‹ Une retraite au CarmelChapitre 23 sur 25 · DE JESUS · texte numérisé non relu

DE JESUS

Deu9 oordis mei et part mea^ Deu$ in aternufn,

O Diea I yous êtes le Dieu de mon cœur, et mon partage pour l'éternité.

(Ps. LXXII, 16.)

La Bienheureuse Marguerite-Marie, cette âme privilégiée à qui Notre-Seigneur a révélé, pour les manifester au monde, les secrets de son cœur adorable, avait coutume de dire que, dans la sainte Communion, elle allait chercher « le Dieu de son cœur et le cœur de son Dieu ».

Il n'est guère possible, mes Sœurs, de réstlmer mieux, et en moins de paroles, ce qu'une âme fidèle va chercher et ce qu'elle trouve dans le sacrement de Tautel. Aussi, voulant vous parler

aujourd'hui de la sainte Eucharistie, le trésor, la richesse de vos àtnes, l'aliment perpétuel de votre amour, je n'ai trouvé rien de meilleur à vous présenter que le simple commentaire de cette parole de la Bienheureuse : € Dans la sdinte Communion, je vais chercher le Dieu de mon cœur et le cœur de mon Dieu ».

Quel est le Dieu de mon cœur? Qu'est-ce que le cœur de mon Dieu ? .

<r Le Dieu de mon cœur », c'esl l'expression que TEsprit-Saint avait enseignée au Psalmiste longtemps avant laloi d'amour. <r Qu'y a-t-il pour moi dans le ciel, etqueveux-je de vous sur la terre ?s'écrie le saint Roi dont notre divin Sauveur a voulu naître ici-bas. Mon cœur et ma chair ont défailli d'amour: vous êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour Téternité 1 1>

Le Dieu du cœur de l'homme, c'est un Dieu profondément inconnu de toute la terre avant la promulgation de l'Evangile; c'est un Dieu auquel on va par le chemin de l'amour. Bien que contenue explicitement dans le Décalogue, cette douce obligation d'aimer Dieu n'était guère pratiquée^

dans le peuple d'Israël, que par quelques âmes d'élite, et c'est à juste titre que l'ancienne loi reste désignée par ce nom : la loi de crainte. « Craignez le Seigneur, disent les Saints Livres ; tremblez devant son sanctuaire. Le commencement de la sagesse est la crainte de Dieu I » Le peuple dlsraël ne connut guère de la sagesse que le commencement. Cette sagesse, qui est la connaissance de Dieu, la science de la vie divine ébauchée par la crainte, ne s'épanouit que dans

l'amour. La seule crainte de Dieu, c'est Dieu connu par la surface : on ne le connaît dans son fond, dans son essence intime que lorsqu'on a compris l'Apôtre bien-aimé définissant d'une parole le maître adoré sur le sein duquel il avait reposé sa tête : « Dieu est diraonr, Deuscaritas est ». L'amour substantiel, c'est son nom, c'est sonnom propre : il n'en a pas d'autre, ou du moins tous les autres noms, même les plus redoutables qu'il puisse recevoir, se rapportent à celui-là, le seul qui désigne son essence. < Or, ajoute saint Jean, voyez comment le Père céleste a voulu manifester l'amour qui est en lui : il a voulu que nous soyons appelés et que nous soyons ei^ effet enfants de Dieu (1). > Tel est le grand privilège de la loi nouvelle.

(1)1 Joan. III, 1.

Dieu craint a fait le peuple juif ; Dieu aimé a fait le peuple chrétien ; Dieu aimé jusqu'au sacrifice complet de soi-même a fait les monastères : familles dont Tamour est Tunique lien, et où se réalise par excellence la parole du même Apôtre : « L^amour bannit la crainte : caritas foras mitiit timorem, d

Mais voyez, mes Sœurs, comment cet amour possède Tàme chrétienne. Ce n^est pas un amour qu'on loge dans son âme, à côté des autres sentiments qui peuvent la remplir; non, cet amour est plus grand que notre cœur; il l'enveloppe, il le possède, et il renferme en lui, absorbe en lui ou rapporte à lui toutes les affections de notre cœur. C'est bien l'amour dont parle le saint Cantique : « Que l'homme donne toutes les richesses de sa maison pour l'amour, et il méprisera comme rien tout ce qu'il a donné (1) » I C'est cet amour dont saint Paul nous fait entendre que, « sans dépouiller notre âme d'aucune de ses richesses, il la revêt de telle sorte que tout ce qui est mortel en nous est absorbé par la vie ». Comme il est écrit de notre intelligence, arrivée à la vision béatifique^ que c'est (c dans la lumière divine qu'elle verra la lumière », ainsi il est vrai que c'est dans cet amour, qui est Dieu

