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EN DIEU

Nous savons, mes Sœurs , que Dieu veut Je progrès de nos âmes, qu'il y travaille sans cesse, qu'il Tattend toujours. Et cependaoU âmes chrétiennes, âmes religieuses^ pour qui ffi>us formons et qui formez tous les jours les vœux les plus ambitieux de perfection, êtes- vous en progrès? Depuis le temps que vous servez Dieu, avez- vous pu constater que vous ayez fait quelques pas en avant? Peu d'entre vous, peut-être, oseraient répondre affirmativement. Sans doute, quelles que puissent être vos impressions particulières) je ne crains pas de l'affirmer : il n'est pas possible que la seule persévérance dans l'observation fidèle de la règle soit restée stérile pour vous. Faites-vous cependant tous les progrès que vous pourriez faire? Peut-être que non. Pourquoi?

Un pieux auteur (1) en cherche les causes, et il

(1) Le P. Faber,de rOratoire.

en signale une qu'il regarde comme la principale, et qui est celle-ci : notre manque de confiance en Dieu. Qu'est-ce que donc que cette confiance si nécessaire au progrès de l'âme? C'est une vertu qui suppose la foi et l'espérance, et quelque chose de plus qui vient s'y joindre : c'est comme un composé exquis de l'un et de l'autre, qu'on pourrait appeler le parfum de lafoi et la fleur de l'espérance. Or je dis, avec notre auteur, que, pour les âmes déjà pieuses, déjà ferventes, c'est cette confiance filiale en Dieu qui est le principal ressort du progrès, tellement que, sans elle, le progrès est rendu, pour ainsi dire, impossible. C'est cette pensée que je voudrais aujourd'hui justifier en la développant devant vous.

D'abord, quel est le signe caractéristique de cette confiance en Dieu? Pour être tout à fait clair, je va'is commencer par vous la définir : c'est le repos de notre esprit dans la pensée habituelle de la présence, de la toute-puissance et de la miséricorde de Dieu , considéré moins comme notre créateur et notre souverain maître, que comme notre père et notre sa\xN^\x\,

550 UNE RETRAITE AU CARMEL. — NEUVIÈSfB JOUR

Cette définition a son fondement, & la fois, dans la sainte Écriture et la raison.

«0 Dieu, chante le Psalmiste,dësle sein de ma mère j'ai été jeté dans vos bras... Seigneur, ne me lâchez point, gardez-moi comme la prunelle de votre œil : protégez-moi à l'ombre de vos ailes. ») Que de fois ne se reproche-t-îl pas d'avoir trop craint et de ne pas assez espérer. « 0 mon âme, pourquoi êtes-vous triste et pourquoi vous troublez-vous? Espérez en Dieu... Non, nous ne craindrons point, quand même la terre serait ébranlée, quand même les montagnes seraient précipitées au fondde la mer(l). J'irai au Seigneur , au Dieu qui réjouit ma jeunesse? » Pourquoi le Psalmiste dit-il ma jeunesse? C'est parce que la jeunesse estl'âgo de la confiance, et quand il s'agit de ses rapports avec Dieu, Tâme no vieillit point, elle rajeunit plutôt, à mesure que cette confiance grandit : « Tous ceux qui espèrent au Seigneur sentiront leur force se renouveler, » dit Isaïe (2). Pourquoi le prêtre qui monte chaque jour à l'autel , même après cinquante années de sacerdoce, répète-l-il toujours la parole du Psalmiste : « Je vais à l'autel du Seigneuf, du Dieu qui réjouit ma jeunesse »? C'est

(1) Ps. XLV, 3.

(2) Is. XL, 31.

CONFÉRENtE SUR LA CONFIANCE EN DIEU. 551

qu'aux pieds du tabernacle, il apporte, avec les prières mystérieuses qui font descendre du ciel la victime éternelle, Thommage, toujours plus fervent, d'un amour qui ne connaît pas de rides, d'un cœur qui ne saurait veillir.

Dans le saint Évangile, dont l'ancien Testa-* ment n'était que l'annonce et la figure, les appels de Dieu à l'âme, pour créer en elle la confiance filiale, prennent un accent de tendresse encore plus pénétrant, coirime pour laisser notre froideur sans aucune excuse.

