LA B. MARIE DE L'INCARNATION
ET l'amour de l'église.
ZeU zélatns suni pro Domino Deo exercituiim. J*ai été saisi d'un zèle ardent pour le Sel* gneur, le Dieu des armées.
(in, Reg.xix,10.)
Nous avons médité ce matin sur cette grande chose, l'amour de l'Eglise, et nous avons vu que nulle vertu ne doit être plus chère au cœur d'une enfant du Carmel. Je reviens ce soir sur le même sujet, et peut-être vous intéresserai-je davantage, et vous ferai-je entrer, d'une manière encore plus efficace, dans les saintes résolutions qu'il vous a déjà suggérées, en vous présentant non plus des théories, mais un exemple, et un exemple domestique. C'est en effet à une grande Carmélite , à votre seconde fondatrice après sainte Thérèse, à la Bienheureuse Marie de rincarnation, que je demanderai, ce soir, de vous
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faire bien connaître les vrais caractères de ce zèle apostolique qui doit être le vôtre, et que sainte Thérèse a tant de fois désiré de faire passer, de son âme, dans Tâme de toutes ses filles.
Vous avez lu, mes Sœurs, la Vie de la Bienheureuse Marie de Tlncarnation et vous vous rappelez de quelle crise sortait TEglise de France, quand elle fut donnée à la terre : les guerres de religion venaient àpeinedefinir, après avoir semé de ruines, tant morales que matérielles, le sol de n 0 tre pays. Dieu qui aime la France lui donna, pour la régénérer, toute une famille de grands saints : les François de Sales, les Chantai, les Vincent de Paul, les Bérulle, les Condren, les Olier, je ne nomme que les plus illustres, et parmi eux, et non pas au dernier rang, celle qui fut choisie de Dieu pour introduire leCarmel en France, la Bienheureuse M"»*' Acarie, que TEglise connaît et honore sous le nom de Marie de Tlncarnation. Or je ne crainspasde le dire : cette humble femme, qui avait été une grande dame dans le monde, cette mère de six enfants qui, après avoir introduit le Carmel on France, voulut y faire profession et y mourir en qualité de Sœur converse, je ne crains pas de dire qu'elle fut une desplus actives, des plus influentes, des plus parfaites, parm^ces âmesapostoliques qui alors régénérèrent notre pays, et le remirent, pour tout un siècle, à la tète A^V^^\r
vilisation chrétienne. Il nous sera donc bon, mes Sœurs, de -voir comment le cœur de celte fondatrice du Carmel français fut celui d*un apôtre; comment elle travailla, avec un succès incomparable, à la conquête des âmes, et comment, dans les phases si diverses de sa carrière, qui a connu tous les états, elle n'a cessé démériter qu'onlui appliquât la parole de votre saint patriarche, le prophète Elie, lorsque, rendant lui-même témoignage au Seigneur de l'ardeur de son zèle pour sa gloire, il s'écriait : <r Zelo zelatus sum pro Domino Deo exercitiium : j'ai brûlé de zèle pour le Seigneur Dieu des armées ». Rappelons d'abord, en très peu de mots, la vie de notre Bienheureuse et montrons ainsi dans son vrai cadre ce zèle apostolique, cet amour de l'Eglise qui fut le caractère dominant et le trait le plus touchant de sa sainteté.
Sur les cinquante-deux années qu'elle vécut, l^jme A.carie en 'passa trente et une dans l'état du mariage, dont elle remplit héroïquement tous les devoirs et dont elle conuut toutes les épreuves,
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celles du moins qui se rencontrent dans un mariage bien assorti.
Née d'une famille noble et bien partagée par les dons de la fortune, lepremieressordesa piété naissante l'avait portée déjà au mépris des vanités du siècle et aux renoncements de la vie religieuse. La résistance de sa famille l'obligea à rester dans le monde. Mariée, à dix-sept ans, àun homme digne d'elle, elle dut partager avec lui toutes les rigueurs d'une vie traversée par les plus cruelles disgn\ces. Poussé par son zèle religieux, son mari s'était signalé parmi les plus ardents défenseurs de la Ligue, et, pour son triomphe, il avait noblement dépensé ou engagé la meilleure partie de sa fortune. La victoire de Henri IV lui valut tout à la fois l'exil et la ruine.