(1) Cant. VIII, 7.

même, que s'exerce toute notre puissance d'aimer. En un mot, Tacte de cet amour est l'image fidèle de celui qui s'accomplit dans le ciel et qui en fait la joie : « Intra in gaudium Domini tui: Entrez dans la joie de votre Seigneur », sera-t-il dit à l'âme bienheureuse. Ce n'est pas lajoie qui entre dans nos cœurs comme pour s'y renfermer, c'est notre cœur qui entre dans la joie, dans la béatitude céleste pour se perdre en elle : or la joie, la béatitude de Dieu, c'est son essence ; elle se confond avec l'amour.

C'est ce Dieu « qui est plus grand que notre cœur, dit saint Jean (1) i, et dont Tamour nous enveloppe et nous possède, que nous allons chercher dans l'Eucharistie.

Mais ne faut-il pas craindre que cette grandeur même nous accable et nous écrase? N'est-il pas écrit que celui qui veut approfondir la majesté divine sera accablé par la gloire ? Et chercher un amour au-dessus de la capacité de nos faibles cœurs, n'est-ce pas nous exposer au même péril ?

Non, mes Sœurs, si le Dieu amour qui est plus grand, non seulement que nos cœurs, mais que l'univers et tous les mondes réunis, se donne à nous tout entier dans l'Eucharistie, le chefd'œuvre de cet amour même est de savoir s'a-

(1) Joan. III, 20.

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baisser, s'adapter à tous les besoins, et comme se rétrécir à la mesure de nos âmes. Quand le prophète Elisée veut ressusciterle fils de la Sunamite, il se couche sur son corps, se faisant petit pour que ses yeux touchent les yeux de Tenfant, pour que les mains de Thomme de Dieu couvrent ses mains, et c'est ainsi que la chaleur et la vie reviennent dans ces membres déjà glacîs (1). C'est ce miracle que l'amour de Dieu ooere chaque jour sur notre âme, dans la sainte Eucharistie : il s'abaisse, se conforme à nos besoins et se proportionne à nos misères. Dans nos inquiétudes et nos peines (et qui s'approche jamais de son Dieu sans avoir à verser dans son sein un flot d'amertumes ?), il est là, recevant chacune de nosplaintes, écoutant chacun de nos soupirs, comme si nous étions seuls à implorer sa miséricorde, comme si nous étions l'unique objet de ses sollicitudes. Avec quelle confiance ne pouvons-nous pas emprunter le langage du Psalmiste : « 0 mon âme, pourquoi donc êtes-vous triste ? Espérez en votre Dieu d, puisqu'il est là, tout près de vous, pour vous entendre. Ne savez-vous pas que plus votre amertume est grande, plus vous êtes assurée de le trouver? N'est-ce pas l'Eucharistie qu'entre-

(1) IV Keg.iv,a-4c.

voyait le prophète du Sinaï quand il disait, de la part de Dieu, au peuple d'Israël : « Lorsque vous viendrez là chercher le Seigneur votre Dieu, vous le trouverez, pourvu seulement que vous le cherchiez de tout votre cœur, et que vous épanchiez devant lui toute la tribulation de votre âme (1) » ?

Comme il est Je Dieu de mes tristesses, il est aussi le Dieu de mes joies, le Dieu qui réjouit ma jeunesse, le Dieu dont les consolations viendront me chercher jusque dans les bras de la mort,<ï car, alors même qu'il me tuerait, j'espérerais encore en lui d (2).

S'adapter aux besoins présents de notre cœur, c'est beaucoup ; mais pour un cœur humain^ ce n'est pas encore assez! Notre cœur vit beaucoup moins de ce qu'il possède que de ce qu'il désire et de ce qu'il espère. Son amour souffrirait s'il se sentait emprisonné dans des bornes, il lui faut l'infinité de l'amour, l'immortalité de l'amour , toute béatitude par Tamour.