C'est un Dieu fait homme pour Tamour de nous qui nous dit : « Je suis le bon pasteur, et le bon pastenr donne sa vie pour ses brebis... Je connais mes brebis, et je les appelle une à une par leur propre nom ». Ce même Dieu, devenu pasteur, ne peut voir une seule de ses brebis s'égarer, sans aller la chercher au milieu des épines et la rapporter sur ses épaules.

Ailleurs, ce n'est plus à un pasteur que ce grand Dieu daigne se comparer : il descend encore à des termes plus familiers ; il est comme n la mère poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes ï>. Enfin, la vue des égarements volontaires, des infidélités persévérantes et obstinées de ceux qu'il voulait sauver lui arrache des larmes : « J'ai voulu vous réchauffer sous mes ailes, mais vous n'avez pas vquIu iNoluùtis 1 1>

Or considérez^ mes Sœurs, qu'il y a loin d'une Jérusalem infidèle et révoltée contre son Sauveur à une &me chrétienne qui, si misérable qu'elle soit, a cependant la foi et veut travailler à son salut. Comment donc Jésus, si tendre pour l'enfant révolté, jusqu'à le poursuivre de son amour et de ses larmes au fond même de l'abîme où il va s'engloutir, pourrait-il être sévère et dur pour celui qui croit à sa parole, qui craint sa justice et désire observer sa loi ? Aussi pouvons-nous dire sans témérité que c'est à nous, aussi bien qu'aux apôtres eux-mêmes, que Notre-Seigneur fait entendre, par des expressions d'une tendresse singulière et privilégiée, qu'il les distingue entre tous ceux qu'il aime, et leur donne un rang, comme un titre qui n'appartient qu'à eux. « Filioli, dit-il à ses apôtres^ mes petits enfants ! » et ailleurs : « Je ne vous appelle point mes serviteur, mais mes amis ». Aussi pouvons-nous dire, avec le P. Faber, que l'esprit de l'Evangile ne respire que tendresse, et ainsi, selon l'Evangile, les vrîys rapports de l'âme fidèle avec son Dieu sont ceux-ci : tendresse plus que paternelle de la part de Dieu, confiance toute filiale de la part de l'âme.

Eh! bien, je vous le demande, mes Sœurs, Dieu pouvait-il, dans sa toute-puissance, trouver çiiolque chose de çlu*, ^our nous encourager à

une sainte familiarité? Les saints ne l'ont pas pensé, et ils le prouvent bien, et par leurs paroles et par leurs pratiques. Selon saint Grégoire le Grand, toute TEcriture n'e pas d'autre but que de nous fortifier, dans les souffrances présentes, par l'espérance desbiensfuturs. « PourquoiDieu, dit saint Thomas d'Aquin, nous inviterait-il si souvent à nous appuyer sur lui, s'il ne voulait pas nous porter? Dieu ne saurait nous tromper ; il est incapable de s'offrir à nous porter, puis de se retirer aussitôt que nous voulons nous appuyer sur lui. Voyez l'enfant , ajoute le même saint, oublie-t-il un seul instant, dans ses peines, que sa mère est là pour le secourir? Eh bien ! rhomme doit rougir de ne savoir pas faire pour Dieu ce que Tenfant fait si naturellement pour sa mère (1). »

Assurément, mes Sœurs, l'autoriié de l'Ecriture suffit, et au delà, pour nous bien faire entendre ce que c'est que la confiance en Dieu et le devoir de cette confiance ; mais il n'est pas sans intérf't de voir comment notre seule raison, froidement interrogée, nous conduit encore au même résultat. Ce devoir si doux, si consolant, d'une confiance tendre et filiale en Dieu, est en

(1) Saint Thomas, cité par lo P. Saint-.lnro, Cfiïiftaîaf.et awi, de X.'S, J,-C., m, 21.

554 UNE RETRAITE AU CARMSI*. — NBÙViÈHE JOUR.

même temps une prescription de la raison. Et d'abord Dieu est notre créateur, et nous sommes sa créature. Je n'en veux pas davantage pour conclure qu'il a vis-à-vis de nous les droits, mais aussi qu'il s'est imposé les devoirs et les charges d'un père. Pourquoi? Parce que la création est un acte de pure bonté, toute gratuite, avant d'être une opération de la puissance et de la sagesse divine.