Sa jeune femme, chargée de six enfants dès l'âge de vingt-huit ans, vit unjour tout saisir chez elle pendant qu'elle dînait, tout jusqu'aux plats de sa table, jusqu'à la vaisselle, jusqu'au siège où elle était assise. Réduite à mettre en gage tout ce qui lui restait, elle refusa obstinément de se séparer de biens d'avec son mari, disant qu'elle Taimait trop pour refuser de partager quoi que ce soit de son amertume. A ceux qui venaient lui apporter des consolations elle répondait :
d Quand on croit à la Providence, on n'est étonné d'aucun événement ; j'cti de gttuide^ ^\V
ces à rendre à Dieu de m'avoir détachée des biens temporels, avant qu'on me les enlevât réellement. »Et elle allait jusqu'à rire des inquiétudes qu'on lui exprimait.
Ce n'est pas qu'elle se croisât les bras en attendant la Providence! Non; cette pieuse mëre, réfugiée chez ses parents pendant sa détresse, consacrait ses heures à poursuivre elle-même, au palais de justice et chez les hommes de loi, le redressement des affaires de son mari, et elle étonnait les jurisconsultes par la netteté, la force etla précision des mémoires qu'elle leur soumettait, après les avoir rédigés elle-même, sans le secours de personne.
Quand ses affaires domestiques furent rétablies, et qu'elle put rentrer dans la maison que sa prudence et son activité lui avaient rendue, tout on restant le modèle des épouses et des mères, et en faisant toujours passer avant tout le reste les devoirs de son état, elle put se livrer à son zèle pour les bonnes œuvres, et travailler à ce qu'elle aimait par-dessus tout : la gloire de Dieu par le salut des âmes.
Quel tableau que celui de l'hôtel Acarie, au début du XVII® siècle ! La maison était réglée comme un couvent, et les domestiques eux-mêmes, en assez grandnombre, donnaient l'exemple de la plus exacte piété. Daus ce riche salon, on
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ne s'occupait que de bonnes œuvres. Là, sous la présidence de notre sainte, se rencontraient, un jour ou l'autre, toutes les âmes d'élite, les plus saints religieux, les plus illustres directeurs qu'eut alors Paris, et tout ce qui avait à cœur l'avancement du royaume de Dieu.
S'agissait-il de la conversion des protestants ? On pouvait, en toute sûreté, demander aide et protection à M™® Acarie, chez qui le futur cardinal de BéruUe, son premier conseiller et son ami, saint François de Sales et tout ce qu'il y avait à Paris d'hommes apostoliques, envoyaient volontiers les âmes ébranlées. M°^® Acarie achevait, par sa douceur et sa persuasion, ce que leurs arguments avaient commencé. Un contemporain, conseiller d'État, a attesté que le nombre des conversions auxquelles M"*® Acarie avait pris part, ne s'élève pas à moins de dix mille!
Son succès était le même pour toutes les œuvres que la charité lui inspirait. Elle n'épargnait rien, ni crédit (et elle en avait jusqu'à la cour), ni temps, ni argent pour soutenir les nouveaux convertis, pour instruire les ignorants, pour ramener au bien les personnes de son sexe tombées dans le désordre.
Mais surtout un point l'intéressait, le relèvement et la réforme des ordres religieux. Comment une simple femme du monde, un(^ ^^v^w-
Hère, arrivait-elle à persuader à des religieux, à des religieuses, le plus souvent à des supérieurs, la nécessité de reprendre la vie de pauvreté, d'obéissance, la clôture, toutes les vertus de l'observance primitive ? C'est là un des plus rares secrels de son zèle, un des plus caractéristiques, et c'est ainsi qu'elle mérita de devenir en France l'introductrice de la réforme de sainte Thérèse, la vraie fondatrice du Carmel, dont l'établissement donna un branle décisif à la restauration religieuse du xvii'' siècle. C'est au Carmel que, pour couronner toutes ses œuvres, elle devait elle-même entrer, avec toutes sesfilles,pour achever d'y faire éclater le zèle apostolique, l'amour de la Sainte Eglise, dont elle était dévorée depuis sa jeunesse.
