I. LES DOCTRINES
la sienne, et voici comment il justifie cette innovation.
«Quelques esprits, admettant la justesse de l’une et de l’autre conception, peuvent être indifférents à cet égard. Nous pensons, toutefois, qu’un examen attentif fera comprendre que celle que nous avons adoptée est la plus rigoureusement exacte. La raison qui nous a fait rejeter une conception si ancienne, a prévalu dans d’autres sciences. C’est que, si les phénomènes les plus simples de la science monétaire peuvent être également bien expliqués par chacune des conceptions, les phénomènes les plus compliqués sont totalement inexplicables par celle de la monnaie intermédiaire des échanges. S’il n’y avait eu que de la monnaie métallique, l’ancienne conception aurait suffi ; et c’était le cas à l’époque de son origine. Mais, dans les temps modernes, un instrument beaucoup plus compliqué a été imaginé, savoir le crédit ou la monnaie de papier. Notre raison de rejeter l’idée généralement reçue, c’est que cette idée est tout à fait impuissante à résoudre les problèmes les plus difficiles et les plus importants de la monnaie de papier. Au contraire, toute la théorie du • crédit et de la monnaie de papier peut être établie et tous les phénomènes expliqués parla conception fondamentale que nous adoptons. Une preuve excellente delà justesse de cette observation, c’est qu’aucun des écrivains qui ont adopté l’ancienne conception n’a jamais essayé de résoudre les problèmes les plus compliqués delà théorie de la monnaie de papier et ne semble même s’être aperçu de 1 existence de ces problèmes. Les plus terribles calamités ont été causées par la création d’une monnaie de papier en contradiction avec notre conception fondamentale. On verra qu elle donne de tout une solution satisfaisante.
« La force de ce raisonnement sera sensible pour quiconque envisagera dans d’autres sciences des cas analogues. Ainsi la définition de l’angle adoptée par Euclide
est suffisante pour la géométrie ; elle ne l’est plus pour la trigonométrie, qui est fondée sur une conception toute différente. De même la conception de la position centrale delà terre pouvait expliquer les plus simples phénomènes de l’astronomie, mais non les phénomènes les plus compliqués ; elle a été abandonnée pour celle de la position centrale du soleil. La théorie des émissions de la lumière a été, pour la même raison, remplacée par celle des ondulations. La même méthode nous oblige à rejeter la conception de la monnaie intermédiaire des échanges pour adopter celle de monnaie représentant une dette.
« Adam Smith, partisan de la conception ancienne, a touché une fois à la vérité. 11 a dit : « Une guinée peut être considérée comme une lettre de change pour une certaine quantité de marchandises sur tous les commerçants du voisinage. » 11 aurait dû dire sur tout le commerce du monde civilisé. 11 serait arrivé ainsi àla vraie conception. Mais, malheureusement, comme un rustre qui a trouvé un diamant, il ne soupçonne pas la valeur de la vérité qu’il avait accidentellement exprimée, et la laisse échapper des mains. »
L’insuffisance de la monnaie primitive, qui vient d’être supposée, d’une part comme reposant sur la confiance, facile à ébranler, que les débiteurs pourraient accomplir leurs promesses, de l’autre, comme ne se prêtant pas aux divisions que les transactions comportent ; la nécessité sentie d’avoir une monnaie qui non-seulement prouve la dette, mais qui en mesure le montant, puis d’avoir une matière divisible en plusieurs parties, représentant chacune une partie de la dette ; les métaux et en particulier les métaux précieux, l’argent et l’or, présentant les conditions de la monnaie, comme étant d’une division facile, durables, et doués d’une valeur reconnue qui inspire toute confiance, et peut commander les services non-seulement d’un débiteur originaire, mais ceux de toute la