Or, l'amour humain satisfait trouve bien vite des bornes; il arrive vite à la satiété; son caractère propre est de s'épuiser par son usage. Pour en finir avec une passion, le moyen le plus

(1) Deuter, IV, 29.

(2) Job, xiii, 15.

assuré^ s'il n'était le plus dangereux, est d'ordinaire que cette passion ait été satisfaite. La jouissance vive et prolongée expire dans le dégoût. Il n'en va pas de même de l'ainour que Dieu allume dans nos âmes. La soif qu'il suscite renaît de sa satisfaction même. Je sais bien qu'il est écrit, et c'est de la bouche mèaie de Notre-Seigneur qu'est tombé cet oracle : c Celui qui aura bu de cette eau que je lui donnerai n^aura plus jamais soif » ; mais Notre-Seigneur n'ajoute- t-il pas : « Cette eau que je lui donnerai sera une source d'eau jaillissante jusqu'à la vie éternelle » ? Et cela ne veut-il pas dire que, si Teau céleste de la grâce éteint à jamais la soif des amours de ce monde, elle donne à nos âmes un élan qui, ici-bas, n'atteindra jamais son terme, puisque c'est à l'éternité seule qu'il aspire, et ainsi la parole du Seigneur ne contredit en rien, elle confirme,au contraire, cet autre passage des Saints Livrés, à propos de la sagesse substantielle qui est Dieu même : <r Celui qui se nourrit de moi aura encore faim, et celui qui me boit aura encore soif »(!). Ainsi^plus notre cœur se nourrit par l'Eucharistie de la substance divine, plus il veut s'en nourrir encore. Plus il s'étend et s'élargit pour concevoir le bonheur d'un amour

(I) Eccl. XXIV, 19

dont il ne reçoit ici-bas que des étincelles, mais dont le foyer est au delà, et ainsi la soifdeTinfini est entretenue en nous par Taliment sacré, par le breuvage mystérieux qui nous en nourrit et nous en abreuve sans cesse.

Qui dit infinité de Tamour dit nécessairement immortalité de Tamour. Que serait un amour dont notre cœur aurait la certitude ou seulement la crainte qu'il doive finir un jour? C'est parce qu'il est vraiment la source, le gage et l'objet d'un amour immortel, que le Dieu de l'Eucharistie est vraiment le Dieu de notre cœur. Notre cœur n'en conçoit et n'en veut point d'autre, et même, quels que soient les démentis perpétuels qu'apporte à chacunTexpériencedelavie, on peut dire que, si le cœur humain se livre aux amours terrestres, c'est toujours en les revêtant, par une illusion que rien ne lasse , d'un caractère d'immortalité. Dans l'Eucharistie, point d'illusion, point de déception, point de craintes ! Le Dieu d'amour qui vient rassasier ce cœur afi*amé se donne pour ne jamais se reprendre ; la flamme qu'il allume ne s'éteindra jamais, parce que son terme, c'est l'éternité oii tout demeure, oîi rien ne passe ; où le progrès même se conçoit pour l'être créé, mais jamais la défaillance ni le déclin.

Enfin, c'est parce que le Dieu de l'Eucharistie est le Dieu de notre cœur qu'il ne nous promet

et ne nous fait concevoir d'autres béatitudes que celle qui vient de Tamour : non pas que le ciel, qui nous montrera Dieu, en même temps qu'il comblera toutes les aspirationsde notre cœur, ne doive révéler aussi à notre intelligence les trésors et les merveilles de la sagesse infinie, mais parce que c^estTamour qui, au ciel comme sur la terre, est le vrai centre et le principe nécessaire de toute béatitude. Essayez de concevoir un bonheur où Tamour n'est pas^ vous ne sauriez en venir à bout. D'une vie heureuse par tout le reste ne retranchez que l'amour, vous aurez tout retranché. Au contraire, dans une âme que mille amertumes environnent, mettez un amour satisfait : vous aurez , pour ainsi dire, chassé la douleur, ou plutôt cette douleur sera transfigurée , elle sera devenue du bonheur !