Quels furent donc les caractères de ce zèle qui, après avoir amené dans le monde des résultats si prodigieux, devait achever de la perfectionner dans le cloître, et embaumer du parfum de la plus héroïque sainteté les solitudes du Carmel?
Le premier caractère de ce zèle admirable, ce fut d'être entièremeutetlQuî^ours surnaturel. Oui,
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c'est Dieu môme et Dieu seul qui, dès Torigine, par une inspiration répétée, continuelle et manifeste, est allé chercher cette femme mariée, cette mère de famille, pour la mettre à la tête de ces œuvres de prosélytisme, et faire d'elle Thabile et actif instrument de sa grâce.
Cette grande dame, qui est du monde le plus élevé, est une directrice des âmes sans pareille. Elle est consultée par des religieux, des prêtres, des évêques mêmes ; mais en se prêtant à rendre les réponses qu^on lui demande, elle ne fait qu'obéir à ses directeurs. D'elle-même elle ne va jamais au-devant, elle n'entreprend jamais rierw pour satisfaire son esprit propre, ou obéir à des vues humaines, même les plus honnêtes. Elle tient rigoureusement la résolution qu'elle a prise, de ne se mêler d'aucune œuvre qu'autant qu'elle y sera manifestement poussée par un mouvement intérieur de la grâce, ou un conseil de ses supérieurs. Visitée par l'extase dès l'âge de vingtdeux ans, et recevant de Dieu des lumières miraculeuses, elle ne s'inspire cependant jamais, dans ses actes, que de l'obéissance.
Mais, de même qu'elle reçoit toujours de Dieu la première impulsion pour toutes ses démarches, toutes ses actions, c'est à Dieu aussi qu'elle en rapporte toute sa gloire. « Non, dit-elle , avec le Psaimiste , ce n'est pas à
nous. Seigneur^ c'est à votre nom seul qu appartient toute gloire, d N'allez pas lui dire qu'elle a été choisie de Dieu pour introduire en France les filles de sainte Thérèse ; qu'elle a réformé jusqu'à dix ordres religieux, amené à Paris, entre autres, les sœurs Ursulines ; qu'elle a répandu des aumônes avec une profusion inouïe, elle vous répondrait qu'elle n'a jamais été qu'un instrument secondaire ; que si elle a pris part à l'établissement du Garmel^ elle n'a fait que suivre les inspirations du cardinal de BéruUe et d'autres saints directeurs ; que si elle ^ fait tant de charité, c'est comme distributrice du bien des autres, et qu'enfin, si elle a mis la main à vingt œuvres diverses, ce n'est que pour gâter tout ce qu'elle a touché. En un mot, tout est surnaturel dans son zèle ; elle ne voit que Dieu, elle ne veut que Dieu, elle s'oublie ellemême partout et toujours, poussant jusqu'à l'héroïsme le plus littéral le précepte du divin Maître : « Reniez-vous vous-même », et s' appliquant, avecune simplicité sans pareille, la recommandation évangélique : « Faites tout ce qui vous est commandé, et après, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ».
Ce zèle surnaturel a un second caractère qui n'est pas moins marqué au coin de l'esprit de Dieu. Rien n'égale sa prudence. La grâce, dit
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l'Ange de Técole, ne supprime pas la nature, il la perfectionne. C'est ainsi que ce zèle si surnaturel est merveilleusement servi, chez M"*°Acarie, par une prudence extraordinaire. Elle applique littéralement la maxime de saint Ignace : « Il faut se fier à la Providence, comme s'il n'y avait pas de moyens humains, et employer les moyens humains, comme s'il n'y avait pas de Providence». Or nul ne savait les mettre en œuvre plus habilement qu'elle. De même que, lorsqu'il s'était agi de rétablir les affaires de son mari, elle consacrait ses nuits à rédiger des mémoires pour les avocats et les hommes d'affaires, et les jours à visiter les juges, ainsi, quand il était question d'une œuvre intéressant la gloire de Dieu ou le service du prochain, elle n'épargnait ni visites, ni démarches, ni argent.
