que l'on redira la parole du Psalmiste : Il m'est bon, Seigneur, que vous m'ayez humilié!

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0 mes Sœurs, comme les saints, nos modèles, ont bien compris, bien pratiqué cette doctrine! C'est d'eux seulement qu'on peut dire qu'ils ont littéralement, et non pas seulement de bouche, mais de cœur, suivi ce conseil suprême de perfection: chercher l'humilité parla voie de l'humiliation, et de l'humiliation volontaire.

Vous parlerai-je d'un saint François d'Assise, d'un saint Jean de Dieu, courant les rues, dans des vêtements déchirés, pour se faire insulter et traiter comme des fous?

Vous rappellerai-je votre Père, saint Jean de la Croix, qui ne veut pour toute récompense icibas que souffrir et être méprisé ?

Mais c'est surtout votre séraphique Mère qu'il est bon de contempler, comme le modèle qui vous touche de plus près et qu'il vous est le plus facile d'imiter.

Forcée par l'obéissance d'écrire le récit de sa vie, vous savez sur quels points elle aime à s'arrêter. Autant il lui coûte de raconter les grâces privilégiées dont Notre-Seigneur la comble, autant elle se plaît à parler de ses infidélités. Elle y revient sans cesse, et en termes tels qu'on la croirait la plus grande des pécheresses, et qu'il a fallu une enquête minutieuse, au procès de sa canonisation, pour qu'on pût déclarer avec certitude qu'elle n'avait jamais commis un seul péché

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mortel, jamais perdu l'innocence de son baptême.

Quelqu'un lui disait un jour: « Prenez garde à la vaine gloire ! — De la vaine gloire, réponditelle avec une vraie surprise, et de quoi pourraisje en avoir? Dieu me fasse plutôt la grâce de ne point désespérer de mon salut, pauvre pécheresse que je suis ! »

Les louanges lui étaient insupportables, et elle en souffrit cruellement jusqu'au jouroti, par le progrès de sa vertu, elles lui devinrent totalement indifférentes. En revanche, quand il arrivait qu'on la méconnût et qu'on la traitât avec mépris, sa joie ne pouvait se contenir. Un jour qu'elle était insultée par une foule dans un pays inconnu, elle ne put s'empêcher de murmurer aux oreilles de sa compagne :

« Ma fille, il n'y eut jamais d'harmonie si dé- Hcieuse pour mes oreilles que celle que j'entends maintenant. Oh ! queces braves gens ont raison I >

Lespratiques d'humilité dont elle était avide, et par lesquelles elle se mettait sans cesse aux pieds de la dernière de ses filles, partaient chez elle d'un cœur tout pénétré du sentiment de son indignité, croissant toujours avec les grâces dont Notre-Seîgneur l'accablait. Qui croirait qu'à la fin de sa vie, alors que sa sainteté consommée, brillant de tout son éclat, était sur le point d'aller

recevoir sa récompense, elle alla jusqu'à conjurer son supérieur (1) de lui retirer l'habit qu'elle avait, dit-elle, si mal porté? Le Père, estimant ce que valait une telle âme, entra dans ses vues sans se faire prier et, à la grande joie de Thérèse, lui fit reprendre Thabit de novice, et ne Tadmit qu'au bout de plusieurs jours à renouveler ses vœux (2j.

De pareils exemples, mes Sœurs, ne nous touchent que parce que celle qui les donnait n'y mettait aucune affectation, et, en pratiquant si hautement l'amour de l'abjection, ne faisait qu'exprimer au dehors les sentiments qui étaient réellement dans son cœur. Un pareil langage, de pareils actes, nous ne pouvons songer à les reproduire, parce que chez nous ce serait manquer de simplicité et que les dispositions réelles de nos cœurs seraient en contradiction avec nos paroles. Mais pourquoi en est-il autrement chez les saints, chez notre sainte Mère en particulier? C'est, mes Sœurs, parce que ces grandes âmes sont, vis-à-vis de Notre-Seigneur, dans un état d'intimité dont nous ne pouvons qu'à grand'peine nous faire une idée. C'est que, voulant imiter Notre-Seigneur jusqu'au bout, et répondant avec une générosité sans mesure aux soUicita-

(1) Alors le P. Jérôme Gratien.

(2) Vie de sainte Th. ii, 385.

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