0 sainte Eucharistie, ô Dieu du cœur de rhomme, qui nous dira jamais assez ce que vous faites pour le cœur ! Non , cette œuvre admirable ne peut être exprimée tout entière par des paroles. Chaque âme la sent^ mais à des degrés divers, et ce qu'éprouve l'âme d'un saint, je serais impuissant aie redire; dumoins j'essaierais de vous faire voir que, si le Dieu de lEucharistie est bien vraiment le Dieu de notre cœur, c'est parce qu'en elle nous trouvons, avec la

Bienheureuse Marguerite-Marie, le cœur de notre Dieu.

Le cœur est le principe de la vie : c'est lui qui en règle le cours et en détermine les mouvements ; aussi la vie est-elle toujours en proportion avec la santé du cœur lui-même. Si le cœur est vigoureux et sain, la vie qu'il communique aux membres sera généreuse et féconde. Que sera-ce donc, pour employer l'image si expressive de notre Sainte, que sera-ce quand le cœur dont il s'agit de recevoir l'impulsion est le cœur de Dieu même, quand la vie qu'on veut y puiser est la vie de Dieu même? Car c'est là l'objet des désirs de l'âme qui va trouver Notre- Seigneur dans le sacrement de son amour. Devenir participant de la nature divine, arriver à vivre de la vie divine, c'est tout le Christianisme, « En vertu des grandes et précieuses promesses que le Seigneur nous a faites, dit saint Pierre, nous devenons participants de la nature de Dieu, nous séparant de la concupiscence, des corruptions de ce monde (1). » Et saint Augus-

(1) II Petr. I, 4.

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tin, appliquant justement à l'Eucharistie les paroles de l'apôtre, croit entendre Notre-Seigneur lui dire : « En te nourrissant de ma chair, ce n'est pas moi qui serai changé en toi, mais c'est toi qui seras transformé en moi j>. Or cette transformation, c'est par le cœur qu*elle s'opère, c'est le cœur de Jésus qui absorbe le nôtre et se substitue à lui.

Comment comprendre ce mystère de ramoor divin ? Comme tous les autres, il écrase notre faible intelligence. Essayons cependant de nous en faire une idée.

N'cst-il pas vrai que Dieu nous a donné son Fils pour nous racheter et nous sauver? Mais en nous donnant son Fils, par là même il nous a donné son cœur. Moralement parlant, cela n'est-il pas éclatant d'évidence ? Oîi est en effet le cœur d'un përe, le cœur d'une mère? il est là où est son enfant. « Or nul, dit Tertullien avec vérité, nul n'est père, nul n^est mère autant que Dieu. » Il est donc vrai qu'en nous donnant sonFils unique, il nous a une première fois donné son cœur au Calvaire. Mais ce n'était pas assez pour lui. Il fallait que ce don se perpétuât et pût se renouveler jusqu'à la fin du monde. « Ceci est mon corps ^ ceci est mon sang ; faites ceci en mémoire de moi,,,, et voici que je suis avec vous Jusqu'à la consommation des siècles. :» Ainsi le

premier don est perpétué, renouvelé sans fin. Quoiqu'il soit remonté au ciel, Jésus est resté toujours avec nous, il devient notre bien, notre trésor, le principe toujours renouvelé en nous d'une vie qui n'est pas la nôtre ; c'est toujours le cœur de notre Dieu qui s allie au nôtre pour l'élever sans cesse à la vie divine, en le transfigurant sans cesse.

Mais comment se fait cette union? Y en a-t-il , des preuves expérimentales , capables

de tomber sous nos sens? Non, sans doute : le mystère de la vie humaine reste le plus profond des secrets, même dans l'ordre purement naturel. Comment, dans les ténèbres d'icibas, le mystère de la vie divine pourrait-il se dépouiller des ombres qui l'enveloppent? Et pourtant il a plu à Notre-Seîgneur de manifester par des grâces singulières, toutes miraculeuses, en certaines âmes privilégiées, ce qui est le don de toute âme en grâce, particulièrement dans la sainte Eucharistie. Sans parler de votre héroïque mère, dont le cœur de chair fut transpercé par le dard brûlant du séraphin, une autre grande sainte, Catherine de Sienne vit un jour, dans une vision, Notre-Seigneur lui ôter son cœur etmetlre àsaplacesonpropre cœur, dontelle sentitlebattementplusieurssemaines,commecelui d'un cœur plus grand que le sien. Et la Bienheu-

reuse Marguerite-Marie, si bien faite pour nous entretenir de ce mystère, par sa propre expérience, vit un jour une étincelle brûlante jaillir du divin cœur qui lui était montré, et venir embraser le sien d*un feu qu'elle ne connaissait pas.