Mais voyez dans quels rapports sa seule essence divine nous constitue vis-à-vis de lui. Esprit pur, tout-puissant, partout présent, contenant toutes choses dans son immensité, embrassant le présent et l'avenir, il nous enveloppe de'tout côté et nous porte dans son sein. Voyez l'oiseau dans l'air , le poisson dans l'Océan ! Du premier, on peut dire que l'air est la vie qu'il respire; du second, que les flots de la mer lui servent de vêtement : c'est notre situation réelle, nécessaire, relativement à l'être divin, ou plutôt, ce n'est encore là qu'une trop faible et imparfaite image. Comme esprit pur, dit la raison, et la théologie avec elle, Dieu est plus présent à notre âme que notre âme ne l'est à elle-même.

Supposez l'oiseau doué d'intelligence et de raisonnement, oubliera-t-il un seul instant le fluide bienfaisant qui l'environne, qui le porte, sans lequel ses a\Ves \icb sauraient se mouvoir p

NeTaimera-l'-il pas, comme on aime sonélément, sa force, son principe de vie?

Eh ! bien, saint Paul nous le dit : n En Dieu nous avons la vie, le mouvement et Têtre d. Nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien, pas le plus petit mouvement de Tâme ou du corps, sans lui. Nous ne saurions nous séparer de lui un seul instant, sans retomber dans le néant. Or c'est un dogme de notre foi chrétienne que cet élément divin, immense, infini, universel, par lequel et au sein duquel nous vivons, a un nom propre que la rai son soupçonne, balbutie, mais que le chrétien seulprononce avec une pleine assurance; ce nom est : charitas, charité, amour. Et ainsi nous vivons, nous nous mouvons, nous renouvelons à chaque instant Têtre que nous sommes au sein même de l'amour créateur. Voyez donc si la confiance filiale envers cette bonté souveraine, toujours présente, n'est pas justifiée par la raison.

Mais l'Evangile seul pouvait nous révéler l'immensité des effets de cette bonté toute gratuite du Créateur envers sa créature : « Il a vraiment pris sur lui toutes nos langueurs, et il a porté lui même toutes nos peines». C'est ce qui fait que notre vrai modèle, dans nos rapports avec Dieu, c'est bien visiblement le petit enfant vis-à-vis de son père et de sa mfete. li^w^ ^^^

maux, disions-nous tout à l'heure avec ? aint Thomas, l'enfant n'oublie pas un seul instant que sa mfere est là, prête à le secourir. Naïvement il se persuade que cette mère, dont un secret instinct lui a révélé l'amour, est toute-puissante pour le soulager dans toutes ses peines. Sainte illusion qui fait sourire et qui attendrit ! Mais cette illusion n'en est pas une, quand il s'agit de Dieu ; c'est, au contraire, la plus certaine comme la plus douce des réalités.

La pratique des saints, fondée sur les plus expresses paroles et sur les faits de l'Evangile, nous montre l'application de cette consolante doctrine, sous son jour le plus saisissant. Leur confiance va, pour ainsi dire, jusqu'à déBerDîeu d'être sévère, alors même que sa justice semble déjà s'exercer sur le pauvre pécheur agenouillé devant lui. Ce qui les excite à cette sainte audace, c'est entre autres, l'exemple de cette Chananéenne du livre saint, que Notre-Seigneur commence par repousser avec une insistance d'une mystérieuse dureté. D'abord à sa prière suppliante il ne répond pas un mot. Les disciples qui, d'ordinaire, écartent les importuns, sont touchés euxmêmes de la prière d'une mère affligée, et intercèdentpourelle. Notre-Seigneur ne se laisse pas toucher. « Je n'ai été envoyé, dit-il, qu'aux brebis perdues de \a Awa\ ^ou ôi'\^^^<?^, > L%. pauvre mère