Mieux que personne elle savait que le démon, hélas ! se sert de tout contre les âmes, et qu'il sait mettre en avant mille prétextes, mille obstacles, pour entraver l'œuvre du salut : ce sont tantôt les relations du monde, les difficultés de famille, tantôt la pauvreté, la maladie, les chagrins. Que de précautions à prendre donc, que de difficultés à lever souvent, pour arriver jusqu'à un pécheur et pouvoir lui parler de son salut ! M™® Acarie n'épargnait rien pour réussir. Nul n'excellait comme elle à faire, pour ainsi
dire, le siège d'une âme, à détruire insensiblement toutes les défenses qui empêchaient Dieu dVnlrer dans la place, et c'est, le plus souventi après avoir péniblement dissipé tous les vains prétextes, levé tous les obstacles et gagné le cœur, qu'elle arrivait enfin à tirer du mal quelque pauvre pécheur et à le remettre dans la voie du salut.
J'ai parlé de prudence, de moyens humains, de saintes industries ; mais, hâtons-nous de le dire, cette prudence n'avait rien de commun avec ces finesses, ces habiletés que le monde admet sans difficulté à son usage, et qu'il blâme si aigrement dans les personnes religieuses, aussitôt qu'il croit les rencontrer chez elles. La prudence admirable de notre Bienheureuse s'alliait avec la plus inflexible droiture. Elle disait: « Si, dans le monde, on paraît faire cas d'un homme qui se conduit avec finesse, Dieu Ta en horreur et ne l'assiste jamais de son esprit. Le meilleur moyen de réussir en tout, c'est d'y mettre de la droiture. La droiture seule peut faire du bien et procurer la paix ».
A ce zèle surnaturel et prudent, il faut reconnaître un troisième caractère, la persévérance. Il ne faut pas s'étonner que, chez notre Bienheureuse, des œuvres ainsiinspirées, ainsi conduites, fussent menées à bonne fin par une persévérance
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inflexible. Et comment en aurait-il pu être autrement? Les deux mobiles qui produisent Tinconstance, je veux dire la passion et l'intérêt, n'existaient àaucun degré chez elle. Pourquoi, en effet, les hommes sont-ils si changeants dans leurs voies ? Pourquoi se découragent-ils dans leur entreprise ? Pourquoi des désespoirs mortels succèdent-ils trop souvent aux illusions d'une espérance sans fondement? C'est que, soit qu'ils suivent l'attrait des passions de leurs cœurs, soit qu'ils s'attachent à la poursuite des intérêts matériels, ils sont toujours sur un terrain mouvant. Ce qui la veille séduisait l'esprit a perdu son charme aujourd'hui ; ce qui hier nous semblait utile, le lendemain nous est devenu nuisible. Il n'en est pas ainsi pour l'âme qui ne cherche que la gloire de Dieu. Elle n'a d'autre passion que de satisfaire la volonté de Dieu qui ne change pas, d'autre intérêt que celui des âmes, lequel se réduit à l'unique nécessaire. C'est pour cette raison que notre Bienheureuse marchait à son but avec une constance infatigable, que rien ne déconcertait jamais. Elle mettait rigoureusement en pratique une maxime qui lui était chère, savoir : « qu'il ne fallait jamais abandonner les choses qu'on avait commencées pour le Seigneur ». Rencontrait-elle des obstacles ? elle y voyait un gage de succès, car
Dieu ne voulait pas, disait-elle, que les choses entreprises pour sa gloire réussissent autremeat que par la Croix. Mais surtout si la chose semblait tourner contre sa propre réputation, et lui attirer quelque mépris de la part des hommes, oh! alors, c'était double profit, et elle doutait encore moins du succès.