Mais, sans recourir auxfaits miraculeux^ne pouvons^nouspas constater comment, en nous-mêmes, nous recevons^ nous possédons, par la foi et par la grâce, mais surtout par la sainte Eucharistie, ce même don qui a été manifesté à ces âmes privilégiées par des révélations sensibles ? Oui, par la foi vivante, par la grâce à tous les degrés, parla vertu des sacrements qui nous la communiquent, ce sont les sentiments, la vie même du cœur de Jésus qui passent dans le nôtre. Comment entendre autrement Tapôtre, quand il vous dit : a J'agis, non pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi » ; mieux encore : «c Je vis et non pas moi, mais c'est Jésus-Chrit qui vit en moi »!

Mais quoi ! ces paroles elles-mêmes ne sont i qu'une traduction, ou plutôt une reproduction des paroles expresses de Notre-Seigneur, d|0^ l'Evangile : a: Si quelqu'un m'aime, il ga^Ra ma parole, et mon Père l'aimera, et nouij^Bendrons à lui, et nous ferons notre demeur|fln lui. Je suis la vigne et vous êtes les rameauji^pemeurez en moi, et moi je demeurerai en (1) »

(1) Joan. XIV, 23; XV 4.

Mais pourquoi cette venue, cette demeure en mon âme?Que viennent y faire lespersonnes divines ? Qu'y fait Jésus par la sainte communion ? Il vient vivre en nous pour faire vivre en nous toutes les vertus chrétiennes et religieuses. Dans les saints, cette présence de Jésus se manifeste même par des actes extérieurs d'une puissance surhumaine. « Au nom de Jésus, lève-toi et marche, » dit saint Pierre au boiteux de naissance assis à la porte du temple. Et saint Paul ne craint pas de dire tout haut : « N'est-ce pas le Christ qui parle par ma bouche »? Mais si Notre- Seîgneur ne manifeste pas sa vie en nous par des miracles, il larévèle certainement par les vertus que lui seul peut nous inspirer, lui seul nous donner la force de pratiquer.

Ames religieuses, qui avez voué au Seigneur des vertus héroïques, par la pratique des conseils de perfection, réjouissez-vous en pensant que c'est Jésus lui-même qui vient en vous pour les accomplir en vous et avec vous, mêlant sa vie à la vôtre, de telle sorte qu'il est très exact de dire, en un sens, qu'elles ne se distinguent pas, suivant la parole formelle de l'Apôtre : < Ce n'est pas moi qui fais ces œuvres, c'est la grâce de Dieu avec moi ; ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus qui vit en moi d.

Vous avez promis la pauvreté parfaite : or il est

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eu VOUS, il vit en vous celui qui vous en a inspiré Tamour. C'est lui qui, par sa présence, vous en donne perpétuellement le saint attrait et la grâce, en vous redisant au fond du cœur, chaque fois qu'il vient vous visiter par la sainte Eucharistie : <L Les oiseaux du ciel ont leur nid , les renards ont leur tanière, mais le fils de Thomme n'a pas où reposer sa tête d.

Et d'où vous vient la sainte obéissance, avec son renoncement perpétuel, avec ses sacrifices toujours renouvelés , avec l'immolation incessante de l'ég-oïsme qui fait le fond de votre nature déchue ; la sainte obéissance dont on peut dire qu'elle est véritablement votre pain quotidien et la nourriture de vos âmes? Elle vous vient de cette voix qui retentit sans cesse au fond de votre cœur, quand vous avez recula sainte communion : « J'ai une nourriture à manger que les hommes ne connaissent pas... Ma nourriture, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé, afin d'accomplir son œuvre d. C'est cette même voix si connue qui vous redit : « J'ai été obéissant jusqu'à la mort, jusqu'à la mort de la croix^ et à l'autel, où le sacrifice du Calvaire se renouvelle chaque jour, j'obéis encore, non seulement à mon Père, mais encore au prêtre, à la voix duquel je descends du ciel, pour aller jusqu'à vous ».