qui prie non pour elle, mais pour son enfant, ne se rebute pas. Prosternée^ elle répète : «Seigneur, ayez pitié de moi»! Mais Jésus, à la dureté de son silence, ajoute la dureté d'une réponse, qui ressemble à une injure : « Il n'est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens » ! La pauvre Chananéenne va-t-elle se lasser ? Non. Que ne peut la foi aiguisée par Tamour maternel ! Que faut-il admirer de plus, dans sa réplique, ou la profondeur de l'humilité, ou la sublimité de la confiance? « C'est vrai, Seigneur, mais les petits chiens eux-mêmes se nourrissent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres !» A ce coup, Notre-Seigneur ne résiste plus, un cri d'admiration lui échappe : « 0 femme, voire foi est grande ! Qu'il soit fait comme vous le désirez (1) ! 3>

Chose singulière ! c^est à sa sainte mère, ellemême, que Notre-Seigneur a voulu adresser la première parole, d'apparente dureté, qui soit dans le saint Evangile. « Mon fils, lui dit Marie^ aux noces de Cana, ils n'ont plus de vin. » Qui, plus que Marie, avait droit de compter sur un prompt miracle. Vous savez la réponse : ol Femme, que vous importe à vous et à moi ? Mon heure n'est pas encore venue ». Evidemment, cette réponse,

(1) Matth. XV, 22-27.

tout le monde Taurait prise pour un refus. Que fait Marie ? Elle ne s'en émeut pas. « Faites, ditelle aux serviteurs, tout ce qu'il vous dira. » Et le miracle de Gana, le premier de tous, est accompli. Ainsi , avant la Chananéenne, la Vierge Marie ne croit pas à la dureté qui semble respirer dans les paroles de son fils : elle n'y croit pas, parce qu'elle connaît le cœur de Jésus !

Ainsi ont toujours procédé tous les saints, dans leurs rapports avec Dieu : ils savent qu'en lui parlant, ils parlent à un père, et qu'un père ne repousse jamais l'enfant, même le plus criminel, lorsqu'il revient à lui. Ils savent, selon la parole de saint Augustin, que c Dieu est un père, une mère : un père parce qu'il a créé, parce qu'il appelle, parce qu'il commande, parce qu'il régit ; une mère, parce qu'il ne cesse de nous réchauffer, de nous nourrir, de nous allaiter, de nous porter (1). s>

C'est bien dans cet esprit que notre vénéré Père de Condren donne cet avis aux âmes chrétiennes et religieuses (2) :

« Faites des efforts soutenus pour vous représenter Notre-Seigneur aimable, plein de compassion pour vous, portant lui-même votre croix et vous appelant à lui, et jamais comme votre

(1) Aug. in Ps. XXVI, n. 18.

(2) Let. p. 335, édit. Pin.

juge, ni sous aucun aspect sévère, car il n'est jamais ainsi pour nous qu'après la mort (1) ; tant que nous vivons, il est notre avocat. C'est s'abuser lourdement que de croire le contraire. Figurez-vous-le donc tel qu'il est en vérité, et ne vous donnez point de peine gratuitement et sans cause. Fuyez les méditations pleines de crainte : nourrissez votre âme de Notre-Seigneiir, dans lequel seul se trouve le remède à vos tentations, par des considérations de son amour pour vous. »

Voilà, mes Sœurs, comment une confiance inaltérable, pleine de paix et de joie, forme le fond solide, inébranlable, de toute vraie piété. C'est là, pour le dire en passant, ce qui confond les faux jugements, disons les calomnies du monde, à l'endroit de la vie chrétienne et religieuse. La dévotion , selon quelques-uns, consisterait à vivre craintif et malheureux dans ce monde, sous le regard irrité de Dieu, dans l'espoir d'être bienheureux dans l'autre. Ils ne font pas réflexion que l'amour bannit la crainte, et que la confiance habite au fond de l'âme pénitente. Parce qu'ils

(1) n est bien clair que le vénérable auteur ne parle ici que de rame qui paraît au tribunal de Dieu en état de pèche . A toute âme en grâce Notre- Seigneur, au sortir de cette vie, ne peut se montrer sévère, puisqu'il lui dit : « Venez, les bien-aimés de mon Père, au royaume qui vous est préparé de to\itft^\.«ni\\à^.

