I. LES DOCTRINES
nir la plus grande quantité possible des produits des autres en échange du sien. Si donc il a reconnu que l’objet de son travail a perdu de sa valeur en échange, il changera d’occupation. 11 renoncera à produire ce qui est dédaigné, pour produire ce qui est recherché. Mais, la plupart des gens se mettant à produire l’article le plus recherché, et par suite la production de cet article augmentant, sa valeur en échange diminuera inévitablement, et l’article moins recherché, dont la quantité sera diminuée, verra augmenter la sienne. Cet état de choses continuera jusqu’à l’établissement d’un équilibre des avantages entre les différents producteurs, qui ne leur laissera plus de raison décisive de changer d’occupation. »
De ces observations dérive un principe essentiel en économie politique, principe sur lequel on reviendra plus loin, à savoir que ce riestjms le travail cjid communique la valeur^ mais la valeur qui provoque le travail.
La suite de ces observations sur le même état de société a conduit l’auteur à une découverte nouvelle qui modifie profondément la science, et sur laquelle nous appelons toute l’attention de nos lecteurs. Il s’agit de ses vues concernant la dette qui se contracte, dans le cas où, un homme ayant besoin des services de son voisin, et celui-ci ne réclamant pas tout de suite l’équivalent, il reste un compte à régler ultérieurement.
En pareil cas celui à qui est dû l’équivalent, recevra peut-être, pour sa sûreté, quelque signequi prouve l’existence de la dette, un écrit, par exemple, si l’écriture est connue alors. Si l’on suppose que lui-même a besoin des services d’un tiers, et que ce tiers, n’ayant rien à lui demander, ait besoin des services du débiteur ci-dessus mentionné; il sera naturel qu’il lui transfère la dette de ce dernier. Cette opération se répétant, et l’obligation écrite, ou la preuve de la dette, permettant à son posses-
i6 EXPOSÉ GÉNÉRAL. ■
seur de réclamer du débiteur quelque service, passera de main en main ; ce qui constituera ce que nous appelons monnaie (1). La monnaie est, par conséquent, la preuve d’une dette due à son détenteur, attestant qu il a rendu des services pour lesquels il n’a pas reçu d’équivalent, et qu’il pourra demander cet équivalent à une certaine date. Lorsqu’il fait cette demande, il doit céder la preuve ou la détruire. Ainsi la monnaie sert à faciliter le transfert des dettes d’un individu à un autre, quel que soit le moyen adopté à cet effet, de l’or, de l’argent ou du papier.
Ainsi monnaie et dette transférable sont deux termes équivalents; tout ce qui représente une dette transférable est monnaie, et de quelque matière que soit la monnaie, elle représente des dettes transférables et rien autre chose. De là dérive un principe fondamental qui ne doit pas être perdu de vue dans les questions relatives à la monnaie; ce principe est que là où il ny a jias de dette, il ne peut y avoir de monnaie. De là aussi il résulte que l’usage de la monnaie est, non de faciliter les échanges proprement dits, mais de les abolir.
Cette conception de la monnaie n’est pas conforme à celle qui est accréditée depuis Platon et Aristote. Tous les économistes en ont fait rinstrument, le moyen des échanges, une marchandise intermédiaire servant à effectuer des échanges indirects. A cette conception appuyée partant d’autorités, M. Macleod n’hésite pas à substituer
(1) Je traduis ainsi le mot anglais currency, qui comprend non-seulement la monnaie métallique, mais le papier qui la remplace. On peut aussi le traduire, dans certains cas, par circulation monétaire. he mot numéraire, proposé par M. Michel Chevalier, n’a été jusqu’ici appliqué qu’à la monnaie métallique. L’autorité scientifique de notre éminent compatriote cède devant le Dictionnaire de V Académie, qui définit numéraire l’argent monnayé et donne, entre autres exemples, cette phrase : « Il m’a payé moitié en numéraire, moitié en billets de banque. » Quant au mot anglais money, je le traduis habituellement par argent, dans son sens le plus général.