C'est que ce zèle si pur et si ardent était encore accompagné de Thumilité la plus touchante. Vous Tavez déjà assez compris par tout ce que j'ai dit. Il faut y insister cependant. Quand on parle des saints, on ne saurait trop mettre à nu le fondement divin de leur sainteté. Ce fondement qui porte tout le reste et qui, à lui seul, est plus merveilleux que tout l'édifice, c'est leur humilité, c'est leur mépris d'eux-mêmes ; c'est leur conviction profonde et sincère, sujet d'un étonnement toujours nouveau pour quiconqueles étudie, qu'ils ne sont rien, ne valent rien, ne peuvent rien par eux-mêmes, et ne sont que des instruments indignes, aux mains de la miséricorde divine.
Cette loi commune de la sainteté reluit en notre Bienheureuse avec un éclat incomparable, et Dieu permit, ce qu'ilne fait pas toujours, que son humilité fût satisfaite, même au regard des hommes. Cette femme si délicate de corps, si distinguée d'esprit, liée toute sa vie avec ce que la cour
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et la ville comptaient de plus considérable, cette fondatrice du Carmel, enfin^ obtint comme une faveur, après son veuvage, d'entrer au Carmel, mais, sur sa demande expresse et sous l'inspiration d'une grâce particulière, en qualité de Sœur converse ! Là, au comble de ses vœux, sa fonction, son bonheur sera de servir à la cuisine et de laver la vaisselle. Encore ne s'était-elle jamais cru digne de franchir le seuil du Carmel, et avant de faire ses vœux, elle disait : « Si avant d'entrer ici j'avais connu la vie religieuse comme je la connais, jamais je n'y serais entrée. Une religieuse doit être humble et obéissante, et je n'ai pas ces vertus; je voudrais qu'on ne prît avec moi aucun engagement et qu'on pût me renvoyer quand on le jugerait à propos; car il n'est pas raisonnable qu'une servante, aussi inutile que je le suis, tienne ici la place d'une personne qui servirait Dieu avec ferveur d.
On croit entendre saint Vincent de Paul, «le plussaintprêtredeson siècle d , au jugement de saint François de Sales, dire et répéter que, « s'il avait su d'avance les vertus qu'exigeait le sacerdoce, jamais il n'aurait pu accepter la prêtrise ».
Le jour où notre Bienheureuse reçut l'habit, interrogée si c'cstparpur amour pour Dieu qu'elle vient en religion, elle n'osa répondre, et ensuite elle rendit ainsi raison de son silence : •
« Ces mots de pur amour de Dieu m'ont effrayée et je n'ai pas osé répondre... Pouvons-nous jamais savoir si nous agissons par amour de Dieu ? Notre nature est si pleine de vaine recherche d'elle-même, qu'on croit souvent ne faire que pour Dieu ce qu'on fait pour soi-même. Je ne sais si j'ai jamais rien fait pour un motif si pur. >
Je ne tarirais point, si je voulais seulement rapporter quelques-uns des mille traits qu'on a recueillis de son humilité. Je ferai seulement uneremarque, c^est que cettehumilitéétaitrendne comme nécessaire parFardeur même de son zèle: il fallait que son infatigable activité pour les œuvresdeDieu pûts'exercer sans aucun dangerpour elle et recevoir de Dieu la bénédiction de la fécondité. J'en ai dit assez, mes Sœurs, en vous faisant comprendre et admirer cette belle vie, pour vous faire entrevoir par quelles raisons mystérieuses il a plu à la Providence de donner à celte âme, dévorée du zèle de la gloire de Dieu et de l'amour de l'Eglise, la mission d'introduire en France le Carmel et d'être la sainte Thérèse de la France.
Je veux cependant tirer encore une conclusion plus générale et bien consolante pour vous, mes Sœurs^ du court tableau de sainteté que je viens d'esquisser.