VOUS voient sans plaisirs en cette vie, ils se persuadent que vous êtes sans bonheur. Ils oublient, a dit justement une illustre chrétienne, c que le bonheur est chrétien, si le plaisir ne Test pa8(l)^. Cest une pensée déjà exprimée par 'sainte Thérèse elle-même, parlant des premières filles qui la suivirent dans sa Réforme: «Plusieurs, parmi elles, ont passé leur jeunesse dans les vanités du monde où elles étaient engagées et où elles auraient pu vivre heureuses, à en jugerpar ses maximes : ici elles sont les plus joyeuses : Dieu leur paie en vrai bonheur les faux plaisirs qu'elles ont quittés pour lui (2) x.

J'arrive à une seconde considération : cette confiance chrétienne que nous venons de décrire est souverainement utile, ou plutôt nécessaire au progrès de l'âme dans la perfection.

« Pourquoi, dit le P. Faber,y a-t-il tant d'âmes chrétiennes qui n'arrivent pas à une perfection plus haute? C'est à cause de leur manque

(1) Mme Sweichioe.

(2) ne, I, 339,

d'amour filial pour Dieu. > Ces âmes restent dans les régions inférieures de la crainte ; elles se découragent facilement, elles ne remportent jamais de grands triomphes, semblables à ces soldats qui sont d'autant moins victorieux qu'ils doutent de la victoire.

Cette confiance filiale est un devoir : pourquoi? Parce que Notre-Seigneur a donné à tous les chrétiens, sans exception, le droit de compter sur les consolations qui viennent de lui, parce qu'il a pourvu à ce qu'ici-bas la pratique des vertus, même les plus rigoureuses et les plus difficiles, ne fût pas sans attrait, n Mon joug est suave et mon fardeau léger. » C'est à tous que Notre-Seigneur adresse ce céleste appel à la confiance filiale. Son service est un joug, la pratique des vertus chrétiennes, pour notre nature corrompue, est un fardeau ; mais si c'est un joug, il faut que nous sachions que, selon sa volonté expresse, le joug est « suave». C'est un fardeau, mais un « fardeau léger » qui n'écrase point. Sans doute il faut combattre ses passions, il faut faire pénitence, il faut porter sa croix, il faut s'attendre à souffrir. Tout cela est vrai. Que de fois nous vous l'avons répété ! Et cependant c'est méconnaître le plan divin, c'est presque calomnier Notre- Seigneur que de lui attribuer le dessein cruel de nous faire souffrir, de

nous voir souffrir ici-bas sans compensation, sans consolation, sans un principe intérieur de joie surnaturelle qui accompagne toutes les épreaveSy qui survit à toutes, doit nous aider à triompher de toutes. Ce principe intérieur de consolation et de joie, c'est cette confiance filiale qui a pour mission de rendre suave le joug du Seigneur et léger son fardeau.

Cette confiance est un encouragement toujours présent et compatible avec tous les maux, toutes Ips épreuves de la vie. C'est elle qui fait dire au Psalmiste : « Non, ô Seigneur, il n'y a point d'épreuve que je redoute, car vous êtes avec moi (1) ». Et en effet, si intime, si profonde que soit la douleur, il y a quelque chose de plus profond en nous-même, c'estDieu présent, dans Tintime de l'âme, avec toute sa puissance et tout son amour.

Et cet encouragement intime et profond, loin de diminuer, grandit dans Tâme chrétienne, à mesure que l'épreuve augmente; car plus l'âme se sent accablée, impuissante, plus elle comprend qu'elle doit compter sur le secours de Dieu. Ne voyez-vous pas, dans l'Ecriture sainte, comme dans la vie des saints, que c'est chez les plus éprouvés que cette vertu de la confiance

(1) Non timebo mala, quoniam tu mecum es. (Ps. xxii.)

filiale éclate davantage? L'ancien Testament et le nouveau se font écho sous ce rapport : c Lors même qu'il me tuerait, dit Job sur son fumier, j'espérerais encore en Lui » — « C'est dans une tribulation^ dit saint Paul, que je surabonde de joie. »

Par cela même que la confiance filiale est pour l'âme une consolation, un encouragement, elle est aussi une force. En effet, elle nous dégage de nous-mêmes, qui sommes une faiblesse, pour nous faire passer en Dieu, qui est notre force.