Mais voici, âmes religieuses, votre plus précieuse richesse : c'est la puretéparfaîte. Or, oùhabite ce trésor sans prix? Vous savez bien qu'il est dans le cœur de Jésus : la pureté de Jésus, on peut dire qu'elle est tout TÉvangile. Jésus vierge, né d'une mère vierge, prêchant la virginité, s'entourant de vierges ; ce Jésus qui livre en pâture toute sa personne et tous ses actes aux blasphèmes sacrilèges de ses ennemis, mais ne permet pas que la moindre éclaboussure de la calomnie puisse une seule fois rejaillir jusqu'à sa pureté,* ce Jésus vit en vous par la sainte Eucharistie. Par elle^ il vous rend douce et facile cette victoire perpétuelle sur la vie des sens? qui vous rend dignes de l'Époux divin. Oh ! n'est-ce pas vraiment le cœur de votre Dieu qui bat dans le vôtre, qui, à chaque battement, lui communique un souffle nouveau de cette vertu angélique, le plus radieux ornement et la plus riche parure des habitants du ciel?

Et pour que toutes ces vertus réservées puissent briller en vous d'un éclat que rien ne vienne jamais ternir, il faut encore que vous sentiez en votre âme une autre pulsation du cœur de Jésus : « Apprenez de moi, vou3 dit-il sans cesse, que je suis doux ethumble de cœur )).0 sainte humilité, gardienne de toutes les vertus, mais d'autant plus nécessaire que les vertus sont plus llaute&^

OÙ va VOUS chercher, où vous trouve sans cesse rame religieuse, si ce n'est dans la sainte Eucharistie?

Pauvreté, chasteté, obéissance^ humilité, et je pourrais y ajouter toutes les vertus chrétiennes, on peut ^bien dire que ce sont toutes ces gloires réunies qui constituent le cœur de Jésus, comme tous les rayons qui jaillissent du soleil, si on pouvait les réunir, formeraient le corps et la substance de ce grand astre. Or, tous les rayons du divin Soleil, la sainte Eucharistie les renferme ; mais elle ne les possède que pour les communiquer, donnant ainsi à Tâme fidèle précisément ce que la bienheureuse Marguerite-Marie allait lui demander : le cœur de son Dieu.

N'est-il pas vrai, mes Sœurs, que toutes ces vérités si consolantes et si hautes, dont je viens de vous entretenir, vous les connaissez par votre expérience? N'est-ce pas après la communion surtout que vous aimez la pauvreté, la chasteté, l'obéissance? N'est-ce pas dans la communion que vous les demandez à Jésus? N'est-ce pas à la table sainte que vous renouvelez mille fois le serment d'être toujours pauvres, toujours pures, toujours obéissantes, pour l'amour de Celui qui vous y communique son propre cœur? N'est-ce pas à la sainte commuuion que vous expérimentez le mieux la bonté et la douceur de votre Dieu,

et que vos âmes recueillies entendent plus distinctement la voix de Celui qui vous demande de si grands sacrifices ? N^est-il pas vrai, enfin, que la sainte Eucharistie étant le plus grand témoignage de l'amour divin, le commencement du ciel même, par l'union réelle qu'elle établit entre vous et Notre-Seigneur, c'est à la table sainte que votre cœur touche de plus près le cœur de votre Dieu ? que c'est là, enfin, que vous redites avec le plus de joie, par la voix du Psalmiste : « Qu'y a-t-il de meilleur pour moi dans le ciel? et que puisje désirer stfr la terre? Mon cœur et ma chair ont défailli : vous êtes le Dieu de mon cœur, vous êtes, ô Dieu, mon partage pour l'éternité ! »

Concluons cette méditation par la belle prière du Père deCondren, laissée parlui enhéritage, non seulement à tous les prêtres, mais aussi à tous ceux qui aiment à aller puiser la vie au divin Tabernacle , c'est-à-dire dans le cœur même de Jésus : « 0 Jésus, vivant en Marie, venez et vivez dans vos serviteurs et vos servantes, en l'esprit de votre sainteté, dans la plénitude de votre force, dans la perfection de vos voies, dans la communion de vos mystères. Dominez toute puissance ennemie, par votre Esprit-Saint, à la gloire de votre Père, i^

Ainsi soit-il.

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