Plus la confiance en Dieu grandira dans vos cœurs, moins vous croirez en vous-mêmes, et plus vous sentirez Dieu en vous.

Sortir de son pays, c'est le commandement que Dieu fait à Abraham : « Egredere^ Sors d. C'est aussi la parole que Dieu dit àTâme : «Egrederey Sors, quitte-toi toi-même, renie-toi ; mais sois assurée que plus tu auras fait le vide en toi-même, non seulement en confessant ton infirmité, mais en reconnaissant que moi seul je suis la force, plus tu sentiras ma divine présence». — cil faut qu'il croisse et que moi je diminue, dit le saint Précurseur, en parlant de Notre-Seigneur et de lui-même, d C'est Teffet que produit la vraie confiance en Dieu : les bras de Dieu s'ouvrent d'autant plus largement que nous nous dépouillons plus de nous-mêmes. Voyez, dans saint Paul,

comme ces deux choses se touchent et se soutiennent mutuellement : le vif sentiment de sa faiblesse et le sentiment non moins vif de la force qui lui vient de Dieu : a C'est quand je me sens faible, dit-il, que je deviens fort ». C'est cette confiance en Dieu qui est la mère et la compagne du saint abandon, duquel on peut dire qu'il est le grand chemin de la sainteté.

Cette confiance en Dieu, régnant dans une âme, est comme une espérance de victoire : la victoire du salut d'abord, puis la victoire sur tous les obstacles qui s'opposent à notre perfection.

Le saint roi Josaphat, se trouvant en présence d'une multitude ennemie , sentit la crainte envahir son cœur. Alors un prophète vint le trouver de la part du Seigneur, et dit : « Prêtez J 'oreille , vous tous , enfants de Juda, et vous qui habitez Jérusalem, et toi, roi Josaphat, voici ce que vous dit le Seigneur : Ne craignez point et n'ayez pas peur de cette multitude, car ce combat que vous allez livrer, ce n'est pas le vôtre, c'est celui de Dieu... Ce n'est pas vous qui combattez; ayez seulement confiance, et vous verrez le secours du Seigneur descendre sur vous. 0 Juda et Jérusalem ! n'ayez ni crainte ni terreur : demain, vous sortirez contre eux, et le Seigneur sera avec vous (1)! »

(1) II Paralip. xx, 15.

Combien cette assurance prophétique s'adresse plus particulièrement aux âmes chrétiennes dans les combats du Seigneur! Comment peuvent-elles oublier jamais qu'elles ne luttent jamais seules, et que celui qui est avec elles ne laissera jamais vaincre son allié que par sa propre faute? Comment peuvent-elles oublier que Dieu, leur appui, leur compagnon, en même temps que leur chef dans le combat, sait toujours faire tourner toutes choses au bien de ses élus, omnia propter electos? Oui, tout, mes chères Sœurs, et principalement nos tentations, nos peines, nos douleurs, nos maladies, nos sécheresses dans Foraison : en sorte qu'il n'y a jamais un jour, une heure, un moment où nous n'ayons le droit de dire avec Isaïe : « Voici mon Dieu, mon Sauveur; j'irai en toute confiance, et je ne craindrai point (1) ».

C'est donc à vous, mes Sœurs, à vous en particulier, qu'il faut répéter avec une sainte assurance la parole que Notre-Seigneur disait à ses Apôtres: < Confidite: Ayez confiance, c'est moi, ne craignez point (2) ».

Oui, c'est par la confiance que vous obtiendrez tout du cœur de Dieu. Il ne cesse, par la voix de vos saintes règles, par les inspirations de

(1) la. XII, 2.

(2) Marc, vi, 50.

sa grâce , de vous provoquer à plus d*amour, à plus de sacrifices pour sa gloire. Et ce serait pour que ces désirs fussent stériles, pour vous lasser inutilement à la poursuite de biens qu'il ne veut pas vous donner 1 Loin de nous des pensées si injurieuses à sa bonté, si contraires à sa nature! Non, Dieu ne met pas dans Tâme un désir, dont il est le seul objet, pour ne pas le satisfaire. Quand donc vous sentez en vous le désir d'une vertu^ ardent, profond, persévérant (car ce sont-làles désirs qui viennent de Dieu), ayez confiance ! Croyez fermement que Dieu vous donnera ce que lui-même vous fait lui demander ainsi.

Confidite, Dieu est votre père, mais de plus il est votre époux : ces seuls titres ne disent-ils pas tout à votre âme? Un enfant, une épouse, n'ont-ils pas droit à la gloire, au bien, au bonheur de leur père, de leur époux? Et ne sont-ils pas d'autant plus vrais enfants, vraies épouses, qu'ils aspirent à une plus grande union , à une plus grande ressemblance avec leur père , avec leur époux?

Courage donc, mes Sœurs, jetez vos cœurs hardiment dans le sein de votre père céleste, de votre époux divin ; dites lui sans crainte : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Me voici: je ne veux que votre volonté, je la veux tout

entière et pour toujours. Je ne serai rassasiée que lorsque, devenue semblable à vous autant que l'humaine nature le permet, je vous serai unie à jamais dans Téternité. »

Et n'en doutez pas, à cette confiance toute filiale de vos cœurs, un surcroît de bénédictions, de paroles consolantes répondra toujours. Vous entendrez la parole du Sauveur venant à vous sur les eaux agitées, c^est-à-dire au milieu même de toutes vos épreuves, comme il est venu à ses apôtres sur le lac de Génésareth : « Ego sum^noli ^«Wr^: C'est moi, ne craignez point ! D comme il s'est révélé à ces malades, à ces pécheurs de l'Evangile, à qui leur foi méritait des miracles: « Ayez confiance, votre foi vous a sauvés!»

C'est cette confiance absolue, persévérante, héroïque, qui a fait la plus belle part de la sainteté de votre mère Thérèse, et elle a laissé en héritage à ses enfants des paroles et des exemples bien capables de vous guider dans tous les ggnres de tentations. Elle ne veut pas que les âmes soient étroites et scrupuleuses, sous prétexte de perfection. « Croyez bien, dit-elle à ses filles, que Dieu ne s'arrête pas à une foule de petites choses. Gardez votre âme à l'abri d'inquiétudes sans fondement, qui pourraient vous empêcher de faire beaucoup de bveu, ^^^xxyoL^

intention droite, une ferme volonté de ne point offenser Dieu, et ne craignez pas, avec cela, de vous donner une sainte liberté d'esprit et de cœur. Ces craintes, loin de vous rendre meilleures, vous feraient tomber dans des imperfections et vous empêcheraient de faire du bien aux autres (1). »

Craignez-vous quelquefois d'avoir perdu la grâce, sans savoir quel péché vous aurait valu ce malheur? Rappelez- vous cette parole de Notre- Seigneur à Thérèse, en proie à ce genre d'épreuve :

« Ma fille, la lumière est bien différente des ténèbres, nul ne se perdra sans le savoir. j>

Mais peut-être vous vous exagérez la crainte de vos moindres manquements. Entendez donc votre sainte Mère vous redire : « Souvent ce qui est faute aux yeux des hommes ne Test pas aux yeux de Dieu, qui seul connaît notre nature et notre faiblesse » .

EnfiB, car cette tentation se voit aussi parmi vous, est-ce la crainte excessive de la mort, déjà mort subite, qui vous travaille? Même en ce dernier cas, la Sainte ne veut pas qu^on s'effraie. « Dieu, dit-elle, nous prend toujours au moment où nous sommes le mieux préparés, où il

(1) Vie, I, 369,

nous est le plus avantageux de mourir (1). » Et ailleurs elle nous révèle le glorieux et mille

fois consolant privilège assuré par Notre-Sei-

gneur aux monastères du Carmel :

« Ma fille, lui dit le divin Maître, j'assisterai

ainsi toutes les religieuses qui mourront en ces

monastères : qu'elles n'aient donc point peur des

tentations à l'heure de la mort. »

Vous en conclurez avec moi, mes Sœurs, que

s'il y a un lieu en ce monde oîi doive être

répétée et goûtée la parole du Seigneur: Confi'

dite, c'est un monastère du Carmel.

(1) Lettre 131» p. 176.

ve?***

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